Réclamer Noël – fêtons comme des païens

par Vivianne Crowley

yule-4

The boys of the NYPD choir still singing ‘Galway Bay’

And the bells are ringing out for Christmas day

Pogues, Fairy Tale of New York

http://www.youtube.com/watch?v=Pv0hlbWpa1w

Joyeux Yule à tous! Célébrons le Soleil Vainqueur, et l’inépuisable flamme qui brûle en chacun de nous.

Joyeux Yule

Si on vous demande quelle est la fête la plus païenne, vous allez peut-être penser à vos sabbats préférés – Beltane ou Samhain, Lammas, ou la période d’Imbolc pleine d’espoir. Mais probablement la fête la plus païenne est celle du Solstice d’Hiver, quand l’hémisphère tout entier touche à la fin de l’année, la renaissance du soleil, le temps de la promesse quand on voit les signes du retour du soleil. Les festivals de saison célèbrent des phases importantes dans les cycles astronomiques et des saisons lorsqu’on s’aperçoit du changement. Les bourgeons poussent et on célèbre le printemps, la renaissance de la végétation et la vie animale qui permet à l’être humain de survivre. Les nuits sombres arrivent avec le froid, la maladie et une mortalité accrue, et on célèbre Samhain la fête des morts. Ces dernières sont peut-être les fêtes les plus anciennes parmi les célébrations humaines.

Célébrer Yule

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Solstice d’Hiver à Stonehenge

Jadis nos ancêtres apprenaient à observer le ciel ; il était possible d’enregistrer les mouvements exacts du soleil dans le ciel et de positionner des pierres et d’autres signes sur la terre, pour savoir quand les changements étaient en train de se passer et quand on devait se réunir pour honorer et célébrer les festivals du soleil. Le Solstice d’Hiver célèbre des changements dans le ciel et dans le monde extérieur, mais c’est aussi la période durant laquelle on ressent psychologiquement le besoin de se réunir à l’intérieur avec d’autres personnes pour avoir de la chaleur, pour partager des ressources précieuses, et pour rendre les longues nuits plus supportables à l’aide de fêtes, chants et danses. On peut avoir de la lumière électrique et un chauffage central mais l’instinct est resté quand même. Ces célébrations sont instinctives et ancestrales et non pas spécifiques d’une confession religieuse en particulier. Elles peuvent dépasser les différences des crédos. Le christianisme, au fil des siècles, a condamné les célébrations de Yule comme profanes, païennes, sensuelles et non pas en accord avec les enseignements de la nouvelle religion, mais à la fin l’instinct a gagné. Le christianisme a appris à accepter Yule.

Gaieté et révérence

The Pogues qui chantent « Fairytale of New York » pourraient ne pas respecter l’idée d’un chant païen contemporain mais l’amour sincère pour la vie dans cette chanson transmet l’esprit des anciennes célébrations païennes d’hiver comme les Saturnales romaines. Les Saturnales honoraient Saturne, dieu de l’agriculture. Toute convention sociale était renversée et les Romains célébraient un bref retour à l’Âge d’or de la mythologie, une sorte de version romaine du Jardin d’Eden, quand l’humanité vivait en harmonie avec la nature. Elle était si abondante que les gens pouvaient vivre sans travailler, et tous les hommes étaient égaux. Pour honorer cela, l’ordre social était temporairement renversé – les patrons et les patronnes servaient leurs esclaves. Les célébrations continuaient jusqu’au Solstice d’Hiver et juste après, quand Rome célébrait la naissance du Sol Invictus, le Soleil Invaincu, le jour qui plus tard est devenu la célébration de la naissance de Jésus.

Antoine-Francois Callet, Saturnalia, 1782-3

Antoine-Francois Callet, Saturnalia, 1782-3

Les chrétiens avaient raison – Yule est vraiment païen, dans le sens où l’on célèbre la chaleur, la nourriture, et l’extase aussi. Le Solstice a toujours été une période de renouvellement spirituel et de célébration religieuse; mais aussi une période pour boire, danser, jouer de la musique et faire l’amour; quand tous les actes d’amour et de plaisir sont réellement Ses rituels. On a besoin de célébrations pareilles. Notre bien-être augmente quand on fête. On laisse derrière nous les anxiétés quotidiennes et on retourne brièvement à l’Âge d’or. Les célébrations spirituelles extatiques sont cathartiques; elles nous aident à nous libérer de nos préoccupations, nos problèmes et questions, et de l’implacable négativité des faits divers. Ce qui attire beaucoup de gens vers le paganisme est notre amour pour la vie, pour le monde autour de nous, et la joie – extase même – que les gens peuvent éprouver pendant des rituels païens, quand on tambourine, chante et danse autour du feu pendant toute la nuit. Ce n’est pas une évasion de la réalité, mais la conscience que se laisser aller et retourner aux plaisirs de l’enfance – prendre donc du plaisir dans l’instant – est psychologiquement et spirituellement bienfaisant et guérissant. Après on se sent plus fort, plus capable de soutenir les fardeaux de la vie des adultes.

Chants païens

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Quand on était petit on aimait chanter et les chants joyeux sont les premières chansons qu’on a appris. En tant que païen on n’a pas besoin d’abandonner nos chants; beaucoup d’entre eux se basent sur des anciens chants païens saisonniers. Tout le monde sait que Noël est une fête arrachée à des célébrations plus anciennes. La plupart des chants que l’on entend dans les églises se basent sur des chansons plus anciennes qui étaient chantées dans les maisons, dans les tavernes, et dans les rues. C’était la musique du peuple, accompagnée de tambours, de sucbut, de cornemuses, de kortholt, de cumhorn et d’autres instruments qui maintenant nous semblent archaïques, soit dans le nom, soit dans la sonorité. Ce n’est pas une coïncidence que la musique populaire, la musique médiévale, et le folk rock ont été repris dans le paganisme contemporain. Cette musique exprime les émotions de tous les jours, nos désirs, nos sentiments envers la nature et le sacré. Les chants anciens étaient des chansons saisonnières qui célébraient ce que les gens voyaient autour d’eux – les branches sempervirentes qui montraient la vitalité de la végétation dans la période la plus obscure; le rouge brillant des baies qui comme la poitrine du rouge-gorge étaient un rappel de la force de la vie même dans le froid de l’hiver.

Les chants médiévaux, comme les chansons populaires, étaient terreuses. Les folkloristes du XIX siècle et les musicologues voulaient des chansons qui pouvaient être chantées dans une société civilisée et bourgeoise. Ceux qui vivaient près de la nature et du territoire n’avaient pas ce genre d’inhibitions. Les Noëls du Moyen-Âge et de la Renaissance avant la Réforme protestante et la réponse paniquée de l’Eglise catholique de la Contre-Réforme étaient douze jours de fête, un peu comme les célébrations de nos ancêtres païens il y a des milliers d’années.

Des versions paganisées des chants peuvent être repérées partout sur internet; certaines sont plus célèbres que d’autres. Voilà ici ma version païenne préférée de « The Holly and the Ivy » par l’académique britannique Norman Iles.

Chantez et réjouissez-vous et – encore une fois – Joyeux Yule!

The Holly and the Ivy

Tous:            The Holly and the Ivy

                       When they are both full grown

                       Of all the trees that are in the wood

                       The Holly bears the crown

Homme:      The Rising of the Sun

                        And the running of the deer

Femme:       The rounding of the Shining Moon

                        The weary, worn Hunter.

Homme:      The Holly bears a berry

                        As red as any blood

Femme:       And ivy bears the greenest leaves

                        To wrap him in her hood.

Homme:     The Rising of the Sun

                       And the running of the deer

Femme:      The rounding of the Shining Moon

                      The weary, worn Hunter.

Homme:    The Holly bears a prickle

                      As sharp as any thorn

Femme:     And ivy bears a clinging vine

                      To smother him right down

Homme:    The Rising of the Sun

                      And the running of the deer

Femme:     The rounding of the Shining Moon

                      The weary, worn Hunter.

Homme:    The Holly bears a bark

                      As bitter as any gall

Femme:     And ivy bears small nectar falls

                      To sweeten all his fall.

Tous:          The Holly and the Ivy

                     When they are both full grown

                     Of all the trees that are in the wood

                     The Holly bears the crown.

Norman Iles (1971) The Pagan Yule Carols Restored. Morecombe: Norman Iles.

(Traduction de V.F. Voxifera)

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