La Wicca et la Quête spirituelle

de Vivianne Crowley

Le Saint Graal, Dante Gabriel Rossetti, 1874

Le Saint Graal, Dante Gabriel Rossetti, 1874

Nous sommes arrivés alors, les derniers enfants de Cerridwen,

filles de la Lumière et de l’Obscurité, et fils de la Mort.

Nous avons cherché ta présence sur les collines sauvages du Nord,

mais dans la solitude, nous ne t’avons pas trouvé.

Nous avons cherché ta présence dans la lumière de l’Est,

mais dans les brumes de l’aube, nous n’avons pas distingué ta forme.

Nous avons cherché ta présence sous le soleil du Sud,

mais où les ombres reculent, nous ne pûmes pas voir ton visage.

Puis nous avons cherché ta présence où le vent dort à l’Ouest,

mais dans le silence, nous n’avons pas entendu ta voix.

Vivianne Crowley (1984)

Ma pratique spirituelle fondamentale c’est la Wicca. J’ai pratiqué la Wicca toute ma vie et ma vie s’est formée pour être à son service. Il y a quelques semaines, pendant une intervention publique quelqu’un, qui a été dans la Wicca même plus longtemps que moi, m’a demandé si je regrettais d’avoir dédié toute ma vie à ce chemin. Cette question est arrivée de façon inattendue dans un milieu publique et elle m’a beaucoup surprise. Je n’avait jamais pensé à cela. Puis la réponse est arrivée spontanément: je ne pouvais pas le regretter puisque « je suis ce que je suis ». Si je n’avait pas pratiqué la Wicca, dont les premières manifestations commencèrent dès mon enfance et qui furent officiellement perpétrées dans mon adolescence, je ne serais peut-être pas la personne que je suis maintenant. Le « je » que je suis maintenant ne peut pas désirer être un autre. Si on parcoure un chemin spirituel en profondeur, il changera notre essence et ce qui nous sommes. Il n’y a pas de retour en arrière. On ne peut qu’avancer.

      J’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis du même âge ou bien plus âgés que moi qui sont aussi allés jusqu’au bout. Comment avons-nous réussi à continuer notre chemin pendent tout ce temps?

Qu’est-ce qui nous fait rester sur le chemin?

   Il est facile de voir ce qui nous attire dans la Wicca quand on est jeune. Son symbolisme est fascinant et passionnant. Elle offre la responsabilisation et, pour la femme en particulier, un rôle attrayant que l’on ne peut pas trouver ailleurs. Mais afin qu’une tradition spirituelle puisse accompagner ses adhérents à travers toutes les différentes étapes du cycle de la vie, elle doit être capable de répondre aux questions existentielles qui se présentent lorsque l’on affronte les problèmes de notre société, de l’environnement, et de notre vie intérieure. Afin qu’une tradition spirituelle accompagne ses membres dans la quarantaine et dans la vieillesse, elle doit offrir un moyen de trouver un sens dans l’existence humaine, un sens dans l’univers.

    Au début, le voyage dans la Wicca peut être simple. On développe des nouveaux pouvoirs et des nouvelles relations estimées. On devient plus surs du pouvoir latent qui est en nous. On commence la quête spirituelle et les barrières à l’intérieur sont enlevées. On devient comme la carte de l’Etoile ou du Soleil des tarots du jeu Waite. On s’ouvre et on reste nus sous la lumière de l’inspiration et de l’illumination. Mais la configuration de l’univers est obscurité et lumière, luminosité et ombre, soleil et nuage, nuit et étoile. Inévitablement, il arrive le temps difficile. Les défis se présentent dans la vie de tous les jours et on essaie peut-être de les affronter en échouant. On fait appelle aux Dieux, on fait notre magie, et les Dieux ne répondent pas, les charmes ne marchent pas.

La Nuit Sombre de l’Ame

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    Toutes les traditions spirituelles reconnaissent qu’il y a des périodes pendant lesquelles il semblerait que les Dieux nous aient tourné le dos. Le lien Divin que l’on a ressenti en nous et lors de nos rituels disparaît. Comme si la Déesse s’était retirée. La porte du temple intérieur ne s’ouvre plus. Cela peut nous plonger dans la dépression et le désespoir. On entre dans la « Nuit Sombre de l’Ame ».

    On a vénéré nos divinités et poursuivi avec enthousiasme le chemin spirituel et magique. On a rencontré le pouvoir et l’énergie de nos Dieux et ils ont parlé avec nous. Ils ont inspiré nos cœurs et nos esprits et on a fait leur travail. Et maintenant arrive un moment où les Dieux ne parlent pas; quand l’image pâlit. On se méfie de nos visions et questions. Le chemin est-il une illusion? Aurait-on mieux fait de choisir le chemin que tout le monde suit? Aurait-on du se concentrer un peu plus sur la carrière, gagnant de l’argent, plutôt que poursuivre une quête spirituelle?

    Peut-être qu’à un moment donné on s’est senti supérieur aux autres qui n’ont pas eu la vision mystique. Peut-être que l’on a considéré notre chemin meilleur par rapport à ceux des autres. Maintenant on a peut-être la sensation d’avoir été bercé d’illusions et qu’ils ont été bien plus sages que nous.

     On connait la désillusion quand on voit le coté sombre de notre chemin. On voit les gens en tant que gens, déchirés par la malice, la jalousie et l’envie. On comprend pourquoi ces mots apparaissent dans le texte des rituels.

Retourner à la source

     Et puis, quand il semble qu’il n’y ait pas de solution, quelques chose se passe. On se rappelle des mots de la Déesse,  «si ce que vous cherchez, vous ne le trouvez pas en vous… », on retourne en arrière. On retourne au début – au premier livre qui a réveillé notre conscience, ou mieux encore, l’endroit dans la nature où l’on se sent plus proche aux Dieux. On va jusqu’au fond et on entre dans le silence intérieur. On écoute et on attend les Dieux pour qu’ils nous donnent une nouvelle vision – et la réponse arrive.

      On découvre que la façon dont on voyait le cosmos avant était simpliste et que la réalité est à la fois plus simple et plus compliquée qu’il n’y paraît. On découvre que derrière les symboles et les images de notre tradition il se trouve quelques chose d’encore plus mystérieux, plus puissant et plus beau que prévu. On se retrouve à approcher une nouvelle réalisation, notre compréhension évolue. On passe sur la spirale à un nouvel avantage – que ce que l’on a cherché en dehors est intériorisé. On renforce notre connexion avec le Divin. Quelques fois on perd cette connexion, quelques fois elle est forte, mais elle est toujours là.

       Notre vision s’accroit. On devient conscient de la souffrance du monde et on se sent en connexion avec tous les êtres humains et les animaux. Cette vision nous soutient longuement. Maintenant on a peut-être compris que notre chemin n’est vraiment qu’un des nombreux chemins et qu’il a des grands pièges ainsi que des grandes forces; mais on sent que même si beaucoup de ses idées sont erronés, à l’intérieur il y a une profonde et puissante vérité. Et puis, dans le temps, notre vision évolue encore; quelques chose change en nous et dissout encore plus les barrières entre le moi et les autres. La personnalité que l’on a construit tout au long de cette incarnation devient moins importante, et une lumière intérieure brille et semble attirer les gens vers nous parce qu’elle les touche aux plus profond d’eux.

       On comprend que à la fois on est et on n’est pas cette lumière qui brille à travers nous. Et l’identification de l’ego qui a peut-être harcelé nos jours commence à disparaître. On fait un autre pas dans notre voyage. La Roue tourne, notre perspective change, on avance joyeusement, embrassant le Mat et avançant encore à la quête de la réunification avec le Divin; un voyage de lumière et obscurité, de douleur et désolation, de rire et amour, et qui peut refuser la quête du Graal, quand c’est le Graal même qui appelle?

Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli

Créativité, Art et Art magique

de Vivianne Crowley

« Ce qui est important est de créer. Rien ne compte plus; la création c’est tout. »

Pablo Picasso (1948). Picasso, An Intimate Portrait.New York: Prentice-Hall, p. 145.

On n’est pas unique dans notre habilité de créer – l’univers manifeste l’œuvre la plus belle qui a jamais été créée. Une étoile, une fleur, un arbre, un cheval – tout cela est bien plus exquis que toute production humaine. Mais en tant qu’êtres conscients, on partage le procès créatif du Divin qui imprègne l’univers. En tant qu’êtres libres, on peut choisir de se connecter avec l’énergie créative qui se manifeste dans le cosmos et de devenir ses vois et ses instruments. À travers nos sens, on peut traduire l’inspiration en forme matérielle et en images, paroles et musique. L’acte créatif est un acte spirituel et magique. En choisissant d’exprimer notre créativité, on est en train d’assister à l’évolution de l’univers en lui permettant d’exprimer de nouvelles idées et visions.

Créativité et spiritualité sont profondément liées

Allégorie de la peinture, François Boucher (1765)

Allégorie de la peinture, François Boucher (1765)

Il y a de différentes formes de créativité au-delà des celles que d’habitude on étiquète comme « artistiques ». Certains créent de nouvelles façons de faire les choses, d’autres créent de nouvelles relations et organisations, certains créent des percées scientifiques, d’autres encore créent des milieux agréables dans lesquels les êtres humains peuvent se développer et prospérer.

Certains d’entre nous font de la cuisine, d’autres tricotent, d’autres créent des expériences spirituelles qui inspirent les autres. Qui que vous êtes, il y aura toujours des vois à travers lesquelles vous pourrez manifester l’instinct créatif qui est le cœur de notre humanité.

La créativité et la spiritualité sont profondément liées et la spiritualité païenne prend de la joie dans l’expression créative. On construit des autels pour honorer nos Dieux. On confectionne des robes, on fait des peintures et crée invocations pour exprimer notre joie et notre amour pour l’univers qui nous entoure. Les anciens pensaient que la créativité venait des Dieux, d’un lieu bien plus profond et savant que l’individu qui était la chaîne de cette expression créative. Beaucoup d’artistes, de poètes, de musiciens, de danseurs et d’écrivains connaissent leur meilleur travail d’imagination quand cela vient d’un lieu qui est au delà de l’esprit conscient. Souvent ceux qui produisent l’œuvre la plus innovatrice – œuvre qui est trop innovatrice pour son temps – sont des personnes qui se sentent inspirées par le domaine spirituel et quelquefois directement guidées par lui. Chez certaines cultures, les artistes et les poètes parlent de la communion avec un esprit, une divinité ou une muse qui les guident. D’autres connaissent le domaine spirituel d’une façon plus abstraite, comme un profond état de conscience au delà de l’ego de tous les jours.

Le chemin vers le haut est en bas

Incubation

Dans le silence qui résonne du bruit,

Je suis immobile et j’entends ta voix.

La transition de ce qui n’a pas de forme en paroles -

l’esprit comme une immobile, réceptive flaque.

Une pensée y tombe, en disparaissant -

une pierre sans éclaboussement,

et elle reste dans les profondeurs,

les eaux qui la digèrent – lentement.

La pierre est-elle une perle?

Vivianne Crowley (1996) in Vivianne Crowley & Christopher Crowley. Free Your Creative Spirit. Salem, OR: Walking Stick Press, 2001, p. 116

Pour accéder à notre partie la plus créative et innovatrice, on devrait ressentir le besoin de se retirer de temps en temps du monde quotidien de la pensée engagée, pour aller dans le silence et l’obscurité vers le lieu des rêves et des visions. Aller dans un endroit solitaire dans la nature peut nous aider à rejoindre l’intérieur, mais on ne cherche pas un endroit physique mais un état de conscience. On peut atteindre cet état à travers le rituel et la méditation. La pratique spirituelle peut nous aider à accéder à notre créativité en apprenant à notre esprit conscient à se débarrasser de la censure et du contrôle. Une partie essentielle du procès de croissance est de développer un sens de la réalité et d’être ancré dans le présent, mais on a aussi besoin d’avoir notre esprit libre, de couler de temps en temps. Ecouter de la musique, se promener dans la nature, la méditation, courir, chanter – ce sont des façons pour accéder à de différents « endroits » dans nos psychés qui réside entre le sommeil et le réveil, entre le monde de la pensée et du rêve, entre les mondes du symbole et de la parole. Quand on entre dans cet endroit, on peut trouver l’inspiration originelle qui donne vie à de nouvelles idées et expressions qui peuvent commencer à changer notre monde.

Art et magie, imagination et invocation

L’art et la magie, imagination et invocation, sont des actes créatifs qui nous définissent comme humains. Notre imagination créative est à l’origine de la science et de la technologie, de l’art et de la musique, de tout ce qui nous constitue. On essaie d’émuler la nature, mais on cherche aussi des percées dans d’autres états de conscience qui semblent nous transporter au delà de l’univers que l’on connait physiquement. Comme la photographie et les film ont libéré l’art du besoin de répliquer des images externes, l’imagination artistique a cherché de nouveaux aperçus du monde autour de nous. Comme le microscope nous a révélé la beauté et la complexité du monde moléculaire que nos sens physiques n’étaient pas capable de voir, ainsi nos esprits commencent à aller loin et librement dans les structures de la lumière et du son. L’art abstrait et les nouvelles formes de musique ont frappé les visionneurs et les auditeurs conventionnels. Leur créateurs les plus radicaux ont été bafoués, évités et ignorés par l’opinion commune. Cela n’a pas l’air familier pour les Païens – est-ce que les nouvelles façons de voir la nature et la société devraient être rejetées?

Traverser le pont

Les académiques et les intellectuels ont longtemps cherché refuge dans le rationnel en s’éloignant de la pensée créative, spirituelle et magique. Cela est en train de changer. Quelque chose est en train de se passer dans le domaine intellectuel. Les vielles barrières disparaissent et les préjugés sont réexaminés tandis que l’intérêt dans l’échange des mondes artistique, spirituel et magique augmente. Cette semaine j’ai participé à une conférence à l’England’s University of Cambridge – « Visions of Enchantment: Occultism, Spirituality and Visual Culture » (Visions d’Enchantement: Occultisme, Spiritualité et Culture Visuelle NdT). Cela a été une collaboration entre le Département d’Histoire de l’Art, l’Université de Cambridge et l’Université des Arts Bournemouth, en association avec l’ European Society for the Study of Western Esotericism. La conférence a rassemblé des professeurs des universités les plus importantes, historiens de l’art des musées les plus célèbres, et Païens, magiciens, artistes et cinéastes pour explorer le rôle formatif que l’occultisme et la spiritualité ont joué dans la création de la culture visuelle et matérielle occidentale et non-occidentale. Des importants érudits comme le professeur M. E. Warlick de l’Université de Denver, le professeur Antoine Faivre de la Sorbonne, le professeur Emilie Savage-Smith de l’Université d’Oxford, et le docteur Marco Pasi de l’Université d’Amsterdam, ont discuté d’art, d’alchimie, d’ésotérisme, Wicca et Paganisme. Et le déjeuner a été animé par la visite inattendue des professeurs plus âgés errants avec Aleister Crowley and the Temptation of Politics de Marco Pasi sous leur bras.

Cet engagement n’est pas facile. La récession économique a signifié un manque d’argent pour l’étude de ces matières. Mais il y a eu un grand changement, il y a un grand empressement de la part des académiques pour s’engager avec le domaine où l’imagination créative et spirituelle se rencontrent, un domaine auquel le paganisme contemporain appartient. Cela est-il important pour les Païens qui ne sont pas des académiques? Je pense que oui. Des ponts de compréhension ont été construits entre la pensée commune et le paganisme contemporain. Maintenant on doit générer les idées et la pensée nécessaires pour les traverser.

Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli

Vingt-cinquième anniversaire – Wicca: The Old Religion in the New Age

de Vivianne Crowley

Wicca, a comprehensive guide to the old

Voilà vingt-cinq ans ce mois-ci, que mon livre Wicca - the old religion in the new age sortait. Depuis ce moment, Wicca a été encore publié avec deux sous-titres différents et traduit en allemand, espagnol, hollandais, norvégien et italien, avec beaucoup d’autres traductions en cours. Maintenant, un quart de siècle après, on peut réfléchir sur comment un chemin spirituel comme la Wicca est en train d’évoluer.

Un « livre de troisième génération »

La première génération de livres sur la religion de la sorcellerie a inspiré la Wicca contemporaine, aujourd’hui pratiquée par beaucoup de gens. Les textes de Charles Leland, Margaret Murray et Gerald Gardner indiquent un désir du retour des anciens Dieux. Sans ces pionniers, la Wicca n’aurait pas existé dans sa forme moderne.

Dans les années 1970 et 1980 la deuxième génération d’auteurs, comme Doreen Valiente, Stewart et Janet Farrar, a développé les rituels de la Wicca et ses pratiques, et a donné aux gens la connaissance qui permet de pratiquer l’Art en solitaire.

Depuis 1979 – et pendant les vingt années qui ont suivi – beaucoup de livres ont été écrits par une troisième génération qui a porté l’Art sur de nouveaux chemins. La vision féministe et centrée sur la terre de Starhawk dans The Spiral Dance: A Rebirth of the Ancient Religion of the Great Goddess a inspiré les activistes écologiques et les sorcières féministes. La Wicca de Scott Cunningham a été d’inspiration pour ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas appartenir à un groupe. Mon livre Wicca se base sur mon expérience dans la psychologie jungienne pour montrer comment la Wicca initiatique peut être un chemin de croissance spirituelle et de transformation personnelle.

Wicca et transformation spirituelle

Quand j’ai écrit Wicca, j’était déjà sur le chemin depuis 15 ans. Pendant ce temps j’ai vu comment la Wicca peut transformer les gens. Bien de nombreuses évolutions – que j’ai pu observer quand les gens parcouraient le chemin initiatique – étaient celles qui se manifestaient à travers le voyage intérieur que Carl Gustav Jung appelait « individuation ». En exposant notre monde intérieur aux Dieux et à ceux qui partagent le chemin spirituel avec nous, on en sort transformé. Ce n’est pas une question de quelques années, mais un processus d’une vie entière, que la Wicca initiatique peut – dans le meilleur des cas – encourager, soutenir et favoriser. Le but de ce voyage est celui de la Grande Œuvre – la transformation du « moi » comme point de départ pour la transformation de l’humanité; si les individus ne changent pas, alors la société ne peut pas évoluer. Notre but est de grandir plus près des Dieux, de se déplacer d’un engagement égocentrique avec le monde pour nos seuls buts, à un recentrement qui nous détache de nos préoccupations personnelles et qui nous permet de voir le monde d’une perspective plus large, profonde et à long terme.

La Wicca n’est pas parfaite

La Wicca est pratiquée par des êtres humains imparfaits et on est donc susceptibles des mêmes défauts des autres traditions spirituelles. La Wicca est quand même différente des autres. Elle est pratiquée par des femmes et des hommes sur le même niveau. Il ne s’agit pas de rechercher le bien-être économique, le pouvoir absolu,ou de créer une structure d’une leadership rémunérée avec ses adeptes. Elle est pratiquée avant tout dans les maisons et dans les cours, dans les forêts et les parcs. Au cœur de sa structure il y a de petits groupes, avec tous les défis et besoins que l’adhésion apporte à une petite communauté. Malgré la fragilité de sa structure et l’évolution des formes de la Wicca – déplacée à l’étranger et plus ouverte – la tradition initiatique, comme elle a été révélée par Gerald Gardner, a survécu et prospéré. Elle a évolué sur son chemin. J’aime souvent comparer la Wicca à une vigne. Dans chaque pays dans lequel on plante une vigne, le vin qu’elle produit prend l’arôme du sol de la région. Cependant, dans tous les pays où elle s’est développée – Royaume-Uni, Amérique, Canada, Pays-Bas, Allemagne, Scandinavie, Belgique, Italie, Pologne, Australie, et beaucoup d’autres encore – la Wicca initiatique est restée manifestement la même. Les liens entre les wiccans dans les différents pays se sont renforcés au fil des années. Internet et les voyages économiques ont élargi et renforcé ce qui était déjà une communauté internationale. Aux réunions de la communauté en Europe, nous ne recevons pas que des salutations en anglais, mais aussi en hollandais, norvégien, allemand, polonais, tchèque, irlandais, espagnol, italien et russe… Chaque année la liste des langues s’allonge.

WICCA die halte religion

Est-ce que la Wicca survivra et croîtra?

La Wicca est-elle le dernier épanouissement de l’Âge des Poissons, un désir romantique d’un passé mystérieux et qui est en train disparaître? Ou bien est-elle une religion naturelle pour un âge postmoderne dans laquelle le féminin, l’individualité, la différence, l’autonomie personnelle, l’acceptation du corps et de ses nécessités, et un empressement à accepter de différentes interprétations du Divin, se trouvent côte à côte?

C’est ce que j’ai écrit à la fin de Wicca et que je trouve encore vrai:

Au fond des recoins de l’être humain, Notre Seigneur le Cornu a attendu à travers les siècles jusqu’au moment où il fallait qu’il revienne. Alors il démonta du chêne au centre de la forêt son cor de chasse qui n’a pas été joué depuis des milliers d’années, et il en joua trois fois. Il réveilla la Déesse de son sommeil rêveur et elle prononça d’une voix d’harpe d’argent « La Charge d’Arianrhod » en disant:

Je suis Arianrhod du château en spiral près de la mer argentée,

Je suis la dernière de ma race,

sans début et sans fin,

car avant que tout temps et changement commença,

ma mère la Déesse des Etoiles coucha avec le Seigneur de l’Obscurité

et je fus conçue.

Je suis au-delà du son et de la vue,

Je ne peut pas être touchée,

Je suis Celle qui demeure derrière le voile de la matière.

On me demande si j’existe,

et moi je répond que j’existe et que je n’existe pas;

mais à la fin des cycles et des saisons,

que certains nomment Mort,

mais que ceux qui ont soulevé mon voile nomment Vie,

aux rives de la Mer du Temps vous me trouverez,

ma tête tournée vers le vent,

en me promenant près des ondes des éons et en attendant,

votre arrivée et votre départ.

En réalité j’étais, je suis et je serai,

quand tout le reste s’efface de votre mémoire,

je suis quelque chose que vous possédez,

et quelque chose que vous cherchez,

e suis la question et la réponse;

je suis celle qui lie et celle qui libère;

je suis le début des choses; je suis la fin;

cherchez-moi et connaissez-moi, car je suis Elle.

La Déesse et le Dieu Cornu se sont réveillés de leur sommeil et appellent leur adorateurs, de l’Est au Sud, de l’Ouest au Nord, en chuchotant dans les rêves de ceux qui les aiment: «Cherche-nous, trouve-nous, connaisse-nous; parcoure le chemin qui se trouve entre les mondes»

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Wicca est disponible dans les librairies ésotériques et chez les distributeurs en ligne:

Amazon France: Wicca by Vivianne Crowley

(Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli)

"Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune"

de Vivianne Crowley

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Parfois je me sens comme étendu sur le paysage et à l’intérieur des choses, et je vis dans tous les arbres, dans l’éclaboussement des ondes, dans les nuages et les animaux qui vont et qui viennent, dans le cycle des saisons.

 trad. tirée de Carl Gustav Jung, Memories, Dreams, Reflections. London : Fontana Press, 1995 ed., p.252-253

En tant que païens, on est des gens de la campagne – pagus en latin. Nos divinités viennent du monde naturel. Ils sont les dieux des éléments – dieux et déesses de la terre, de la mer, du ciel, du soleil, de la lune et des étoiles. Ils sont les dieux de la végétations et de la renaissance des terres au printemps des sociétés agricoles – le Seigneur et la Dame du grain. Certains dieux sont en forme d’animal – avec des cornes comme Herne et Pan, en guise de chat comme la déesse égyptienne Bast. L’imagerie du paganisme est celle du monde naturel, mais la réalité de notre vie quotidienne est souvent bien loin de la nature. La majorité des païens vivent dans un milieu urbain entourés par le béton, le macadam, et les lumières de la ville qui font pâlir les étoiles.

"Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune”

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On peut observer les racines du revival païen dans les réactions des poètes, des artistes, des écrivains et des naturalistes du dix-neuvième siècle envers l’industrialisation du monde occidental. Il y a presque un siècle, pour le baron irlandais, poète et écrivain du fantastique Lord Dunsany, la destruction de l’environnement était un appel au réveil qui portait la nostalgie des anciens dieux de la nature.

C’était la voix des fleurs dans le vent de l’Ouest, l’aimable, l’ancien, le paresseux vent de l’Ouest, soufflant sans cesse, soufflant d’un air endormi, retournant à la Grèce.

Les forêts sont parties, elles sont tombées et nous ont laissés; les hommes ne nous aimes plus, nous sommes seuls à la lumière de la lune. De grandes machines prennent d’assaut les beaux champs, leur chemin s’allonge rudement et terriblement en haut et en bas des terres.

Les villes cancéreuses se propagent sur l’herbe, elles font sans cesse du bruit dans leurs tanières, elles scintillent contre nous brisant la nuit.

Les forêts sont parties, Ô Pan, les forêts, les forêts. Et tu es loin, Ô Pan, très loin.

trad. tirée de Lord Dunsany [Edward J. M. D. Plunkett]. “The Prayer of the Flowers” dans Fifty-One Tales. London: Elkin Matthews, 1915.

On a soif de verdure

Le monde naturel est essentiel pour le bien-être humain – physique, psychologique et spirituel. Les sciences nouvelles comme l’écopsychologie reconnaissent ce que le paganisme a déjà accepté depuis longtemps – nos psychés sont profondément connectées et affectées par la nature. Cela est vrai pour des raisons bien évidentes. Nos humeurs sont affectés par la quantité de lumière. Pendant l’hiver, on peut succomber au trouble affectif saisonnier (TAS). Quand il fait beau et nos muscles sont chauds et relaxés, on se sent heureux. Mais l’impact psychologique de l’environnement est important dans d’autres façons aussi. Nos esprits et cœurs désirent la beauté de la nature. On a soif de cela et on se sent consciemment ou inconsciemment privé quand on en est séparé. Quand on se sent écrasé par le béton et les bâtiments, on réagit en se sentant aliéné, déprimé, malheureux. L’aliénation humaine est plus forte quand on est plus loin du monde naturel dans lequel notre espèce s’est développée.

Comment pouvons-nous maintenir en vie notre connexion avec la nature?

Le désir humain de se reconnecter avec la nature est fort, mais quand nos vies sont sujettes à trop d’exigences opposées il est facile de le supprimer, ou simplement de ne pas le remarquer. Même pour les païens il est facile de l’oublier. On peut se retrouver dans nos maisons avec un chauffage central, monter sur nos voitures climatisées pour se rendre au Sabbat dans une maison de banlieue pour célébrer les Dieux de la nature, sans jamais avoir un contact avec le monde naturel.

Le travail physique peut être un moyen efficace pour se connecter avec notre nature; en particulier quand cela implique le travail avec ce que la nature offre – la terre, et les matériaux naturels comme le bois, la laine et la pierre. Beaucoup d’entre nous vivent collés à l’écran de l’ordinateur dans des bureaux et des centres d’appels qui offrent une atmosphère plus agréable que celle des usines, mais cela peut être également démoralisant. Le corps humain n’a pas été fait pour rester assis immobile pendant des heures. Quand cela devient notre style de vie, les maladies de la civilisation suivent – obésité, hypertension artérielle, diabète, troubles musculosquelettiques, mal au dos. Quand nos corps sont obligés et forcés à vivre en mauvaise santé, notre niveau d’énergie est réduit et on est privé physiquement ainsi que spirituellement.

Écologiser la ville, écologiser l’esprit

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Peu d’entre nous peuvent tourner le dos à la vie urbaine pour vivre à l’extérieur mais on peut tous trouver des moyens pour prendre part au monde naturel, à travers le jardinage, les travaux de préservation, ou en faisant des randonnées. Beaucoup de villes ont des projets et des groupes qui travaillent pour écologiser la ville, planter des arbres, créer des jardins et des parcs, et nettoyer les rivières. Les arbres et la verdure ont un impact énorme sur la psychologie humaine; il produisent aussi de l’air propre qui nous aide à mieux respirer, à avoir une plus grande énergie et à améliorer notre pensée. Planter un arbre et les travaux écologiques nous permettent d’écologiser la ville et d’écologiser nos esprits à la fois. Tout le monde peut s’engager avec la terre, même si on reste renfermé chez soi et ne pouvant pas se déplacer. Les abeilles peuvent être élevées dans un cadre urbain et la nourriture peut être cultivée à l’intérieur – les plantes de tomate, par exemple peuvent pousser sur le rebord d’une fenêtre. Faire pousser quelque chose à manger pour le sabbat est un moyen très simple pour s’engager avec la nature.

"Parfois je me sens comme si j’étais … moi-même vivant dans tous les arbres”

Quand j’étais petite je croyais mourir si je n’arrivais pas à grimper sur un arbre. En tant qu’adolescente j’ai dû abandonner cette activité, mais la connexion avec les arbres est restée. Les arbres font partie de notre mémoire archétypique, le lieu où notre espèce a évolué de notre condition de singes à celle de conscience. On sent que la connexion avec les arbres est important et cela est vrai pour adultes et enfants. La citation ci-dessus tirée de la biographie de Carl Gustav Jung Memories, Dreams, Reflections (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées NdT) exprime ses sentiments pendant la vieillesse, passée en simplicité dans une tour en pierre qu’il avait construit sur les rives du lac de Zurich.

Se connecter avec un arbre

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Un exercice simple que nous demandons aux gens qui commencent leur entraînement dans la Wicca est de trouver un arbre personnel et de se connecter avec lui pendant une période. Cela ne doit pas forcément être une ancienne forêt de chênes. Cela peut être un arbre dans un parc public que vous pouvez visiter à l’heure du déjeuner. Comment trouver le bon arbre? Avant tout, vous vous promenez près de chez vous pour voir quel genre d’arbres poussent. Savez-vous combien d’espèces différentes poussent près de chez vous? Connaissez-vous leurs noms? Si ce n’est pas le cas prenez des photos ou simplement une feuille, et utilisez-la pour identifier l’espèce.

Quand vous aurez trouvé celui qui vous plaît, restez près de lui et observez le mouvement de ses feuilles dans le vent, le son du vent à travers ses branches, le chant des oiseaux. Si vous vous sentez attirés, approchez-vous. Puis touchez le tronc de l’arbre. Mettez les paumes des vos mains contre lui. Comment vous sentez-vous? Fermez les yeux et sentez l’énergie dans l’arbre. Est-elle endormie, ou bien sa sève pulse avec la vie du printemps? Observez ce que votre corps sent. Permettez à votre psyché de se fondre un peu avec l’arbre. Comment c’est d’être enraciné dans la terre et de tirer la nourriture depuis le soleil et la pluie? Si vous vous sentez bien, prenez de l’énergie de l’arbre. Sentez sa puissante énergie couler en vous. Son temps est plus long que le votre, son pas est plus lent. Il a beaucoup vu, beaucoup absorbé, beaucoup enduré. Il y a beaucoup de choses que l’on peut apprendre grâce aux arbres. Si on le visite pendant un cycle saisonnier, on verra les messages des sabbats dans ses changements saisonniers et cela peut être aussi puissant qu’un rituel.

Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli

Réclamer Noël – fêtons comme des païens

par Vivianne Crowley

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The boys of the NYPD choir still singing ‘Galway Bay’

And the bells are ringing out for Christmas day

Pogues, Fairy Tale of New York

http://www.youtube.com/watch?v=Pv0hlbWpa1w

Joyeux Yule à tous! Célébrons le Soleil Vainqueur, et l’inépuisable flamme qui brûle en chacun de nous.

Joyeux Yule

Si on vous demande quelle est la fête la plus païenne, vous allez peut-être penser à vos sabbats préférés – Beltane ou Samhain, Lammas, ou la période d’Imbolc pleine d’espoir. Mais probablement la fête la plus païenne est celle du Solstice d’Hiver, quand l’hémisphère tout entier touche à la fin de l’année, la renaissance du soleil, le temps de la promesse quand on voit les signes du retour du soleil. Les festivals de saison célèbrent des phases importantes dans les cycles astronomiques et des saisons lorsqu’on s’aperçoit du changement. Les bourgeons poussent et on célèbre le printemps, la renaissance de la végétation et la vie animale qui permet à l’être humain de survivre. Les nuits sombres arrivent avec le froid, la maladie et une mortalité accrue, et on célèbre Samhain la fête des morts. Ces dernières sont peut-être les fêtes les plus anciennes parmi les célébrations humaines.

Célébrer Yule

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Solstice d’Hiver à Stonehenge

Jadis nos ancêtres apprenaient à observer le ciel ; il était possible d’enregistrer les mouvements exacts du soleil dans le ciel et de positionner des pierres et d’autres signes sur la terre, pour savoir quand les changements étaient en train de se passer et quand on devait se réunir pour honorer et célébrer les festivals du soleil. Le Solstice d’Hiver célèbre des changements dans le ciel et dans le monde extérieur, mais c’est aussi la période durant laquelle on ressent psychologiquement le besoin de se réunir à l’intérieur avec d’autres personnes pour avoir de la chaleur, pour partager des ressources précieuses, et pour rendre les longues nuits plus supportables à l’aide de fêtes, chants et danses. On peut avoir de la lumière électrique et un chauffage central mais l’instinct est resté quand même. Ces célébrations sont instinctives et ancestrales et non pas spécifiques d’une confession religieuse en particulier. Elles peuvent dépasser les différences des crédos. Le christianisme, au fil des siècles, a condamné les célébrations de Yule comme profanes, païennes, sensuelles et non pas en accord avec les enseignements de la nouvelle religion, mais à la fin l’instinct a gagné. Le christianisme a appris à accepter Yule.

Gaieté et révérence

The Pogues qui chantent « Fairytale of New York » pourraient ne pas respecter l’idée d’un chant païen contemporain mais l’amour sincère pour la vie dans cette chanson transmet l’esprit des anciennes célébrations païennes d’hiver comme les Saturnales romaines. Les Saturnales honoraient Saturne, dieu de l’agriculture. Toute convention sociale était renversée et les Romains célébraient un bref retour à l’Âge d’or de la mythologie, une sorte de version romaine du Jardin d’Eden, quand l’humanité vivait en harmonie avec la nature. Elle était si abondante que les gens pouvaient vivre sans travailler, et tous les hommes étaient égaux. Pour honorer cela, l’ordre social était temporairement renversé – les patrons et les patronnes servaient leurs esclaves. Les célébrations continuaient jusqu’au Solstice d’Hiver et juste après, quand Rome célébrait la naissance du Sol Invictus, le Soleil Invaincu, le jour qui plus tard est devenu la célébration de la naissance de Jésus.

Antoine-Francois Callet, Saturnalia, 1782-3

Antoine-Francois Callet, Saturnalia, 1782-3

Les chrétiens avaient raison – Yule est vraiment païen, dans le sens où l’on célèbre la chaleur, la nourriture, et l’extase aussi. Le Solstice a toujours été une période de renouvellement spirituel et de célébration religieuse; mais aussi une période pour boire, danser, jouer de la musique et faire l’amour; quand tous les actes d’amour et de plaisir sont réellement Ses rituels. On a besoin de célébrations pareilles. Notre bien-être augmente quand on fête. On laisse derrière nous les anxiétés quotidiennes et on retourne brièvement à l’Âge d’or. Les célébrations spirituelles extatiques sont cathartiques; elles nous aident à nous libérer de nos préoccupations, nos problèmes et questions, et de l’implacable négativité des faits divers. Ce qui attire beaucoup de gens vers le paganisme est notre amour pour la vie, pour le monde autour de nous, et la joie – extase même – que les gens peuvent éprouver pendant des rituels païens, quand on tambourine, chante et danse autour du feu pendant toute la nuit. Ce n’est pas une évasion de la réalité, mais la conscience que se laisser aller et retourner aux plaisirs de l’enfance – prendre donc du plaisir dans l’instant – est psychologiquement et spirituellement bienfaisant et guérissant. Après on se sent plus fort, plus capable de soutenir les fardeaux de la vie des adultes.

Chants païens

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Quand on était petit on aimait chanter et les chants joyeux sont les premières chansons qu’on a appris. En tant que païen on n’a pas besoin d’abandonner nos chants; beaucoup d’entre eux se basent sur des anciens chants païens saisonniers. Tout le monde sait que Noël est une fête arrachée à des célébrations plus anciennes. La plupart des chants que l’on entend dans les églises se basent sur des chansons plus anciennes qui étaient chantées dans les maisons, dans les tavernes, et dans les rues. C’était la musique du peuple, accompagnée de tambours, de sucbut, de cornemuses, de kortholt, de cumhorn et d’autres instruments qui maintenant nous semblent archaïques, soit dans le nom, soit dans la sonorité. Ce n’est pas une coïncidence que la musique populaire, la musique médiévale, et le folk rock ont été repris dans le paganisme contemporain. Cette musique exprime les émotions de tous les jours, nos désirs, nos sentiments envers la nature et le sacré. Les chants anciens étaient des chansons saisonnières qui célébraient ce que les gens voyaient autour d’eux – les branches sempervirentes qui montraient la vitalité de la végétation dans la période la plus obscure; le rouge brillant des baies qui comme la poitrine du rouge-gorge étaient un rappel de la force de la vie même dans le froid de l’hiver.

Les chants médiévaux, comme les chansons populaires, étaient terreuses. Les folkloristes du XIX siècle et les musicologues voulaient des chansons qui pouvaient être chantées dans une société civilisée et bourgeoise. Ceux qui vivaient près de la nature et du territoire n’avaient pas ce genre d’inhibitions. Les Noëls du Moyen-Âge et de la Renaissance avant la Réforme protestante et la réponse paniquée de l’Eglise catholique de la Contre-Réforme étaient douze jours de fête, un peu comme les célébrations de nos ancêtres païens il y a des milliers d’années.

Des versions paganisées des chants peuvent être repérées partout sur internet; certaines sont plus célèbres que d’autres. Voilà ici ma version païenne préférée de « The Holly and the Ivy » par l’académique britannique Norman Iles.

Chantez et réjouissez-vous et – encore une fois – Joyeux Yule!

The Holly and the Ivy

Tous:            The Holly and the Ivy

                       When they are both full grown

                       Of all the trees that are in the wood

                       The Holly bears the crown

Homme:      The Rising of the Sun

                        And the running of the deer

Femme:       The rounding of the Shining Moon

                        The weary, worn Hunter.

Homme:      The Holly bears a berry

                        As red as any blood

Femme:       And ivy bears the greenest leaves

                        To wrap him in her hood.

Homme:     The Rising of the Sun

                       And the running of the deer

Femme:      The rounding of the Shining Moon

                      The weary, worn Hunter.

Homme:    The Holly bears a prickle

                      As sharp as any thorn

Femme:     And ivy bears a clinging vine

                      To smother him right down

Homme:    The Rising of the Sun

                      And the running of the deer

Femme:     The rounding of the Shining Moon

                      The weary, worn Hunter.

Homme:    The Holly bears a bark

                      As bitter as any gall

Femme:     And ivy bears small nectar falls

                      To sweeten all his fall.

Tous:          The Holly and the Ivy

                     When they are both full grown

                     Of all the trees that are in the wood

                     The Holly bears the crown.

Norman Iles (1971) The Pagan Yule Carols Restored. Morecombe: Norman Iles.

(Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli)

Que mon culte soit dans le cœur qui se réjouit

de Vivianne Crowley*

Chaque culture a des jours spéciaux comme l’Action de Grace chez les américains, quand on remercie et on se réjouit des cadeaux que l’univers nous a donnés. Des actions de grâce dédiées se révèlent très utiles pour nous rappeler la valeur de ce qu’on a; mais en tant que païens on a la chance d’avoir beaucoup de rituels de célébration. La plupart des rites comprend des offrandes de vin, des gâteaux ou autre nourriture; des moments, pendant le rituel, où l’on peut remercier les Dieux pour les cadeaux du monde naturel qui nous soutient.

Rendre hommage aux ancêtres – Olivia Dundin-Robertson

Olivia Dundin-Robertson (13 avril 1917-14novembre 2013)

Olivia Dundin-Robertson
(13 avril 1917-14novembre 2013)

Pendant nos fêtes on glorifie et on remercie pour une partie du cycle des saisons en particulier. On se trouve à mi-chemin entre Samhain, la fête des morts, et Yule, la fête de la renaissance. À Samhain , on remercie les ancêtres – les ancêtres de sang, membres de notre famille; les ancêtres qui appartiennent au territoire, les païens qui ont vécu sur cette terre que l’on habite; et les ancêtres de l’esprit – les pionniers spirituels qui nous ont inspirés à travers leur travail, leurs écrits et leurs vies. Ce mois-ci un nouveau esprit a rejoint les ancêtres – Olivia Dundin-Robertson (13 avril 1917 – 14 novembre 2013), cofondatrice de la Fellowship of Isis. Une petite femme, pleine d’énergie même à 96 ans. Son travail pour la Déesse n’a jamais cessé. Elle était d’inspiration dans sa dévotion pour la renaissance du culte de la Déesse et elle inspirait aussi pour son attitude à la vie, qui était d’une célébration et d’une joie incessantes.

La Joie

Les personnes s’approchent au Paganisme pour différentes raisons. Certains trouvent ce qu’ils cherchent et y restent; d’autres changent et cherchent ailleurs. On s’y rapproche en cherchant des choses différentes – croissance spirituelle, reconnexion avec la nature, développer nos pouvoirs spirituels et magiques, combler les manques d’autres traditions. Une raison pour laquelle on décide de rester, c’est le fait d’avoir trouvé quelque chose que l’on n’attendait pas – un sens de joie et de merveille. La profonde connexion du paganisme avec le monde naturel, et les liens profonds que l’on forme avec les autres sur notre chemin, sont une source de joie. De cette même joie, on développe un sens de reconnaissance. Quand on est joyeux, on voit le monde dans une autre façon. Le verre est maintenant à moitié plein, et non plus à moitié vide. On apprécie et on donne valeur au monde autour de nous et à ceux qui le partagent.

Enfants de la Terre et du Ciel Étoilé

Orphée entouré par les animaux - mosaïque d'epoque tardo-romaine

Orphée entouré par les animaux – mosaïque d’epoque tardo-romaine

Chaque courant païen souligne l’importance d’apprécier la vie sur la terre et la vie dans le corps. Ce point de vue est radicalement différent par rapport à celui des courants spirituels qui conçoivent le corps comme l’exile du Divin; une période de souffrance qui nous prépare à une vie meilleure ailleurs. Pour les païens, le Divin est présent dans la création, on peut donc le trouver partout autour de nous – si seulement on avait les yeux pour voir. Quand on se lève chaque matin on peut remercier d’être réveillé; d’être en vie; d’être une créature consciente dans ce monde extraordinairement beau que l’on partage avec les Dieux; d’être, en utilisant les mots des Mystères d’Orphée, « Enfants de la Terre et du Ciel Étoilé et il n’y a aucune partie de nous qui n’appartienne aux Dieux » .

La compassion

La compassion est étroitement liée à la joie et c’est une qualité de la sephira Chesed dans l’Arbre de la Vie de la Kabbale. Chesed est associé à la planète Jupiter dans la Tradition Magique Occidentale, qui est aussi la planète du Sagittaire, le signe astrologique dans lequel on est en train d’entrer. Quand on entre dans le Sagittaire, on commence à passer de la mort à la période de réjouissance avant Yule pendant laquelle on attend la renaissance du Soleil. C’est une période qui sert à donner de la compassion et de la joie. On permet le mouvement des énergies intérieures, avec lesquelles on tend la main à l’univers et on permet à un certain type d’émotion de circuler en nous – une aimable chaleur qui ne juge pas; une aimable chaleur qui entoure ce monde. Cette sensation est ce que les Bouddhistes appellent mettā, aimable-gentillesse.

J’étais Blanche Neige, mais je suis allée à la dérive” Mae West

La méditation bouddhiste comprend souvent une étape de focalisation sur le mettā et d’envoi d’aimable-gentillesse à soi-même et puis aux autres. Pourquoi commencer par nous-mêmes? Être réalistes envers nous-mêmes et accepter nos faiblesses et nos défauts est un pas très important dans une croissance spirituelle. Si l’on arrive à accepter nos imperfections, on peut accepter plus facilement les défauts des autres. Aimer soi-même ne signifie pas penser être parfait, mais plutôt accepter le fait d’être imparfait et que l’on est en train de s’efforcer de faire de notre mieux dans ce monde, comme ceux qui nous entourent.

Méditation de compassion

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Une méditation de compassion est un bon moyen de commencer et/ou terminer une méditation quotidienne que l’on fait pendant la période qui précède Yule. Quand on permet à soi-même de devenir une chaîne de compassion on est en train de faire un acte de volonté magique. Travailler avec ces énergies est un acte puissant et transformateur parce qu’elles changent notre état intérieur et par conséquent elles changent la façon d’interagir avec les autres. On permet à nous-mêmes de devenir des liens avec quelque chose qui est plus grand que nous. On devient la débordante coupe du Graal.

Visualisez une image de vous-mêmes debout devant vous, irradiez l’amour et la compassion vers votre image humaine et fragile.

Visualisez l’image de quelqu’un que vous aimez à votre droite, irradiez l’amour et la compassion vers lui.

Visualisez derrière vous quelqu’un avec qui vous av

ez un rapport neutre, probablement un collègue de travail ou un voisin, irradiez l’amour et la compassion vers lui.

Visualisez à votre gauche quelqu’un avec qui vous avez des difficultés, irradiez l’amour et la compassion vers lui.

Visualisez toutes les quatre images autour de vous et irradiez l’amour et la compassion vers ces quatre directions.

Maintenant laissez votre amour et votre compassion s’agrandir et s’envoler plus loin; pour combler l’espace autour de vous – votre chambre, votre maison, puis encore autour de chez vous et encore aux environs et finalement au-delà, dans l’horizon lointain.

Soyez conscients de ceux qui sont aussi en train d’irradier de la compassion dans le monde. Vous n’êtes pas seuls mais vous faites partie d’une communauté spirituelle qui travaille pour améliorer ce monde maintenant et pour toujours.

Traduction de Valentina Voxifera Ferracioli