« Je demande sans prétendre, puisque je suis le sacrifice… » [1]- Lammas (31juillet-1 aout)

de V.F. Voxifera

« N’est pas mort ce qui semble à jamais dormir 
et en d’étranges éternités la Mort même peut mourir. »
(H.P. Lovecraft, L’Appel de Cthulhu, 1928)

La fin de juillet marque le temps pour une autre célébration: Lammas ou Lughnasadh, et avec ce Sabbat je consacre officiellement la rubrique dédiée à la Roue de l’Année.

La première fête de moisson

Champ_de_Ble_2

Actuellement dans les champs, la plupart des céréales sont moissonnés en juin (le blé) ou en septembre (ris, maïs), mais avant l’amélioration génétique du blé au XX siècle, la période de moisson arrivait en fin de juillet/début d’aout surtout pour orge et amidonnier qui étaient très diffusés au Moyen Age. Même aujourd’hui en cette période, on retrouve un peu partout des fêtes populaires et folklorique qui célèbrent la récolte, pendant lesquelles par exemple on fait des offres de blé aux saints ou à la Vierge. À la montagne, c’est la période pendant laquelle on récolte l’herbe pour préparer le foin qui sera utile pendant l’hiver.

C’est en ce contexte que Lammas nait. Considérée comme la première fête de moisson dans le calendrier néo-païen, c’est aussi un festival solaire qui célèbre le cycle de la vie. Le nom Lammas vient de « hlaef-mass », une ancienne fête anglo-saxonne pendant laquelle on moissonnait les premiers céréales et on faisait un pain à offrir pour garantir la protection de la récolte. Cette fête est connue aussi sous le nom de Lughnasadh ou Lughnasa, c’est un nom d’origine celtique qui apparaît pour la première fois dans le Tochmarc Emire, un texte de mythologie irlandaise. C’est un mot qui contient le nom Lugh qui était le dieu celtique des arts et des talents.

« Réunissez-vous, o fils du moisson »

Le mot clé de ce sabbat est « sacrifice », et c’est assez simple à comprendre, si on pense au Dieu comme le Soleil incarné dans les ondes dorées des champs de blé ou dans les vastes étendues d’herbe, le roi moissonné qui se sacrifie pour nourrir son peuple. À Litha, en juin, le Dieu avait accepté son rôle de roi à coté de la Déesse et donc son destin, puisqu’il arrive le temps pour tous les rois de mourir et laisser la place à d’autres prétendants, pour que l’équilibre soit établi.

« Et j’ai peur d’assumer cette souveraineté,

puisque devant moi je vois

obscurité, douleur et sang sur le blé;

l’ombre de ma mort »[2]

À Lammas le temps de mourir et renaitre est arrivé, la Déesse moissonne le Dieu à l’aide d’un faux et le Dieu accomplit son destin pour que son peuple puisse se nourrir, le Soleil tombe symboliquement sur la terre et ils s’unissent. Le Dieu resurgit mais il restera dans l’au-delà en devenant le Seigneur Obscur jusqu’au Solstice d’Hiver, où il s’incarnera dans l’Enfant de la Promesse. La mort et la renaissance donc se révèlent nécessaires pour que le cycle de la vie puisse continuer.

Le sacrifice du Moi

Lughnasadh 04a

Astrologiquement pendant cette période la Lune est en Vierge, la Déesse a une responsabilité et doit accomplir sa tache: même si cela implique de sacrifier son époux. Le Soleil se trouve dans le signe du Lion, le domicile du Soleil qui est donc au sommet de son pouvoir. Le Dieu à Lammas est le roi puissant, il est le Soleil, le cercle avec un point au centre, le Moi.  Mais au cours de son règne il a appris la compassion, la justice, la sagesse et la guérison, il a comprit que pour que le monde soit en équilibre il doit se sacrifier, il a comprit d’être le porteur de vie et pour cela il doit connaître la mort aussi « Je suis la Vie et je donne la Vie, pourtant pour cela ma connaissance est la connaissance de la mort et pour cela je demande la sacrifice »[3], puisque le roi qui ne renonce pas à son pouvoir se transforme en tyran et la corruption l’accompagne. Ce n’est pas une histoire nouvelle, il suffit de regarder par exemple comme ce phénomène soit assez diffusé en politique: c’est difficile d’abandonner sa chaise quand on a un rôle d’importance, et tout le monde peut bien s’apercevoir des dommages que cet habitude peut provoquer.

Sur un niveau plus psychologique, la période de Lammas est parfaite pour sacrifier une partie de nous dont on a l’habitude mais qui nous empêche au même temps d’avancer dans notre vie et notre parcoure, le sacrifice volontaire est le plus difficile mais pour avancer il faut être prêts à renoncer…et souffrir je dirais; maintenant la célèbre question initiatique « Art thou willing to suffer to learn? » (Es-tu prêt à souffrir pour apprendre?) commence à avoir du sens. Quand on prend conscience de notre parcoure et on accepte toutes ses implications, on doit accepter aussi les efforts et les sacrifices que ce parcoure demande pour pouvoir avancer.

Célébrer Lammas

Mon autel de Lammas

Mon autel de Lammas

Quand on pense à Lammas, on voit l’or du blé et le rouge des coquelicots, les fleurs de champ, les épis de mais, et le temps qui semble s’allonger sous le Soleil d’été qui réchauffe l’air. On peut célébrer Lammas de manière simple: il est tradition de cuir un pain fait de céréales en forme de soleil ou d’homme qui sera offert pendant le rituel, on peut simplement cuisiner en utilisant les produits de la terre si on en cultive d’habitude. On peut préparer un autel pour l’occasion, en utilisant des couleurs jaune, or et noir, et on peut le décorer avec des fleurs de champ, comme les coquelicots ou des faisceaux de blé, ou épis de mais. L’important est de célébrer le Soleil et son sacrifice, et remercier pour les fruits de la terre. Ceux qui habitent à la campagne (comme moi) ou à la montagne ont de la chance en ce sens, mais pour ceux qui habitent en ville peut être compliqué de repérer des épis de maïs ou du blé, pour cela on peut utiliser simplement les graines et les céréales séchés que l’on peut trouver au supermarché pour décorer l’autel. On peut créer des petits sachets (voilà un petit tutoriel) remplis de céréales et les décorer avec des fleurs de champs séchés, on peut les charger avec notre intention pendant le rituel ou bien les utiliser comme jolis cadeaux en accord avec la saison.

Mon autel de Lammas

Mon autel de Lammas

Cette fête est une célébration de la générosité, de l’abondance et des mystères de la vie et de la mort.

« Je suis le vent de la mer,
je suis une onde de la mer,
je suis le son de la mer,
je suis un cerf aux sept bois,
je suis un griffon sur un rocher,
je suis une larme du Soleil,
je suis beau parmi les fleurs,
je suis un sanglier,
je suis un saumon dans l’étang,
je suis un lac dans la plaine, 
je suis une colline de poésie,
je suis une lance prête à la bataille,
je suis un dieu qui crée le feu par la tête.
Qui en plus de moi connait les secrets des dolmen de pierre sur la colline de Slieve Mis?
Qui en plus de moi sait quand le soleil se couche? »

(tirée depuis La Chanson d’Amergin dans La Déesse Blanche de Robert Graves)

[1] « La Charge du Soleil » de Cronos

[2] Vivianne Crowley, Wicca: the Old Religion in the New Age 

[3] « La Cherge du Soleil »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s