Inanna ou l’art d’aimer et de « se faire la guerre »

De Voxifera

1373227501_2

 

O Reine des Sept Dieux, O rayonnante splendeur de lumière, chère du Ciel et de la Terre,

prêtre, fille et serviteur du Ciel!

Ornée de joyaux et couronnée par la vie, née pour être Seigneur, dans tes mains sont les esprits gardiens des Sept Dieux,

et toi, toi meme tu gardes et protèges les esprits gardiens, tu les a attrapés et tu les a liés à tes mains,

tu les a enveloppés et serrés contre ta poitrine.

Tu abreuves la terre de ton poison comme un serpent, les plantes s’évanouissent de la Terre quand tu tonnes comme Anu,

à ton ordre les inondations descendent de la montagne.

Suprême en pouvoir, Inanna du Ciel et de la Terre, dont la bouche pleut des scintilles de lumière sur la terre,

maitresse du bétail, douée de l’esprit divin par An, par An douée du don du Mot indéfectible pour parler à son ordre fatal: qui peut comprendre ta gloire?

O sauvage et rampante, fille ainée de la Lune, Reine plus grande que An, qui peut vous rendre suffisamment hommage?

Reine des Reines, qui en accord avec les esprits étaient plus grands que ta mère quand tu es née,

sage et Reine savante de tous les pays, mère des hommes et des animaux, je chante ma prière…

Je suis entrée avant toi en mes vêtements sacrés, moi la princesse impériale, Enheduanna,

en chantant et en portant tes paniers rituels,

Grande Prêtresse de la Lune. […]

(Hymne à Inanna de Enheduanna, Princesse fille de Sargon II et Prêtresse d’Inanna, 2300 a.J.C.)

« Reine du Ciel et de la Terre », « Suprême en pouvoir » ainsi les Sumériens s’adressaient à leur déesse Inanna. L’importance de cette déesse est documentée pendant toute l’histoire de Sumer et son culte se diffusa dans toute la Méditerranée en portant son influence même dans le christianisme. Même la Wicca reprend l’archétype d’Inanna: le mythe wiccan de la Déesse qui descend aux Enfers n’est qu’un écho très évident du mythe de la descente d’Inanna.

La descente d’Inanna aux enfers est surement le mythe le plus connu, mais cette déesse a d’autres aspects très intéressants qui parfois sont négligés. Donc dans cet article on va prendre en considération son rôle de déesse de la sexualité, de la guerre et son rôle de guide de l’humanité.

 

Inanna, la déesse rugissante du Moyen-Orient

 Inanna est sans doute l’une des plus importantes déesses de l’Antiquité. Son culte eut origine en la Mésopotamie, même si probablement il s’agissait d’une divinité proto-euphratique assimilable à la déesse mère hourrite Hannahannah. Les premières notices historiques arrivent cependant depuis la période dite d’Uruk (4000-3100 a.J.C.), avec des vases représentant des prêtres et des prêtresses d’Inanna occupés à faire des offres à la déesse. Le nom Inanna dérive du titre de « Reine du Ciel » Nin-anna en sumérien, c’est une déesse liée à l’amour, à la beauté, à l’amour sexuel, à la guerre et à la fertilité; son culte eut son centre principale dans la ville d’Uruk où il fut construit un des temples les plus grands dédiés à elle: l’E-anna ou La Maison du Ciel.

Inanna fait partie des Sept Dieux Suprêmes de l’Announaki (l’assemblée des dieux) avec An, Enki, Enlil, Nanna, Utu et Ninhursag; l’iconographie représente la déesse nue avec de joyaux importants et de chevelures élaborées qui se dresse sur le dos de deux lionnes, le lion était souvent associé à la déesse dans son aspect « lumineux », tandis que dans son aspect « sombre » elle était associé au scorpion.

Le symbole d’Inanna est l’étoile à huit branches, qui représente la planète Venus comme étoile du matin et du soir (les sumériens furent les premier à reconnaître qu’il s’agissait de la même étoile), associé à la déesse parce que dans les mythes d’Inanna ses mouvements rappellent ceux de Venus dans le ciel.

 

Inanna aujourd’hui : une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir

« Je fais en sorte que l’homme s’embellisse pour la femme…

et que la femme s’embellisse pour l’homme…

 

(Chant d’Inanna, Textes sumériens et akkadiens)

 

Entrer en contact avec Inanna et accepter sa présence dans notre vie est comme accepter une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir: elle est patronne de l’Amour en toutes ses formes et cela nous pousse à accepter et apprécier notre corps et notre sensualité, qu’elle soit utilisé pour séduire plusieurs partenaires ou pour renforcer une relation stable, le mot clé est Aimer. Le contact avec Inanna nous met en la condition de voir et reconnaître la Beauté du monde et de la nature et d’en tirer du plaisir, vu comme la forme la plus haute de perception humaine, une perception qui peut nous mettre en contact avec les sphères divines. Le culte d’Inanna envisageait la hiérogamie, pendant laquelle la Grande Pretresse choisissait un jeune représentant le dieu Dumuzi, dieu de la fertilité, de l’agriculture et de l’elevage, avec lequel elle avait un rapport sexuel qui symbolisait l’union des deux principes divins sur la terre et qui rendait favorable le moisson; et dans une époque plus tarde de l’histoire des sumériens les rois légitimaient leur rôle en passant une nuit dans le temple avec une des prêtresses d’Inanna pendant les célébrations pour la Nouvelle Année à l’occasion de l’Equinoxe du Printemps. La hiérogamie est un aspect que l’on trouve dans la Wicca même si , en général, sous la forme seulement symbolique des Noces Sacrées représentées par l’union de l’Athame et de la Coupe pendant la libation et le Grand Rite, ça n’empêche pas que cela puisse être célébré de manière effective.

En la Kabbale Inanna est associée aux énergies de Netzah, la septième sphère de l’Arbre de la Vie, dont la représentation s’accorde parfaitement avec celle d’Inanna: une très belle femme nue. L’expérience avec Netzah est comme l’attente avant de rencontrer son/sa propre copain/copine ou amant/e, la trépidation, le bonheur qui nous remplit quand on regard l’amour qui se reflet dans les yeux de la personne aimée ou le parfum enivrant que son corps dégage.

 

La Politique et la Guerre : des questions pas complètement masculines

 « Quand je suis au plus fort de la mêlée,

moi je suis le « coeur » de la bataille, je suis le « bras » […] »

 

(Ishtar se presente, Textes sumériens et akkadiens)

 

Reine incontestée qui aime son peuple mais qui est prête à verser le sang pour le protéger, l’archétype d’Inanna comprend même un aspect martial, c’est-à-dire la guerre et la politique. Depuis toujours reléguées à l’univers masculin, la politique et la guerre en la figure d’Inanna se révèlent être des arts suprêmes, des armes puissantes qui affinent le volonté et la capacité de résoudre les problèmes. Dans l’histoire on retrouve beaucoup d’exemples de femmes engagées en politique, de reines puissantes et indépendantes, parfois de guerrières, qui ont été capables de guider leur peuples en se débrouillant dans un monde où la femme n’avait droit qu’au rôle de mère et épouse. Accepter cet aspect d’Inanna signifie reconnaître sa propre force intérieure indépendamment du sexe, une force qui nous aide à atteindre notre buts et qui nourrit notre ambitions, au niveau kabbalistique ce sont des energies associées à Gevurah, la cinquième sphère de l’Arbre de la Vie, liée à l’aspect martial et fougueux de l’esprit humain, qui nous permet de continuer et de ne pas démordre en les situations les plus critiques et désespérées, et qui nous permet d’exercer notre libre choix et autodétermination.

 

Une ancienne Prométhée

 Inanna est identifiée par les sumériens comme celle qui a apporté la civilité, un mythe raconte comment la déesse escamota les Me (les tables du destin) au dieu des abysses Enki. Les Mes étaient des tables qui recelaient une loi divine et immuable, les limites des hommes et des dieux et un série de concepts comme « l’autorité sur la terre, l’autorité divine, la couronne éternelle, le trône du roi, le sceptre exalté, le sanctuaire, […], le royaume, la prêtrise et les rites religieux, la vérité, la descente aux enfers et la remontée, […], l’inondation, les rapports sexuels et la prostitution, la bonne langue et la calomnie, l’art, les chambres sacrées, les « hiérodules* du ciel », la musique, l’autorité des adultes, l’autorité des héros et le pouvoir, l’inimitié, la clarté, la destruction des villes et les lamentations, la joie au coeur, la fausseté, la terre rebelle, la bonté et la justice, le travail des charpentiers, […], les scribes, les forgerons, les tanneurs, les maçons, et le tresseurs de paniers, la sagesse et la compréhension, la purification, la peur et la protestation, la flamme gentille et la flamme qui consume, la fatigue, le cri de victoire, le conseil, le coeur troublé, le jugement et la décision, l’exubérance, les instruments musicals. » (S.N.Kramer, The Sumerian Mythology, 1944).

Inanna veut offrir en cadeau tout cela au peuple d’Erech pour obtenir le royaume et pour que son nom soit exalté, donc elle se rend à Eridu, où Enki, dieu de la sagesse, vit. En le séduisant et en l’enivrant avec du vin Inanna arrive à obtenir les tables du destin, retournant à son royaume avec un bateau escamoté à Enki. Quand le dieu cuve son vin il est déjà trop tard et même ses sept pièges tendus à la déesse pendant le retour n’arrivent pas à empêcher la distribution des Mes.

 

 

*la hiérodulie était la pratique de la prostitution sacrée.

 

Mon petit autel dédié à Inanna

Mon petit autel dédié à Inanna

Sources:

Samuel N. Kramer – The Sumerians: Their History, Culture and Character 

                                       (1963, University of Chicago Press)

                                      -Sumerian Mythology: Study of Spiritual and Literary Achievement in                                          

                                       the Third Millennium B.C. (1961, University of Pennsylvania Press) 

Verderame – La vestizione di Inanna

Janet et Stewart Farrar – The Witches’ Goddess: The Feminine Principles of Divinity

                                                (1987, Phoenix Publishing Inc)

Vivianne Crowley – A Woman’s Kabbalah: Kabbalah for the 21st century, (2000, Thorsons)

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s