En mémoire de Giordano Bruno, martyre

de Vivianne Crowley

Trad. de V.F. Voxifera

L’amour m’a donné une vision tellement haute de la verité…

(Giordano Bruno, ‘De l’Amore’ 1584, 2004 ed., 14)

IMG_6874
(Statue en bronze de Giordano Bruno par Ettore Ferrari (1845-1929), Campo de’ Fiori, Rome)

Le 17 février 1600, les cendres du moine italien Giordano Bruno, victime de l’Inquisition, furent transportées par le vent à travers les fenêtres des habitations de Campo de’ Fiori à Rome. Tous les mouvements politiques et religieux ont leurs martyres – ceux qui préfèrent mourir plutôt que renoncer à ce qu’ils pensent être vrai. Beaucoup d’entre nous ne vivent pas sous un régime politique et théologique qui condamne à mort tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, mais beaucoup de frères et sœurs hors du monde occidental vivent dans cette situation. Et dans cette première période du revival néo-païen, il y a qualqu’un à l’occident qui a encore besoin d’avoir un peu de courage pour manifester des nouvelles idées dans un société parfois sceptique et hostile. Se rappeler de nos héros peut nous aider à retrouver le courage dont on a besoin.

Donc, qui fut Giordano Bruno?

Giordano Bruno (1548-17 février 1600), moine dominicain rebelle, naquit à Nola, près de Naples, et il fut baptisé comme Filippo. Depuis son enfance il eut des experiences mystiques et il voyait des esprits entre les hêtres et les lauriers qui couvraient les pentes du volcan Vesuvio. Les germes du mysticisme païen naturel étaient présents mais, comme tous les autres jeunes garçons intellectuels et spirituels de son temps, il fut orienté vers le chemin de l’Eglise. À l’age de 15 ans il rentra dans un monastère dominicain, où il fut renommé Giordano.
Ce ne fut pas un choix très sage. L’ordre dominicain était tellement dédié à l’orthodoxie religieuse, qu’ils furents chargés d’instituer l’Inquisition. Il n’y avait pas de place pour un esprit investigateur. Giordano était brillant, trop brillant et subversif. Il encouragea ses camarades de séminaire à lire au delà des textes autorisés. Ceci et une pièce satyrique contre la corruption de l’Eglise attirères la rege de ses supérieurs. Après avoir caché un livre hérétique dans les latrines, il echappa juste avant d’être arrêté et accusé d’hérésie.

Les Ombres des Idées

Les pays qui étaient en train de se convertir rapidement au Protestantisme répresentaient un grand défi pour l’Eglise de Rome. Giordano éspera trouver un asile sur, mais les nouveaux protestants lui semblèrent aussi fanatiques et bigots que les chrétiens. Giordano trouva un milieu plus libéral et accueillant à Paris, où le roi resta suffisamment impressionné et lui accorda le titre de professeur. Cela lui donna la possibilité de terminer un des premiers oeuvres les plus importants, De umbris idearum – Les Ombres des Idées(1582), basé sur La République de Platon. Le livre propose une méthode mnémonique utilisant les images du zodiaque – les trente-six décans célestes décrits par Cornelius Agrippa dans De occulta philosophia – et il commençait à montrer la profondeur de ses idées hérétiques.
La chrétienté avait une vision profondément différente de la Terre et de sa place dans le cosmos par rapport à celle d’aujourd’hui. Pour les théologiens, il n’y avait qu’un seul cosmos – celui habité par l’homme, qui fut créé par un seul être divin en six jours, avec la planète Terre au centre, et l’être humain au sommet de la création. Le problème était que l’invention des verres avait donné la possibilité à l’homme d’observer le ciel. Depuis le 16ème siècle, l’invention des téléscopes a permis, en quelques simple observation, de comprendre que la vision religieuse du monde n’était pas correcte. L’astronome polonais Copernic avait déjà déclaré que c’etait le Soleil et non la Terre, au centre du ciel. Giordano était prêt à aller encore plus loin.

À la cour de la Reine Vierge

Giordano alla encore plus loin géographiquement – en Angleterre. À l’age de 35 ans il arriva à Londres, chez l’ambassadeur de France, et il fut accueilli à la cour de la Reine Elisabeth I. La cour élisabethaine était le milieu idéal pour un esprit ouvert. Le magicien et mathématicien Dr. John Dee était l’astrologue personnel de la reine. Pas seulement les hommes, mais aussi les femmes dans la cour, comme Mary Sidney Herbert, Comtesse de Pembroke, étaient des philosophes, des écrivaines, ou elles s’intéressaient à la science, à l’alchimie et à la magie. Giordano fut invité à l’Université d’Oxford pour parler de l’immortalité de l’âme. Ce n’était pas extraordinaire, c’était une croyance normale à l’époque, mais l’immortalité de l’âme pour Giordano incluait la réincarnation aussi et pour cela il n’attira pas la faveur des académiciens d’Oxford. La popularité de Giordano diminua, mais son séjour en Angleterre lui donna la possibilité d’écrire et publier ses oeuvres les plus importantes, comme De la causa, principio e uno – Cause, principe et unité et De l’infinito universo et mondi – L’infini, l’univers et les mondes.
Défier théologiquement des idées bien enracinées était assez dangereux mais Giordano bruno alla au déla de la science. Si la cosmologie chrétienne était incorrecte, alors il fallait reformer la religion. On n’avait pas besoin du Protestantisme, il disait, mais on avait besoin d’une nouvelle forme de religion, basée sur des formes divines évocatives en accors avec les nouvelles révélations scientifiques. Où est-ce qu’on peut trouver une religion pareille? Dans Spaccio de la bestia trionfante – L’expulsion de la bête triomphante (1584) – il répond: dans le Paganisme de l’Ancien Egypte, evidemment. Ce qui était évident pour Giordano devait être évident aussi pour les autres, si seulement il avait la possibilité de les convaincre.

Pas univers mais multi-vers

Aucune des visions de Giordano ne nous étonnerait pas aujourd’hui. En effet il fut un prophète du progrès scientifique, il a prévu beaucoup d’idées contemporaines sur la cosmologie. L’univers n’est pas limité, il disait, mais infini. Il n’y a pas un seul univers mais un multi-vers – un nombre infini d’univers qui contiennent des soleils infinis avec des planètes habitées comme la nôtre, et les étoiles de la nuit sont les soileils des autres univers. Mais Giordano eut la malchance d’être né dans son époque, une époque où la liberté d’expression ne rentrait pas dans les idéaux des pays occidentaux; une époque où on aurait risqué la torture et la mort si on disait des choses qui allaient contre la théologie dominante.
Convaincu à rentre par un faux prétexte, Giordano fut bientôt arrêté, longuement interrogé et emprisonné, jusqu’à ce qu’une liste définitive d’accusations fut déclaré. Outre le reniement de certaines doctrines catholiques, Giordano fut accusé de croire en plusieurs mondes et en leur éternité, de croire en la métempsychose et en la transmigration de l’âme humaine dans les animaux; et de pratiquer la magie et la divination. Ses crimes étaient la science et le Paganisme.
Le 17 février 1600, Giordano paya le prix de ses idées et il fut brulé, après avoir déclaré à ses juges:

Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la récevoir.

Giordano Bruno cité dans Kaspar Schoppe’s letter to Konrad Rittershausen, Rome, 17 février 1600 (Spampanato 1921, 801)

« O esprit … tu sera un feu ardent. »

Petit, maigre, aux cheveux roux et combattif, l’un des premiers livres de Giordano Bruno fut La Cena de le Ceneri – Le Banquet des Cendres(1584), dans lequel il comprend pour la première fois les implications radicales de l’univers héliocentrique de Copernic pour la théologie. Les images puissantes du feu et de la cendre jouent un rôle très important dans ses écrits. Et sa mort dans le feu et la cendre, le jour après le mercredi de Cendres 1600, fut terrible mais peut-être prévue. Et ce ne fut pas une défaite. Giordano brula, mais sa mémoire vit dans les esprits et dans les coeurs de tous ceux qui trouvent dans la science, pas un défi pour la spiritualité, mais émerveillement, étonnement et réverence.

Puisque depuis les cendres du feu, le Phénix est rené,
Et depuis la mort une nouvelle vie nait, bien que sous une forme différente.

Vivianne Crowley (1984)

Références

Bruno, Giordano, Principle and Unity, and Essay on Magic. Cambridge University Press. Richard J Blackwell. Edité par Richard J. Blackwell. Traduit par Richard J. Blackwell. Cambridge: Cambridge University Press. Publié pour la première fois 1584-5, 2004

Crowley, Vivianne. « Review: ‘Cause, Principle and Unity’ by Giordano Bruno. » Heythrop Journal 41, n. 2 (Avril 2000): 252-253

Wicca: A Comprehensive guide to the Old Religion in the modern world 2ème édition. London: Element/Harper Collins. Publié pour la première fois 1996, éd 2003

Firpo, Luigi. Il processo di Giordano Bruno. Napoli: Edizioni Scientifiche Italiane, 1949.

Spampanato, Vincenzo. Vita di Giordano Bruno: con documenti editi e inediti. Messina: G. Principato, 1921.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s