Honorer les femmes spirituellement puissantes: Doreen Valiente (1922-1999)

de Vivianne Crowley (Trad. Valentina Ferracioli)

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Photo courtesy of Doreen Valiente Foundation


Le mois prochain il y aura un événement très important sur le calendrier païen: la publication tant attendue de la biographie de Doreen Valiente écrite par Philip Haselton éditée par la Doreen Valiente Foundation et le Centre for Pagan Studies. En tant que quelqu’un qui a eu la chance de connaître Doreen et de participer à des rituels avec elle, j’ai été très contente que Philip ait décide d’assumer cette tache.
Quand on pense à des leaders religieux, notre conditionnement social évoque en nous l’image d’un homme âgé et barbu ou celle d’un prédicateur charismatique, mais grâce à la spiritualité de la Déesse, les femmes se font de plus en plus remarquer. Doreen a été l’une des femmes puissantes dont les oeuvres ont contribué à former le Paganisme contemporain.

Emerger des Ombres

Comme beaucoup d’auteurs et enseignants, l’intérêt en la vie de Doreen a traversé différents moments, du grande intérêt au point culminant de sa production littéraire aux années 1960 et 1970, à sa diminution pendant quelques temps, pour retourner encore au niveau publique depuis la moitié des années 1990 dans le livre de Michael Jordan Witches: An Encyclopedia of Paganism and Magic, avec les merveilleuses photos par Sally Griffyn.
Les cinq dernières années de sa vie furent très engagées. Elle devint Souteneur du Centre for Pagan Studies fondé par John et Julie Belham-Payne, en contribuant à ses évènements à Brighton, où elle vivait, et ses alentours. Elle fut ensuite invitée sur une scène plus grande, celle de la conference nationale de la Pagan Federation en 1997 près de Londres, où elle reçut l’ovation d’un publique de 2000 personnes.
Finalement, au cours des années qui ont suivi sa mort, elle a été officiellement honorée. Etant donné son importance dans l’histoire religieuse contemporaine anglaise, la Doreen Valiente Foundation et le Centre for Pagan Studies ont fait une campagne de succès pour qu’elle reçut une plaque bleue à afficher sur sa dernière maison. En juin 2013, le maire de Brighton a dévoilé cette plaque, un événement annoncé par la BBC et d’autres médias. En 2016, la Foundation et le Centre ont en programme deux expositions de ses objets aux Musées de Brighton, et le 2016 commence par la publication de la biographie écrite par Philip Haselton, Doreen Valiente, Witch.

Une voix pour l’Art

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Photo courtesy of the Doreen Valiente Foundation

En croyant passionnément en le retour de la sorcellerie traditionnelle, Doreen Valiente a contribué énormément au Paganisme contemporain. Ses contributions incluent ses livres, ses recherches, sa vision du Paganisme comme une religion naturelle et inclusive, et sa participation à la naissance de la Pagan Federation, qui a ensuite donné vie à la Pagan Federation International, la Scottish Pagan Federation, Pagan Federation Ireland, et d’autres organisations.
Doreen avait un talent naturel pour les mots et sa prose claire a contribué à rendre la Wicca accessible. Ses livres Where Witchcraft Lives, An ABC of Witchcraft Past and Present, Natural Magic, et Witchcraft for Tomorrow ont été les premières lectures d’une génération entière de seekers. Son habilité littéraire a été sans doute importante, Gerald Gardner était déjà vieux quand il décida de rendre publique le culte sorcier et il n’avait pas assez de temps pour écrire des livres. L’Art avait besoin d’un auteur qui s’occupait de repartir où Gerald avait laissé et ce fut Doreen Valiente, une des ses Grandes Prêtresses, à le faire. Bien avant qu’elle commença à publier, Gerald Gardner lui demanda de sélectionner le matériel qu’il avait reçu depuis ses initiateurs et enrichi avec ses recherches personnelles. Les charmes, les invocations et les rituels ont été écrits par sa plume. Bien qu’elle ait laissé le coven de Gerald Gardner, elle a gardé un intérêt en son histoire et ce sont ses recherches qui ont mené à la découverte de la « Vieille Dorothy » mentionnée par Gerald, qui a ouvert les portes à d’autres découvertes sur les initiateurs de Gardner.

Simplement une Sorcière

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Photo courtesy of the Doreen Valiente Foundation

Doreen joua un rôle très important en recherchant l’histoire de la Sorcellerie et c’est bien que Philip ait décidé de faire le même pour elle. En tant que biographe de Gerald Gardner, le « Père Fondateur » de la Sorcellerie moderne, Philip semble vouloir continuer ses recherches historiques en devenant le principal biographe d’une « Mère Fondatrice ».
Ainsi que délinéer l’histoire de l’Art comme Doreen l’a influencée et vecue, les recherches de Philip nous permettent de mieux connaître la vie de Doreen avant la Wicca. Sa précédente carrière dans le gouvernement a permis à Philip d’accéder à des informations oubliées dans les archives du gouvernement. Son nez pour les faits cachés lui a permis de découvrir, par exemple, ce que Doreen a fait pendant la Seconde Guerre Mondiale. Grace à ses contacts dans la communauté wiccane, il a aussi découvert une série de faits très fascinants sur l’histoire de la Wicca du 20ème siècle. Alors que la premières générations du revival de la Sorcellerie passent au delà du voile, le trésor de souvenirs qu’elles portent avec elles risque d’être perdu. Heureusement, les effort de Philip pour capturer les souvenirs des gens ont donné à ceux de nous qui sont wiccans, et à la communauté païenne plus vaste, un sens à ce que l’on est et d’où l’on vient.
Philip a mis en évidence un coté très important de Doreen – son grand amour pour le monde naturel et pour la vie à l’extérieur. En tant que sorcière, elle ressentait une connexion très profonde avec les paysages du Sussex, sa terre pendant la dernière période de sa vie. Même si elle avait une grande habilité avec les mots écrits, elle ne fut jamais une « occultiste à fauteuil », mais une sorcière très simple et directe, qui n’aimait rien d’autre que célébrer des rituels et honorer les Dieux dans la nature. Les rituels que moi et mon mari avons partagé avec elle dans les forets du Surrey sont des souvenirs très précieux.
L’un des grands soucis de Doreen était l’image publique de l’Art. Elle a fait un travail énorme pour combattre les préjugés négatifs des clichés médiatiques. Ça a été ce souci qui l’a menée en 1971 à devenir co-fondatrice de la Pagan Federation, avec ma Grande Prêtresse et initiatrice Madge Worthington, et John et Jean Score. Les païens du monde entier doivent beaucoup à Doreen et à sa génération de pionniers qui ont lutté contre le préjugé et l’hostilité pour que les générations futures puissent célébrer ouvertement sans peur.
Pour ceux qui se considèrent pratiquants d’une forme de Sorcellerie Traditionnelle d’origine anglaise, la biographie de Doreen écrite par Philip est une lecture essentielle.

Si tu veux plus d’informations

Le livre de Philip – Doreen Valiente, Witch – sera publié le 22 février 2016. Des copies en pré-vente sont disponibles sur le site de la Doreen Valiente Foundation, dans les boutiques ésotériques (supportez les magasins locaux!), et les boutiques en ligne.
Pour plus d’informations sur Doreen, sur la Doreen Valiente Foundation, et ses livres et événements, visiter le site: http://www.doreenvaliente.com/

Honorer deux femmes spirituellement puissantes: Jean Williams et Olivia Robertson

de Vivianne Crowley (Trad. Valentina Ferracioli)

Janvier est le mois du dieu romain Janus, dieu des portes et des passages, des entrées et des sorties. Même si on célèbre une date différente pour le début de notre année sacrée, le 1er janvier, comme début de l’année séculaire, est un bon moment pour regarder en arrière et en avant. Janus était un dieu avec deux visages, l’un tourné vers le passé e l’autre vers l’avenir. Pendant cette période c’est normal de réfléchir sur ce qui a été et sur nos espoirs pour l’année qui vient.

Réfléchir sur le 2015

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Jean Morton-Williams (1928-2015), gauche; Olivia Durdin-Robertson (1919-2013), droite

Pour beaucoup d’entre nous le 2015 a été une année de mort; parfois des personnes près de nous, parfois des personnes tuées par la terreur et la violence. Je croyait que la période de la mort était finie pour moi en novembre en Irlande, quand j’ai visité la tombe des mes grands-parents, mes oncles et celle de Olivia Durdin-Robertson (1919-2013) de la Fellowship of Isis. Malheureusement ce n’était pas fini. À la veille de Noël la triste nouvelle d’une mort subite en famille, et le jour de Noël une autre triste nouvelle, la mort d’une amie pendant plus de quarante ans, Jean Morton-Williams (1928-2015), Grande Prêtresse du Bricket Wood coven, fondé par Gerald Gardner, magicienne rituelle, auteur et, pendant plusieurs années, Secrétaire et puis President de la Pagan Federation.

Une vie spirituellement riche

Olivia et Jean étaient plutôt âgées quand elles sont mortes. Olivia avait 96 ans et Jean 87. Avec des vies si longues on peut penser qu’elles ont vécu jusqu’au fond. Bien sûr, toutes les deux ont vécu une vie spirituellement riche, dévouée au travail pour la Déesse. Elles ont été deux prêtresses rituelles pendant plusieurs années, mais aussi des auteurs, et guides de plusieurs groupes spirituels très important. Toutes les deux avaient une forte présence rituelle. Etre avec Olivia dans ses temples chez elle au Clonegal Castle en Irlande , quand la prêtresse oracle prononçait les paroles de la Déesse, c’était très émouvant. C’était également émouvant de voir Jean dans le rôle de Prêtresse pendant l’une des Messes Gnostiques qu’elle et son mari ont célébré pendant plus de 25 ans, quatre fois par année dans leur temple à Londres. Une invitation à ces Messes était chérie par les païens et les occultistes anglais.

Ces deux femmes ont su mêler avec grâce le niveau spirituel et celui mondain qui, dans le cas de Jean, inclut aussi une carrière comme psychologue qui mena à la direction de la plus grande organisation anglaise de recherche sociale indépendante, SCPR, plus tard renommée NatCen. A travers leur travail elles ont dépassé les barrières. L’une des premières aventures magiques de Jean et Zach fut la création d’une série de conférences ‘Bridges and Boundaries’ (‘Ponts et Confins’ NdT) pour réunir les communautés païennes et ésotériques, et Jean a été l’une des forces qui ont mené à l’ouverture de la Pagan Federation, initialement à majorité wiccane, vers la communauté païenne plus vaste. La vision d’Olivia pour la Fellowship of Isis était également ouverte et inclusive. La Fellowship avec sa doctrine et structure minimale a été fondée pour réunir les gens appartenant à différents parcours spirituels pour honorer le Divin Féminin et pour trouver une place pour la Déesse dans le temple du coeur.

Vivre la vie à fond

Jean et Olivia ont vécu une vie pleine et heureuse pendant les dernières années. Dans le cas de Jean, elle a passé plus de 25 ans en travaillant pour le développement de la Pagan Federation. Ses premiers écrits académiques comme, ‘The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions’ (Sykes and Moreton-Williams 1997) ont fait place aux écrits plus ésotériques mais également profonds. Après The Gods within (Williams and Cox 2008) cet été un autre livre de rituels a été publié The Play goes on (Cox, Williams and Friends 2015). Malgré leur age, elles nous ont laissé trop tôt. Elles étaient deux femmes magiques et puissantes mais humbles, libres penseuses qui ont eu un grand impact sur leur communauté spirituelle, à travers leurs écrits, leur présence rituelle, et leur vaste réseau de contactes internationaux. Elles sont mortes mais elles avaient encore beaucoup de choses à donner.

Tout cela me mène à une dernière réflexion sur l’année 2015 en contemplant la vie des ces deux femmes extraordinaires qui ont touché ma vie. Jean Williams était bien moins publique que Olivia Durdin-Robertson et une auteur moins prolifique, mais elle était une figure centrale dans la communauté occulte et païenne anglaise. Seulement certaines rares interviews peuvent être repérée sur internet, comme celle publiée dans Wiccan Rede (Russell 2004), mais elle apparaît presque anonymement dans les recherches de certains païens académiques: ceux qui travaillent derrière la scène sont aussi important que ceux qui sont au centre de la scène. Sans surprise, Jean ne voulait pas devenir President de la Pagan Federation. Moi et autres on a longtemps discuté pour la convaincre que c’était le moment pour elle de prendre un rôle centrale. Etant née à la cuspide entre Cancer et Lion, elle préférait guider de manière discrète, mais à la fin elle le fit.

Lumière inspirante

Olivia et Jean étaient deux personnes qui ont inspiré les autres à devenir ce qu’ils étaient et à trouver leur propre place dans la vaste communauté. Elles étaient deux femmes puissantes qui donnaient le pouvoir aux autres. Elles étaient très bien conscientes de l’importance de faire beaucoup de choses et elles savaient que le temps ne s’arrête pas. En sachant cela, elles ont pu donner beaucoup.

À la fin de cette année, on peut honorer leur vie et mémoire en faisant exactement ce qu’elles ont fait – en se mettant au service des autres, en ne renvoyant pas à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui, et en sachant que, même si on vit longtemps, pour quelqu’un de nous il n’y aura jamais assez de temps pour faire tout ce que l’on peut faire.

Que ce 2016 soit une année de créativité, pour donner aux autres, en faisant un très bon usage de ce qu’on peut donner au monde. Autour de nous il y a beaucoup d’obscurité, mais les vies de ceux qui nous inspirent sont comme de la lumière dans l’obscurité; une lumière qui nous permet de voir ce que chacun de nous peut faire pour honorer la Déesse, quel que soit son nom, Elle qui est Isis aux Mille Noms.

Le seul moment qui est réel pour nous est ce du passage,

parce que seulement maintenant on a le pouvoir d’utiliser notre libre volonté.

Le passé est un monde phantasme immuable et fixe qui s’éloigne de nous,

et le futur, jusqu’à ce qu’il devient le temps pour le présent, n’existe pas.

(Olivia Robertson. Field of the Stranger, 1948, 70)

Références

Cox, Zachary, Jean Williams, and Friends. The Play goes on: Rituals of the Rainbow Bridge. London: Starfire Books, 2015.

Crowley, Vivianne. « Olivia Durdin-Robertson: Priestess of Isis. » In Female Religious Leaders in New Religious Movements, edited by Inga Bårdsen Tøllefsen and Christian Giudice. London: Palgrave-Macmillan, 2017-in preparation.

Pagan Pathfinders. « Jean Williams and Zach Cox Activities: The Gnostic Mass by Aleister Crowley. » Pagan Pathfinders. 2011. http://www.paganpathfinders.co.uk/projectss.html (accessed December 27, 2015).

Robertson, Olivia. Field of the Stranger. London: Peter Davies Limited and The Book Society, 1948.

Russell, Ash. « Pagan Pathfinder Extraordinaire: An Interview with Jean Williams. » Wiccan Rede Online: Magazine for Wicca and Modern Witchcraft. 2004. http://wiccanrede.org/2014/07/pathfinder-extraordinaire-an-interview-with-jean-williams-part-1/ (accessed December 28, 2015).

Sykes, Wendy, and Jean Moreton-Williams. « The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions. » International Journal of Market Research 39, no. 1 (1997).

Williams, Jean, and Zachary Cox. The Gods within: The Pagan Pathfinders Book of God and Goddess Evocations. London: Moondust Books, 2008.

Honorer les Ancêtres – Eleanor ‘Ray’ Bone

de Vivianne Crowley
Traduction Valentina Ferracioli

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Garrigal Cemetry

Samedi 12 septembre un groupe de païens s’est rencontré au village de Garrigal au nord de l’Angleterre, pas loin du Mur d’Hadrien et de la frontière avec l’Ecosse. Par rapport à la petite ile qui est la Grand Bretagne, ce lieu est isolé. Il se trouve au centre des monts Pennines du nord, une terre de collines, champs de bruyère et tourbières, c’est un Espace de remarquable beauté naturelle, l’un de plus grands en toute la Grande Bretagne.
Au coeur du village, dans un espace vert, il y a le seul pub. Il a un nom très anglais et traditionnel, George and Dragon, mais ce n’est pas la promesse d’une bonne bière autour d’un feu qui nous a emmené au village de Garrigal dans cette journée pluvieuse à la fin de l’été. On était là pour honorer une « ancêtre » du Paganisme contemporain, Eleanor Bone et pour célébrer le positionnement d’une pierre commémorative sur sa tombe.

La matriarche de la Wicca gardnerienne en Europe

Très peu de personnes ont entendu parler de Eleanor. Elle n’était pas une écrivaine célèbre; bien qu’elle ait écrit; mais elle est un personnage très important dans l’histoire de la Wicca. Eleanor ‘Ray’ Bone (15 decembre 1911 – 21 septembre 2001) a été l’une des dernières initiées de Gerald Gardner et une coven leader pendant plusieurs années. Comme la « Long Island Line » aux Etats-Unis, en Europe les descendants initiatiques de Eleanor Bone constituent la majorité de la tradition gardnerienne. L’un des actes les plus célèbres fut le sauvetage de la tombe de Gerald Gardner. En 1968, elle voyagea en Tunisie au nord de l’Afrique pour visiter sa tombe et elle fut horrifiée d’apprendre que le cimetière allait être transformé en parc publique et les tombes enlevées. Elle amassa des fonds entre les initiés de Gerald et arriva à faire déplacer la tombe dans un cimetière près de l’ancienne ville de Carthage, où on peut la visiter encore aujourd’hui.

Etant donné la notoriété de certains auteurs comme Doreen Valiente et Pat Crowther, il est surprenant pour un non-européen d’apprendre que la majorité des initiés gardneriens en Europe descendes des Grandes Prêtresses non-célèbres. Il y en beaucoup qui ont guidé des covens pendant des générations et dont les initiés ont créé des nouveaux coven à leur tour, dont les noms ne sont connus qu’à l’intérieur des coven de famille.
Récemment, avec internet, les noms et la vie d’Eleanor Bone et des ses initiés et de mes initiateurs, Madge Worthington et Arthur Eaglen, sont rentré dans le domaine publique. L’une des raisons de ce grand intérêt est que l’information est plus accessible. Autrefois les gens devait avoir une correspondance privée pour connaître les noms des continuateurs après la mort de Gerald Gardner. Maintenant il est possible de retrouver certaines informations sur la Wicca gardnerienne à travers une recherche Google.
Une autre raison pour laquelle on connait mieux les personnages est sans doutes l’intérêt que le païens ont en leur histoire. Beaucoup d’entre nous sont entrés dans le paganisme quand notre histoire n’était qu’un mythe romantique. Maintenant on a une véritable histoire. Pour ceux qui sont dans une tradition initiatique, il y a un arbre généalogique spirituel qui a la même importance que celui de sang. Les gens veulent connaître leurs ‘ancêtres’ – leurs vies, leurs ambitions, leurs espoirs et leurs peurs pour la tradition païenne qu’ils étaient en train de créer.
Quand nos prédécesseurs ont écrits des livres, on a pu connaître leurs pensées et leurs rêves; mais seulement en partie, la partie publique. Dans la plupart des cas, on n’a pas accès aux cahiers intimes et aux photographies qui pourraient nous montrer une image de leur personnalité privée. Ce genre de souvenirs sont devenus très importants en descendant dans les générations. Les gens veulent connaître ceux qui sont vénus avant; ce n’est pas parce qu’on les considère comme une nouvelle race de « Saints païens » – on ne veut pas qu’ils soient parfaits et ‘saints’. Mais leur engagement est une source d’inspiration pour la tache difficile de construire un nouveau Paganisme qui rencontre les besoins du monde contemporain.

Créer un Paganisme enraciné

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Selon certains, créer un Paganisme authentique et enraciné signifie de reconstruire fidèlement les pratiques de ceux qui ont vécu il y a 2000 ans ou plus. Pour moi cela ne prouve pas l’authenticité; puisque l’essence du Paganisme vient de ce qu’on trouve autour de nous dans l’univers. Il doit croitre et évoluer, au moment où l’on croit et on évolue. Cela est vrai pour les pratiques entre générations ainsi que pour notre même vie, au moment où nos besoins évoluent et changent selon l’age. Plutôt on cherche à connaître comme nos ancêtres pensaient, pratiquaient et sentaient pour trouver l’inspiration pour créer un Paganisme qui soit enraciné dans le présent, comme ils ont fait.
Eleanor Bone, Madge Worthington et leurs contemporains étaient dans la génération qui, à l’aube des Guerres Mondiales et des changements de la société autour d’eux, était déjà post-chrétienne. Leur Paganisme était une contre-culture – égalité des sexes, nudité, idées libérales par rapport à l’expression sexuelle – tout cela était part de leur Paganisme, pour se libérer des chaines de la pensée dominante.
Pour Madge et pour beaucoup d’autres qui ont embrassé le Paganisme au 20ème siècle, la relation des êtres humains avec l’environnement fut un facteur très important. Les gens cherchaient le Divin dans le monde naturel quand la civilisation urbaine assumait une nouvelle importance. Pendant que béton avançait, les êtres humains dans l’Occident urbain désiraient la nature, les champs, les ruisseaux et les forets. Comme Doreen Valiente a écrit dans  A Chant for Beltane (1971) notre espoir était:

Let the streams and fields be pure,
Earth and sky be clean once more ….

Ces motivations des nos prédécesseurs qui les ont aidés à trouver le Paganisme sont encore importantes; mais les gens n’ont plus besoin du Paganisme pour trouver une libre expression sexuelle, l’écologie, ou le pouvoir féminin. Ils font partie de la vie contemporaine. Donc, qu’est-ce qui nous emporte?

À la recherche des mystères

Une autre chose que nos prédécesseurs cherchaient était le mystère. La Wicca est beaucoup moins mystérieuse qu’autrefois. Beaucoup a été exposé à travers les médias et le monde académique. Mais l’imaginaire évocatif de la Wicca, avec ses rituels nocturnes, ses très beau instruments, l’unité de ses petits groupes, et son accent sur ce qui « est éternel et continu », et ce n’est pas du matérialisme mais de vérités et valeurs très profondes, tout cela est encore très fascinant. Donc la Wicca reste le lieu pour ceux qui cherchent à voir au de là des soucis de la vie matérielle. Elle nous aide à trouver la merveille et l’enchantement de la vaste galaxie autour de nous et à nous engager dans l’effort humain de vivre dans un corps animal et avoir des visions de l’éternité. Nos traditions spirituelles peuvent aider l’humanité à trouver un compromis avec une conscience qui s’étend au delà du soi physique.

Un sens d’emerveillement

Nos prédécesseurs étaient des hommes et des femmes qui cherchaient les mystères, pas nécessairement ce qui est secret, mais ces qui peuvent être trouvés seulement par ceux qui ont les yeux pour voir. La Wicca consiste à voir le monde de manière différente; voir à travers la surface de la matière, s’émerveiller devant le mystère de la création de la matière et de sa source au delà des étoiles. Gerald Gardner écrit dans Witchcraft Today :

La Sorcellerie n’était, et n’est pas, un culte pour tout le monde. A moins que vous êtes attirés par l’occulte, ou que vous avez un sens d’émerveillement, sentir que vous pouvez échapper pendant quelques minutes au monde réel pour aller dans le monde des fées, cela ne vous sera utile en aucune manière. (Gardner 1954, p.29)

Femmes comme Eleanor Bone et Madge Worthington, hommes comme Gerald Gardner, on les honore parce qu’ils ont ouvert des chemins. Doreen Valiente et Gerald Gardner ont été commémorés chez leurs dernières maisons par une plaque bleue qui en Angleterre sont utilisées pour honorer les grands qui ont contribué de manière positive à la société. Ils sont honorés avec les politiciens, les héros militaires, les artistes, les musiciens, les écrivains et les poètes; reconnus pour avoir été des poètes de l’esprit – ceux qui ont aidé le développement et l’évolution de l’esprit humain.

Son nom est gravé

Eleanor Bone et Madge Worthington sont moins connues mais elles sont honorées à l’intérieur de leur communauté spirituelle. C’était avec joie que j’ai participé avec les autres membres du Eleanor Bone Memorial Committee, avec ses descendants initiatiques, avec d’autres païens, sa nièce et les membres de la communauté locale à la célébration du  positionnement de la pierre tombale d’Eleanor. On a honoré même ceux qui n’ont pas pu être avec nous – ses descendants spirituels et sa vaste « tribu » dans le monde – qui ont contribué à l’achat, à la sculpture et à l’érection de la pierre. Comme elle a honoré son initiateur Gerald Gardner en préservant sa tombe en Tunisie, ainsi elle méritait d’être honorée de la même manière. Dans la pierre on les rappelle et son nom a été orgueilleusement gravé.

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La pierre sur la tombe d’Eleanor a été érigée après une collecte de fond par le Eleanor Bone Memorial Fund Committee, présidé par Sophia Boann. Pour plus d’informations: http://eleanorbone.org/

Les Bénédictions du Solstice de Belisama

de Vivianne Crowley 

Traduction Valentina Voxifera  

  

Au Solstice d’Eté chez nous en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, on invoque Belisama, la Brillante, la Dame de l’Eté. Certains disent qu’elle est la lumière brillante du soleil; d’autres disent qu’elle est plus fougueuse, la Dame des Batailles et des Flèches. On la retrouve en France et dans la région de Milan au nord de l’Italie, où les tribus celtiques sont venues chercher des nouvelles terres.

Retrouver la Déesse du Territoire

Le paganisme breton se trouve juste sous la surface, sa culture a été protégée pendant des siècles par la langue bretonne, que seulement les bretons connaissent. Le Christianisme et le Paganisme se fusionnèrent et les anciens chemins furent cachés sous l’apparence du nouveau. Les autels romains de Mithra furent inclus dans les églises chrétiennes. Les statues des déesses gallo-romaines rapparièrent comme Vierges.

Les anciennes divinités bretonnes vivent et on a découvert qu’en faisant des rituels à l’extérieur, les divinité qu’on invoquait d’habitude dans notre temple à Londres ne nous parlaient pas sur cette terre riche, ni dans la salinité du vent, ni à l’ombres des pierres érigées vers un ciel étoilé. Lors des nos premiers rituels dans le cercle de pierre qu’on a créé, on invoquait les quatre directions en utilisant les images de la traditions celtique – l’aigle à l’est, la jument blanche au sud, le saumon à l’ouest et le taureau noir au nord. Comme les noms des dieux qu’on utilisait en Angleterre et en Irlande ne semblaient pas corrects, on invoquait le Déesse et le Dieu comme « Dame » et « Seigneur ». Puis lors d’un rituel on était assis autour d’un feu et on a attendu. On écoutait le vent dans les arbres, les cris des hiboux, les bruissements des animaux curieux entre les buissons, venus voir notre rituel de feu. À la lumière tremblante du feu et le sifflement des arbres, on écoutait attentivement, pour découvrir le schéma divin des ces sons. Des mots arrivaient et on trouvait un signifié.

On écoutait et dans le vent un son arriva. On confronta nos notes. Oui, on avait entendu la même chose. On avait trouvé notre première divinité.L’intuition avait trouvé un nom et la pensée maintenant prenait sa place. On acheta des livres sur l’histoire celtique de Bretagne. On a découvert ainsi le travail de Christian-J. Guyonvarc’h, professeur en études celtiques à l’Université locale de Rennes, et les recherches des historiens bretons locaux, comme Gwenc’hlan Le Scouëzec. On a commencé à découvrir nos Déesses et Dieux. On a découvert Belisama et on a commencé à l’adorer.

La Déesse Dorée

  

La mer qui entoure la Bretagne de trois cotés porte avec elle les brumes, la pluie, le vent et le soleil. C’est une terre aux longue soirées dorées d’été, quand le coucher teint le ciel d’ambre, orange, abricot et rose. C’est cette lumière dorée qui a attiré en Bretagne au dix-neuvième siècle des peintres comme Paul Gauguin pour peindre « Le Christ Jaune » et « Meules de foin en Bretagne ». On a découvert que c’est Belisama la déesse des étés dorés qui commence à Beltane. Dans les longues soirées dorées, les rayons du soleil transforment les cristaux de quartz de notre ferme et ils brillent d’une lumière dorée. On ressent la présence de Belisama dans le cercle et tout autour quand les journées d’été commencent à s’allonger. On la ressent comme de l’énergie, dorée et lumineuse, joyeuse et créative. Il y a le rire et la force. On ne la ressent pas comme Vierge ni comme Mère; mais comme déesse amante qui prend comme amant ceux qu’elle veut et qui donne son amour à tout le monde.

Feu et eau

Au Solstice quand le soleil est au maximum de sa force, on entre dans le signe astrologique du Cancer. Le Solstice porte avec lui les énergie du feu et de l’eau à la fois, l’eau des plaisantes pluies d’été. Dans notre travail rituel avec Belisama elle vient à nous comme une déesse solaire et de l’eau. Nos étés bretons ce sont les été du soleil et des averses, donc cela a du sens chez nous. Pendant nos recherches, on a decouvert qu’il y a un lien avec l’eau. Le géographe romain Ptolémée enregistra le nom d’un fleuve au nord-ouest de l’Angleterre, appelé maintenant Ribble, Belisama. On a remarqué que notre vision de Belisama est tout à fait semblable à l’image de la carte des tarots des Etoiles. On la voit très souvent près des ruisseaux dans lesquels coule de l’eau fraiche. On la voit se promener sur les rives antre le joncs et les fleurs. On invoque Belisama quand nos initiés italiens viennent nous voir de Milan. Quand la déesse est invoquée, la pleine lune monte grande et dorée. On voit ici une autre image de Belisama. Est-elle la lune dorée d’été que l’on voit très souvent resplendir sur notre terre dorée?  

 

S’approcher à nos Dieux

Dans beaucoup de traditions païennes à mystères, l’invocation est le sacrement, le processus  sacré à travers lequel celui qui invoque et l’invoqué créent une identification temporaire entre un être humain et le Divin. Lors de ce moment de fusion, on peut retrouver des visions, des signifiés, de l’inspiration, du pouvoir et, à travers une expérience extérieure, de la sagesse qui peut enrichir notre pratique spirituelle et nos vies quotidiennes.

La spiritualité païenne s’exprime par des symboles plutôt que par des mots pour transmettre un message spirituel. On n’est pas piégé comme certaines religions « du livre » par l’interprétation d’un groupe d’êtres humains dans un temps et un espace bien définis. À travers les symboles, les dieux nous parlent et on peut mieux les comprendre. On invoque Belisama et nos visions et notre compréhension d’elle évoluent. L’importance des symboles dans le spiritualité païenne nous démontre que les idées peuvent évoluer dans le temps – on peut faire des changements, la spontanéité et la créativité rituelles sont encouragées. Belisama est venue à nous dans notre cercle et notre temple. On sait très peu de comment les gens la concevaient et l’adoraient dans l’antiquité. Belisama est comme la lumière du soleil – elle change jour par jour. On se contente de l’adorer comme elle choisit de se manifester et en elle on voit, on connait, on se rappelle de la beauté de l’été.  

Benedictions d’été

Que vos divinités viennent à vous quand vous honorez les marées des saisons. Que votre Eté soit riche en prosperité et guerison. Que vous et votre chemin soyez bénis.

 

 


Participer au « présent »

de Vivianne Crowley

Traduction de Valentina Voxifera

Salvador Dalì, La persistence de la mémoire (Les Montres molles), 1931, Museum of Modern Art, New York

Salvador Dalì, La persistence de la mémoire (Les Montres molles), 1931, Museum of Modern Art, New York

 

Trois fois deosil, au matin du monde,

Je tourne en cercle entre mes pensées empiétantes.

Enfin un lieu de paix –

Je rejoins le centre silencieux.

Vivianne Crowley (1993)

On est dans une période de transition du cycle solaire, on passe du Taureau aux Jumeaux, suspendu entre l’expérience sensorielle du Taureau à travers les sens physiques et l’esprit et l’intellect des Jumeaux. Venus, associée à l’amour physique et au plaisir des sens, laisse la place à Mercure, le dieu de la communication, de la pensée rapide, des nouvelles idées et des innovations. Etre suspendu entre deux influences différentes peut être difficile – c’est bien plus facile de se faire influencer par l’une ou par l’autre, mais les païens ne seraient pas des païens s’ils n’aimaient pas les choses compliqués.

Expérimenter le monde autour de nous

Nos sens sont comme des instrument finement calibrés qui sont continument stimulés par le monde extérieur. Pour les faire fonctionner on doit les régler pour ne pas être écrasé et on doit créer un espace dans la psyché pour se concentrer sur les taches quotidiennes. Mais la vie contemporaine nous apprend à privilégier ce qui attire notre attention et très souvent ces priorités sont mauvaises. On se concentre sur les futilités – ce qui n’est pas important ou relevant – et cela peut déformer notre vision du monde autour de nous. Cela peut sembler purement physiologique ou lié à la santé psychologique. Avoir une vision déformée, regarder le monde comme si on portait des verres opaques et déformants, peut nous affecter sur plusieurs niveau. Et ce sont aussi très importants les effets sur la santé spirituelle.

Trouver la « détermination »

Pendent que l’on entre dans la période des Jumeaux, le signe le plus pensif, je pense que le fait de ne pas s’engager correctement avec son propre apparat sensoriel peut affecter notre Paganisme. Pour apprécier l’univers interconnecté dans lequel on vit, on doit prendre un moment pour arrêter d’être « en l’air » avec nos pensées et nos émotions divisées, tourbillonnantes et toujours en compétition. On passe la plupart du temps en essayant d’accomplir plusieurs taches à la fois. On pense pendant que l’on conduit, que l’on cuisine, qu’on met les enfants au lit. On essaye constamment de faire quelques chose, tout en pensant aux autres choses qui cherchent à attirer notre attention. Un moment pendant lequel on est probablement tout à fait présents est pendant le rituel, où l’on s’engage en des actes physiques de dévotions vers les divinités ou des actes magiques, la science et l’art de transformer un état d’existence en un autre. Toutes nos attentions sont focalisées sur cet acte de vénération ou transformation et on devient « déterminé » pour un instant, les pensées compétitives, les émotions et les sensations qui tourbillonnent normalement nos psychés sont unifiés en une seule action.

Conscience du « maintenant »

« Conscience signifie faire attention de manière spéciale; exprès, dans le moment présent, et sans aucun jugement. » (Kabat-Zinn 1994, 4).

Il y a beaucoup de discussion par rapport aux techniques mindfullness dérivées du Bouddhisme et ses bénéfices. La neuroscience nous montre que le mindfullness change la physiologie de notre cerveau et donc nos expérience future du monde. Dédier chaque jour 20 minutes à la conscience mentale change notre perception du monde et nous permet de voir à nouveau, avec les yeux d’un enfant qui découvre l’existence pour la première fois. Ce « Yoga » mentale améliore notre bien-être et nous permet de mieux apprécier le monde dans lequel on vit. Mais il n’est pas nécessaire de s’approcher au Bouddhisme pour le retrouver.

L’empereur romain Marc Aurèl (joué par Richard Harris dans « Le Gladiateur » de Ridley Scott) était un philosophe païen, un général, et un empereur. Il dictait ses oeuvres philosophiques dans la nuit dans sa tente pendant les campagnes militaires. Il n’était pas un mystique mais il était simplement engagé avec son monde. Il parlait d’engagement avec le monde à travers une concentration attentive, et pour ceux qui aiment la loi du triple retour, celle-ci était sa loi de vie:

 

Jugement objectif, maintenant, en ce moment précis.

Action désintéressée, maintenant, en ce moment précis.

Acceptation volontaire – maintenant, en ce moment – de tous les événements extérieurs.

C’est tout ce dont tu as besoin.

Marcus Aurelius (121-180 CE), Meditations, 9.6 (Stephens 2012, 115)

« Acceptation » ne signifie pas acceptation passive

« Acceptation » ne signifie pas abandonner notre volonté de changer le monde autour de nous. Le motif principal pour lequel beaucoup d’entre nous s’approchent au Paganisme c’est la volonté de changer le monde ou au moins nous-mêmes. Nos traditions spirituelles soulignent l’importance du changement – les changements du cycle des saisons et les phase changeantes de la lune. Pour mieux comprendre ce que l’on veut changer en tout cas on doit voir clairement, sans les déformations des nos espoirs, peurs, pensées et anxiétés. Tout comme si l’on nettoyait ces verres pour mieux expérimenter le monde qui nous entoure. C’est comme les sommeliers qui goutent un vin excellent. Ils regardent ses couleurs, ils sentent son parfum avant de le gouter, ils laissent que le liquide se répande dans la bouche pour expérimenter toutes ses « notes ». On peut apprendre à observer et à apprécier ce qui nous entoure si on se prend du temps chaque jour, même une fois par jour, pour être totalement présents.

Conscience sensorielle quotidienne

Ceci est un simple exercice que l’on peut faire tranquillement chez nous ou au bureau pour nous centrer, concentrer et connecter avec le monde autour de nous. Cela peut nous aider si on a la tendance à être contraint pendant que l’on travaille, si on est forcé dans une mauvaise position pour notre dos, ou si l’on se perd dans nos fantaisies ou pensées négatives. Cela implique la vision, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Ne vous inquiétez pas si l’un des vos sens ne marche pas. Utilisez seulement ce que vous avez.

L’exercice des « Cinq Choses »

1- Faites 5 long respires lents et profonds. Poussez votre abdomen vers l’extérieur quand vous faites rentrer l’air dans vos poumons et poussez-le vers l’intérieur quand vous expulsez l’air encore, avec un rythme régulier.

2- Focalisez-vous sur la respirations et faites encore 5 respires: observez la sensation donnée par l’air frais dans vos narines et dans vos poumons et l’air chaud qui sort de votre corps.

3- Faites encore 5 respires lents et profonds.

4- Vision: Maintenant observez ce qui vous entoure, en commençant par ce que vous pouvez voir: observez 5 choses que vous pouvez voir.

5- Faites encore 5 respires lents et profonds, en observant le flux d’air qui entre et qui sort de votre corps.

6- Ouïe: Ecoutez attentivement les sons autour de vous et en vous: prenez en considération 5 choses que vous pouvez écouter.

7- Toucher: prenez en considération 5 choses que vous pouvez sentir – vos pieds sur la terre, vos cuisses sur la chaise, les anneaux à vos doigts par exemple.

8- Encore une fois faites 5 respires profonds et lents, en observant le flux d’air qui entre et qui sort de votre corps.

9- Odorat et goût: prenez en considération 5 choses que vous pouvez sentir ou gouter. Observez comment les différentes parties de votre bouche et langue réagissent aux différents gouts.

10- Faites encore 5 respirations et, avec votre esprit concentré, continué avec vos activités quotidiennes.

Une fois que vous avez fait cet exercice plusieurs fois, essayez de l’adapter pour la préparation d’un rituel ou d’une méditation.

Références

Kabat-Zinn, Jon. Wherever you go, there you are: Mindfulness meditation in everyday life. New York: Hyperion, 1994.

Stephens, William O. Marcus Aurelius: A guide for the perplexed. London: Continuum, 2012.

LEGAL Suicide 190446

Adieu Sir Terry Pratchett

de Vivianne Crowley

Trad. V.F. Voxifera

Quand il est temps que la vie s’arrête, la Mort sera mon premier choix!  

Terry Pratchett, Le Dernier Continent, Disque-Monde 22

  

La semaine dernière les médias mondiaux ont annoncé la mort de l’écrivain fantasy anglais Terry Pratchett (28 avril 1948 – 12 mars 2015). Après 70 livres, 70 millions de copies vendues et traduites en 37 langues, et après 44 ans comme écrivain professionnel, l’un des auteur les plus intelligeants et visionnairs est passé dans le Grand Au-delà.

Terry a écrit beaucoup par rapport à la Mort, un être qui prend son travail au sérieux et qui semble souvent surprendre ses victimes. 

TU ME DEMANDE, dit la Mort. SI JE SUIS VRAIMENT LÀ, GARÇON?

« Oui », dit Mortimer lentement. « Je…j’ai observé les gens. Elles te regardent mais elle ne te voient pas, je crois. Tu fais quelques chose à leurs esprits. »

La Mort secoua la tête.

ELLES FONT TOUT ELLES-MÊMES, dit-elle. IL N’Y A AUCUNE MAGIE. LES GENS NE PEUVENT PAS ME VOIR, ELLES NE LE PERMETTENT SIMPLEMENT PAS. JUSQU’À CE SUE LEUR MOMENT EST ARRIVÉ, BIEN EVIDEMMENT. LES MAGICIENS PEUVENT ME VOIR, LES CHATS AUSSI. MAIS UN HOMME COMMUN …NON, JAMAIS. Il fit un rond de fumée vers le ciel, et ajouta BIZARRE MAIS C’EST VRAI.

Terry Pratchett, Mortimer, Disque-Monde 4

Terry était bien prêt à regarder la mort dans les yeux.

Un homme à la recherche d’un épée 

J’ai rencontré pour la première fois Terry Pratchett il y a un quart de siècle quand on organisait la première conférence de la Pagan Federation à l’intérieur. Terry nous a supporté tout de suite. Il arriva avec son caractéristique Fedora noir et son intervention nous laissa entre les rires et les larmes qui coulaient. Il jugea avec humour l’ensemble très varié de participants à la compétition pour le « Best Magrat ». Si vous ne le savez pas – Magrat Goussedail, Mémé Ciredutemps et Nounou Ogg sont les sorcières du coven de Lancre. À la différence des autres, Magrat est une sorcière New Age, qui utilise avec enthousiasme les cristaux et, ce qui est encore plus outrageux pour Mémé Ciredutemps – les chandelles colorées!

Terry fut bien impressionné par le talent des participants qui donnaient vie à ses personnages. De manière tout à fait impartiale, et bien en avance sur les temps, il conféra les prix à deux femmes et à un homme. Il regarda aussi les épées en vente, mais il ne trouva pas ce qu’il cherchait. Quelques années plus tard, quand il fut fait chevalier par la Reine, il fondit son épée depuis un dépôt de fer triuvé dans un champ près de chez lui à 14 milles au sud de Stonehenge. Il mêla le métal avec du fer météorique. C’était, disait-il « …très magique, tu dois y ajouter ce truc que tu y crois ou pas. »

Un auteur pagan-friendly

Dans les années qui suivirent, j’ai eu l’occasion de mieux connaitre Terry et son humour réchauffait très bien ces heures froides passées dans les backstage entre les nombreuses interventions. Pour être quelqu’un qui se definit athée et puis agnostique, Terry connaissait très bien le Paganisme. Il admirait les œuvres de Ronald Hutton et ses livres sont pleins de ces visions qui sont très familières si on a longtemps fréquenté les groupes païens.

Un lieu de réunion idéal pour les sorcières.

Cette nuit-là un feu brillait au sommet du mont dégarni. Des formes sombres bougeaient dans la lumière tramblotante. La lune planait à travers des dentelles de nuages. Finalement, une grande silhouette en chapeau pointu lança: « Tu veux dire que tout le monde a apporté de la salade de pomme de terre? »

Terry Pratchett, Mécomptes de fées, Disque-Monde 12

La Mort semblait préoccuper Terry

Probablement Terry savait que la mort l’aurait appelé bien avant que lui, sa famille et ses fans l’auraient souhaité. La Mort est l’un des personnages principaux dans ses livres et Terry souvent se réfère à Elle. La recension de son roman Les Tribulations d’un mage en Aurient, Disque-Monde 17 disait: 

Terry Pratchett naquit en 1948 et io n’est pas encore mort. Il a commencé à travailler comme journaliste un jour en 1965 et il vit son premier cadavre trois heures après, l’expérience de travail à l’époque etait importante.

En 2007, Terry reçut un diagnostic d’atrophie corticale postérieure (ACP), une forme rare de démence. On pense d’habitude à la démence comme à quelques chose qui affecte la mémoire, mais l’ACP est une progressive dégénération du cortex cérébral postérieur responsable de l’élaboration des informations visuelles. Elle se manifeste à travers une difficulté progressive qui affecte la lecture, l’orthographe, les opérations mathématiques, la capacité de conduire, et l’utilisation et l’identification des objets communs. Pour un écrivain comme Terry, c’était une maladie tragique, mais grâce à la technologie et aux assistants il a réussi à écrire encore des livres jusqu’à la fin de sa vie.

La Mort n’est pas cruelle, elle est juste terriblement, terriblement bonne pour faire son travail.

Terry Pratchett, Sourcellerie, Disque-Monde 5

Après le diagnostic Terry s’occupa d’autres causes. Il devint patron de l’Alzheimer’s Research UK et il donna 1 million $ à l’association. Il commença à se battre pour la légalisation du suicide assisté en Angleterre. En 2010, Terry fut invité comme premier écrivain à tenir le prestigieux et important Dimbleby Lecture. La maladie s’était déjà manifestée, donc Terry invita son ami acteur Tony Robinson pour l’assister pendant son intervention, Shaking Hands with Death (NdT: Serrer la main à la Mort). Terry lança un appel éloquent et touchant en faveur de ce qu’il appelait « solution raisonnable » – que tous ceux qui sont atteint par une maladie irréversible puissent choisir librement comment et quand mourir.

C’est une question qui a toucjé ma vie dejà deux fois. La première fois quand ma mère était en train de mourir à cause d’un cancer et un docteur très sage et empathique nous a aidé à prendre la décision « raisonnable » de laisser et attendre la fin. La deuxième quand j’ai été sérieusement malade. En pendant entre la vie et la mort, j’étais contenté d’aller au delà du confin ou de retourner, mai la terre de personne au milieu n’est pas un lieu où rester.

NE PENSE PAS MOURIR, dit la Mort. PENSE PLUTÔT PARTIR EN AVANCE POUR ÉVITER LA FOULE.

Neil Gailman et Terry Pratchett, Des bons présages, 1991

Mes experiences ont formé ma vision sur la mort assisté, mais la leçon de Terry a ramené la question à mon attention. Cet été-là j’organisait un atelier avec un groupe international de wiccan et on a passé des moments très touchants en parlant de comme cette question a touché nos vies et nos ressentis. Tout le monde croyait en la sainteté de la vie comme cadeau précieux des Dieux, mais beaucoup d’entre nous étaient fermement en accord avec la vision selon la qu’elle les individus sont autonomes, que l’on possède notre corps, et qu’on a le droit de mettre fin à notre vie si on est irréversiblement malade. Plus tard, la même année, j’ai eu la chance de participer à l’événement exclusif de Terry à la Conservative Party Conference pour la légalisation du suicide assisté. Le parti conservateur n’a jamais sympathisé pour les idées non-chrétiennes, mais l’éloquence de Terry, son authenticité et sincerté ont gagné.

Marcher bras dessous bras dessous

  

Dans son style, Terry a voulu que sa mort soit twittée. 

Terry Pratchett @terryandrob

AT LAST, SIR TERRY, WE MUST WALK TOGETHER. 3:06 PM – 12 Mar 2015

(NdT: ENFIN, MONSIEUR TERRY, NOUS DEVONS MARCHER ENSEMBLE.)

Terry Pratchett @terryandrob

Terry took Death’s arm and followed him through the doors and on to the black desert under the endless night. 3:07 PM – 12 Mar 2015

(NdT: Terry prit la Mort par le bras et la suivit à travers les portes et sur le désert noir dans la nuit éternelle.)

Terry nous a laissé trop tôt. Il nous manquera beaucoup et il sera déploré par millions de personnes, mais le travail qu’il a fait pour la littérature et la bienfaisance vivra encore.

Terry Pratchett’s 2010 Lecture can be viewed here: http://www.youtube.com/watch?v=90b1MBwnEHM

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En mémoire de Giordano Bruno, martyre

de Vivianne Crowley

Trad. de V.F. Voxifera

L’amour m’a donné une vision tellement haute de la verité…

(Giordano Bruno, ‘De l’Amore’ 1584, 2004 ed., 14)

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(Statue en bronze de Giordano Bruno par Ettore Ferrari (1845-1929), Campo de’ Fiori, Rome)

Le 17 février 1600, les cendres du moine italien Giordano Bruno, victime de l’Inquisition, furent transportées par le vent à travers les fenêtres des habitations de Campo de’ Fiori à Rome. Tous les mouvements politiques et religieux ont leurs martyres – ceux qui préfèrent mourir plutôt que renoncer à ce qu’ils pensent être vrai. Beaucoup d’entre nous ne vivent pas sous un régime politique et théologique qui condamne à mort tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, mais beaucoup de frères et sœurs hors du monde occidental vivent dans cette situation. Et dans cette première période du revival néo-païen, il y a qualqu’un à l’occident qui a encore besoin d’avoir un peu de courage pour manifester des nouvelles idées dans un société parfois sceptique et hostile. Se rappeler de nos héros peut nous aider à retrouver le courage dont on a besoin.

Donc, qui fut Giordano Bruno?

Giordano Bruno (1548-17 février 1600), moine dominicain rebelle, naquit à Nola, près de Naples, et il fut baptisé comme Filippo. Depuis son enfance il eut des experiences mystiques et il voyait des esprits entre les hêtres et les lauriers qui couvraient les pentes du volcan Vesuvio. Les germes du mysticisme païen naturel étaient présents mais, comme tous les autres jeunes garçons intellectuels et spirituels de son temps, il fut orienté vers le chemin de l’Eglise. À l’age de 15 ans il rentra dans un monastère dominicain, où il fut renommé Giordano.
Ce ne fut pas un choix très sage. L’ordre dominicain était tellement dédié à l’orthodoxie religieuse, qu’ils furents chargés d’instituer l’Inquisition. Il n’y avait pas de place pour un esprit investigateur. Giordano était brillant, trop brillant et subversif. Il encouragea ses camarades de séminaire à lire au delà des textes autorisés. Ceci et une pièce satyrique contre la corruption de l’Eglise attirères la rege de ses supérieurs. Après avoir caché un livre hérétique dans les latrines, il echappa juste avant d’être arrêté et accusé d’hérésie.

Les Ombres des Idées

Les pays qui étaient en train de se convertir rapidement au Protestantisme répresentaient un grand défi pour l’Eglise de Rome. Giordano éspera trouver un asile sur, mais les nouveaux protestants lui semblèrent aussi fanatiques et bigots que les chrétiens. Giordano trouva un milieu plus libéral et accueillant à Paris, où le roi resta suffisamment impressionné et lui accorda le titre de professeur. Cela lui donna la possibilité de terminer un des premiers oeuvres les plus importants, De umbris idearum – Les Ombres des Idées(1582), basé sur La République de Platon. Le livre propose une méthode mnémonique utilisant les images du zodiaque – les trente-six décans célestes décrits par Cornelius Agrippa dans De occulta philosophia – et il commençait à montrer la profondeur de ses idées hérétiques.
La chrétienté avait une vision profondément différente de la Terre et de sa place dans le cosmos par rapport à celle d’aujourd’hui. Pour les théologiens, il n’y avait qu’un seul cosmos – celui habité par l’homme, qui fut créé par un seul être divin en six jours, avec la planète Terre au centre, et l’être humain au sommet de la création. Le problème était que l’invention des verres avait donné la possibilité à l’homme d’observer le ciel. Depuis le 16ème siècle, l’invention des téléscopes a permis, en quelques simple observation, de comprendre que la vision religieuse du monde n’était pas correcte. L’astronome polonais Copernic avait déjà déclaré que c’etait le Soleil et non la Terre, au centre du ciel. Giordano était prêt à aller encore plus loin.

À la cour de la Reine Vierge

Giordano alla encore plus loin géographiquement – en Angleterre. À l’age de 35 ans il arriva à Londres, chez l’ambassadeur de France, et il fut accueilli à la cour de la Reine Elisabeth I. La cour élisabethaine était le milieu idéal pour un esprit ouvert. Le magicien et mathématicien Dr. John Dee était l’astrologue personnel de la reine. Pas seulement les hommes, mais aussi les femmes dans la cour, comme Mary Sidney Herbert, Comtesse de Pembroke, étaient des philosophes, des écrivaines, ou elles s’intéressaient à la science, à l’alchimie et à la magie. Giordano fut invité à l’Université d’Oxford pour parler de l’immortalité de l’âme. Ce n’était pas extraordinaire, c’était une croyance normale à l’époque, mais l’immortalité de l’âme pour Giordano incluait la réincarnation aussi et pour cela il n’attira pas la faveur des académiciens d’Oxford. La popularité de Giordano diminua, mais son séjour en Angleterre lui donna la possibilité d’écrire et publier ses oeuvres les plus importantes, comme De la causa, principio e uno – Cause, principe et unité et De l’infinito universo et mondi – L’infini, l’univers et les mondes.
Défier théologiquement des idées bien enracinées était assez dangereux mais Giordano bruno alla au déla de la science. Si la cosmologie chrétienne était incorrecte, alors il fallait reformer la religion. On n’avait pas besoin du Protestantisme, il disait, mais on avait besoin d’une nouvelle forme de religion, basée sur des formes divines évocatives en accors avec les nouvelles révélations scientifiques. Où est-ce qu’on peut trouver une religion pareille? Dans Spaccio de la bestia trionfante – L’expulsion de la bête triomphante (1584) – il répond: dans le Paganisme de l’Ancien Egypte, evidemment. Ce qui était évident pour Giordano devait être évident aussi pour les autres, si seulement il avait la possibilité de les convaincre.

Pas univers mais multi-vers

Aucune des visions de Giordano ne nous étonnerait pas aujourd’hui. En effet il fut un prophète du progrès scientifique, il a prévu beaucoup d’idées contemporaines sur la cosmologie. L’univers n’est pas limité, il disait, mais infini. Il n’y a pas un seul univers mais un multi-vers – un nombre infini d’univers qui contiennent des soleils infinis avec des planètes habitées comme la nôtre, et les étoiles de la nuit sont les soileils des autres univers. Mais Giordano eut la malchance d’être né dans son époque, une époque où la liberté d’expression ne rentrait pas dans les idéaux des pays occidentaux; une époque où on aurait risqué la torture et la mort si on disait des choses qui allaient contre la théologie dominante.
Convaincu à rentre par un faux prétexte, Giordano fut bientôt arrêté, longuement interrogé et emprisonné, jusqu’à ce qu’une liste définitive d’accusations fut déclaré. Outre le reniement de certaines doctrines catholiques, Giordano fut accusé de croire en plusieurs mondes et en leur éternité, de croire en la métempsychose et en la transmigration de l’âme humaine dans les animaux; et de pratiquer la magie et la divination. Ses crimes étaient la science et le Paganisme.
Le 17 février 1600, Giordano paya le prix de ses idées et il fut brulé, après avoir déclaré à ses juges:

Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la récevoir.

Giordano Bruno cité dans Kaspar Schoppe’s letter to Konrad Rittershausen, Rome, 17 février 1600 (Spampanato 1921, 801)

« O esprit … tu sera un feu ardent. »

Petit, maigre, aux cheveux roux et combattif, l’un des premiers livres de Giordano Bruno fut La Cena de le Ceneri – Le Banquet des Cendres(1584), dans lequel il comprend pour la première fois les implications radicales de l’univers héliocentrique de Copernic pour la théologie. Les images puissantes du feu et de la cendre jouent un rôle très important dans ses écrits. Et sa mort dans le feu et la cendre, le jour après le mercredi de Cendres 1600, fut terrible mais peut-être prévue. Et ce ne fut pas une défaite. Giordano brula, mais sa mémoire vit dans les esprits et dans les coeurs de tous ceux qui trouvent dans la science, pas un défi pour la spiritualité, mais émerveillement, étonnement et réverence.

Puisque depuis les cendres du feu, le Phénix est rené,
Et depuis la mort une nouvelle vie nait, bien que sous une forme différente.


Vivianne Crowley (1984)

Références

Bruno, Giordano, Principle and Unity, and Essay on Magic. Cambridge University Press. Richard J Blackwell. Edité par Richard J. Blackwell. Traduit par Richard J. Blackwell. Cambridge: Cambridge University Press. Publié pour la première fois 1584-5, 2004

Crowley, Vivianne. « Review: ‘Cause, Principle and Unity’ by Giordano Bruno. » Heythrop Journal 41, n. 2 (Avril 2000): 252-253

Wicca: A Comprehensive guide to the Old Religion in the modern world 2ème édition. London: Element/Harper Collins. Publié pour la première fois 1996, éd 2003

Firpo, Luigi. Il processo di Giordano Bruno. Napoli: Edizioni Scientifiche Italiane, 1949.

Spampanato, Vincenzo. Vita di Giordano Bruno: con documenti editi e inediti. Messina: G. Principato, 1921.

Qu’ils n’aient pas du pouvoir sur nous

de Vivianne Crowley

(Traduction de V.F. Voxifera)

En septembre 2001, j’étais aux Etats-Unis pour présenter un nouveau livre que j’ai écrit avec mon mari – Your Dark Side. C’est un livre qui parle de la transformation du coté sombre de la personnalité. Le matin du 11 septembre j’étais en train de parler dans une série d’émissions radio et on me posait des questions au téléphone dans la chambre de mon hôtel à New York. Juste après 8.45h, la réception telephonique commença à diminuer. Il y avait des craquements sur la ligne et il y a eu un changement dans les questions. « Que pensez-vous du terrorisme international? C’est une manifestation du coté sombre de la personnalité? » une grande question complexe – et j’ai essayé d’y répondre pendant les derniers dix minutes de l’interview. C’etait le 11 septembre 2001. Pendant que je parlait la première des deux Tours Jumelles a été abattue. Quand moi et mon mari sommes sortis dans la rue, le vol United States 175 avait abattu la deuxième.

Terroriste ou héros, fanatique ou martyr?

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Ce mois-ci on a assisté en Europe à l’acte de terrorisme le plus frappant. Le 7 janvier 2015, deux hommes armés au cri de ‘Allāhu akbar’,‘Dieu est grand’, et ‘le Prophète a été vengé’, ont attaqué le bureau du hebdomadaire satyrique Charlie Hebdo, en tuant douze personnes et en blessant onze personnes. Certains étaient membres de la rédaction de Charlie Hebdo. D’autres étaient de la manutention et de la police. Pourquoi ces hommes ont décidé d’attaquer? Parce qu’ils n’aimaient pas ce que les journalistes et les vignettistes de Charlie Hebdo disaient et dessinaient.

Quand j’ai entendu la nouvelle juste après, j’étais profondément frappée et angoissée. Paris est une ville icône, l’un des berceaux de la civilisation européenne. C’est aussi le berceau de l’art européen et le lieu de naissance de « Liberté, Egalité et Fraternité ». Je me sentais comme si quelques chose qui m’était chère était violée – une violence à mon Paris bien aimé.

Connaître l’ombre intérieure

C’est facile d’étiqueter les actions des terroristes comme « mauvaises ». ça a été ma toute première réaction quand j’ai entendu la nouvelle. Ça a été facile de passer du choc et horreur à la rage et le dégoût, et du degout à la sensation que les personnes qui ont fait cela etaient des aliens et « etrangers », « non-humain »; c’est trop facile de descendre cette pente glissante qui nous fait devenir exactement ce que les terroristes desirent – que leurs ennemis deviennent des semeurs de haine comme eux.

En tant que païenne, je ne crois pas en une force du « mal » externe dans l’univers. J’adhère plutôt à la vision de Mahatma Gandhi:

Les seuls diables sont ceux qui se trouvent dans notre coeur, et c’est là qu’on doit combattre nos batailles.

Mahatma Gandhi

Le mal est un produit humain, qui vient de la peur, de l’ignorance, de la rage et de la frustration. Quand ces pressions s’accumulent, c’est facile de croire qu’il y a une solution simple. La mutilation et la destruction de nos ennemis, l’inquisition, le nettoyage ethnique, les guerres religieuses – ils sont tous nourris par la même illusion – qu’il y a une idéologie bonne, pure et correcte qui peut améliorer ce monde. Si les gens n’adhèrent pas, elles sont mauvaises et il faut les détruire. Une fois que l’on a étiqueté un groupe comme « étranger », ennemi, on peut se persuader que toute action est justifiable afin de protéger ce qu’on pense être juste et précieux.

L’histoire nous montre qu’aucun groupe est immune à cette pensée. Penser « je ne pourrais jamais être comme ça » c’est très dangereux. Si on ne connais pas le pouvoir séduisant de la rage justifiée, c’est très difficile de l’extirper de notre psyché. Et on se retrouve tout à coup dans sa prise. La capacité de faire du mal est typique de notre nature humaine. Elle arrive quand on a la possibilité de choisir. En tant qu’humains on a la possibilité de faire des actes qui servent un bien supérieur ou bien des actes misérables et destructifs. Ces choix, que l’on rencontre quotidiennement, sont sujets à nos émotions contrastantes – amour, haine, pitié, cruauté, avarice, égoïsme et altruisme – qui font partie de la réalité du coeur humain.

Dans le système de Carl Gustav Jung nous êtres humains partageons et héritons une psyché collective, l’inconscient collectif, qui représente l’ensemble des potentialités humaines, bonnes ou mauvaises. Beaucoup d’entre nous n’ont pas eu les experiences extremes de vie qui peuvent nous transfomer en des etres mauvais, mais tout le monde a la capacité de faire du mal. On peut être potentiellement totalement indifférents aux autres, comme on peut être potentiellement compassionnel, souciant et intéressé. Nier l’existence de notre ombre crée bien plus de problème que quand on la reconnaît, même si ce n’est pas trop agréable. Quand on la refuse, nos besoins négatifs – la malice, la jalousie et l’envie – augmentent, et se nourrissent dans l’obscurité. On peut croire que notre haine n’est pas maivaise – mais bonne, correcte et appropriée. C’est le vin enivrant de la colère justifiée, la drogue intoxicante des guerres religieuses et idéologiques.

Défendre ce que l’on aime

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.

Evelyn Beatrice Hall (1907) The Friends of Voltaire,

G. P. Putnam’s Sons, New York, p. 199.

Même si je vis en partie en France, je n’avais jamais entendu parler de Charlie Hebdo, ou ses contenus. Sa diffusion hebdomadaire compte environ 45,000 copies. C’est très petit dans le grand domaine des médias mondiaux – et on le publie en une seule langue – le français. Ceux qui ne veulent pas ne sont pas obligés de lire, de regarder, ou bien de jeter sa haine sur Charlie Hebdo. Maintenant tous ceux qui le désirent peuvent accéder au matériel qui a vexé les deux terroristes. Je dis « tous ceux qui le désirent » parce que personnellement je n’ai pas envie de regarder du matériel qui dénigre les croyances religieuses des autres. Mais je ferais tout ce que je peux pour acheter la dernière copie du journal puisque, en faisant écho aux célèbres paroles d’Evelyn Hall et qui encharnent parfaitement l’esprit de l’écrivain libertaire Voltaire (1694-1778), je respecte le droit de critiquer les croyances des autres.

Quand en 1989 Ayatollah Khomeini en Iran a déclaré que l’écrivain Salman Rushdie était une cible légitime seulement parce que l’Ayatollah n’aimait pas ce qu’il avait écrit dans son roman The Satanic Verses, je suis sortie et j’ai acheté une édition en couverture rigide. Pourquoi? Pas parce que je voulais le lire. J’y ai essayé – et je l’ai trouvé assez ennuyant – mais plutôt parce que je ne voulais pas vivre dans un monde où les fanatiques religieux tuent quelqu’un pour lui empêcher de dire des choses qu’ils n’aiment pas.

Les débats entre païens sur comment s’opposer au mal se transforment en disputes entre ceux que j’appelle paiens « Ancien Testament »  « oeil pour oeil » et les paiens « Nouveau Testament » « aime tes ennemis ». Ayant le Bouddhisme comme « deuxième religion », je suis pour un compromis. Je ne hais pas les terroristes qui ont fait ces horribles choses. Je me refus à me faire infecter par leur rage. Je suis un être humain libre et je choisis de ne pas descendre cette pente glissante. Mais je ne les aime pas non plus. Je permets à ma rage de se transformer en mépris et le mépris est un pas facile vers la pitié. J’ai pitié de ces jeunes hommes qui ont été séduits par le vin enivrant de la haine. J’ai pitié du fait qu’ils ne vivront pas la sagesse de l’âge mûr et qu’ils ne connaitront pas l’inutilité des idéologies qui n’apportent rien de positif à la condition humaine. Je prie que tous ceux qui sont comme eux se réveillent de la fantaisie à la réalité et que nous ayons la force de créer un monde où cette haine n’ait pas de place.

Beaucoup d’entre nous n’ont pas beaucoup de pouvoir dans ce monde. On peut faire seulement ce qu’on peut dans notre petite sphère d’influence. Mais il y a un endroit où l’on peut toujours commencer. C’est dans notre intérieurité. Refuser le mal c’est d’être fort face à la terreur, rester résolu dans nos valeurs et dans nos croyances, pour se refuser de partager la haine des terroristes.

 

Que la peur du mal n’ait pas de pouvoir sur nous

Que la semence de la haine ne s’enracine pas dans nos coeurs

Que notre volonté soit forte et notre vision soit claire

On vaincra.

« Car c’est la joie qu’on apporte » …sauf si l’on est déprimé

de Vivianne Crowley

(traduction de V.F. Voxifera)

Mes yeux noirs regardent dans la nuit,
en attendant l’arrivée de l’aurore.
En quoi avez-vous confiance,
vous qui avez choisi le jour comme votre père et mère,
quand le jour se termine?

La fin de l’année est la période traditionnelle pour penser aux résolutions pour le nouvel an. Idéalement on réflechit sur l’année qui vient de passer et on pense à comment on veut évoluer la prochaine année – ce que l’on veut faire et obtenir, ce que l’on veut changer de nous et du monde autour de nous. Beaucoup de ces résolutions vont vite disparaitre de notre esprit mais un moyen pour les fixer dans notre psycjé est celui de créer un rituel proche du nouvel an pour réflechir sur l’année – les succès et les échecs, les joies et les douleurs, pour résoudre et mettre à profit les bonnes choses et laisser aller ce que l’on veut oublier. On peut retenir quelques souvenir douloureux – le souvenir des personnes aimées qui sont passées au delà du voile par exemple – mais les autres ne sont pas nécessaires. En tant que païens, la saison que l’on célèbre nous apprend la réalité de l’univers – tout est limité. Le passé n’existe plus sauf dans notre mémoire. Si on a le courage, on peut laisser aller ce qui n’est plus nécessaire pour nous.

Trouver le point au centre

D’où vient-il ce courage? Très souvent on n’est pas courageux. La plupart des problèmes de ce monde naissent de la peur – la peur de l’inconnu, la peur de ceux qui sont différents par rapport à ce que l’on connait. La différence nous provoque. Elle répresente le vide qui se trouve entre ce que l’on voudrait et la réalité. On réagit à la peur de manière différente. Quelques fois on échappe, d’autres fois on attaque. Quelques fois elle nait de l’instinct et de l’habitude et elle nous fait perdre. Quand la vie devient difficile on doit canaliser notre expérience spirituelle et magique pour nous aider à rester au centre entre des forces opposées qui nous poussent d’une part à l’autre, pour nous aider à être ce point fixe au centre du cercle où l’on peut retrouver la calme, la paix et la capacité de choisir. La capacité de choisir est ce qui nous rend humains – des êtres conscients qui sont capables des actes de volonté.

S’adresser aux Puissants

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La fin de l’année est la période pour fêter. C’est aussi le moment pendant lequel on se sent encore plus seuls s’il y a quelques chose dans notre vie qui ne va pas. Si les cloches sonnent et les feux d’artifice explosent dans la joie typique de cette période et on ne la ressent pas, alors la différence entre la réalité et l’attente peut être douloureuse.
Quelques fois on arrive à trouver la volonté pour continuer et pour voir les jours meilleurs qui vont arriver, mais tout le monde a passé des périodes pendant lesquelles la vie semblait écrasante. Les peurs, les douleurs, et les déceptions nous harcèlent. Au lieu de rester au centre du cercle, en contrôlant les forces opposées, on se retrouve écrasé – on est à genoux, incapables d’affronter ce qui nous entoure et incapables de prendre les décisions et faire les choix nécessaires. À quoi peut-on s’adresser pour avoir un aide? Dans le Paganisme, à quoi peut-on s’appuyer pour continuer?
Dans certaines traditions spirituelles, pendant les périodes problématiques, les gens s’adressent à leur divinité patronne avec laquelle ils ont un rapport personnel. On peut avor un rapport avec la Déesse ou le Dieu que l’on sert en tant que Prêtre et Prêtresse. Quand l’ombre semble s’allonger, on peut s’adresser à notre divinité pour demander de l’assistance. Mais beaucoup de païens ont un rapport plus distant avec les divinités. Si on s’adresse premièrement à Gaia, ou à la conscience de l’univers, il peut sembler que le Divin ne se soucie pas des nos problèmes personnels. Même si ces problèmes semblent écrasants à nos yeux, au fond de notre coeur on sait qu’ils sont très triviales par rapport au grand schéma des choses. En effet, en se rappelant de cela on peut faire un premier pas vers la réalisation qui nous per met de prendre le contrôle de nos vies et de prendre les décisions qui nous permettent de progresser.

On ne travaille pas seuls

De plus, nous ne devons pas se prendre le risque d’une aventure en solitude,
parce que les héros de tout temps sont partis avant nous:
le labyrinthe est entièrement connu;
nous devons seulement suivre le fil du chemin du héros.
Et où nous pensions de trouver une abomination,
on trouvera un dieu;
où nous pensions de voyager à l’éxterieur,
on se retrouvera au centre de notre existence,
et où nous croyions être seuls,
nous nous retrouverons avec tout le monde.

Joseph Campbell (avec Bill Moyers). The Power of Myth. Edité par Betty Sue Flowers. New York: Doubleday and Co., 1988

Si on n’a pas une relation intime et personnelle avec une divinité, cela ne signifie pas qu’on est spirituellement isolé et seul. Il y a des forces dans l’univers qui sont plus proches de nous que la conscience qui fait bouger l’univers – et ce ne sont pas des anges ou des démons. Beaucoup d’entre nous honorent les ancêtres spirituels, ou les Puissants, des êtres humains qui ont parcouru le chemin que maintenant nous parcourons et qui ont été des pionniers sur les chemins que nous essayons de créer. Aucun chemin est pareil à un autre, mais les innovateurs qui ont aidé à créer le Paganisme post-chrétien qu’on pratique aujourd’hui nous ont laissé une carte du territoire.

S’adresser aux Puissants

On ne doit pas prétendre que nos ancêtres spirituels ont été des saints dans leur vie. Le Paganisme est un chemin terrestre et si on est sage on gardera un esprit assez concret qui nous permet de comprendre que les êtres humains ne sont jamais parfaits en vie et que la mort ne nous rend pas immédiatement des grands sages. À Samhain, quand le voile entre les mondes est subtile, on invite souvent nos ancêtres, les Puissants, à nous rejoindre, mais on ne doit pas les ignorer pendant le reste de l’année. Ceux qui sont sortis de leur corps n’ont pas nécessairement oublié ce monde. Beaucoup d’entre eux restent proches de ce monde, ils se soucient de son destin. Souvent ils s’approchent de nous pendant nos méditations et quand on fait nos rituels. Ils aiment et s’occupent de ceux qui les ont suivis.
Les activités rituelles sont des moyens pour canaliser les énergies. Ce sont les énergies de ceux qui sont dans l’espace rituel, mais ce sont les énergies de la période et de la saison. Quand dans la psyché humaine il y a un si grand nombre de personnes qui se tourne vers la fin de l’année, c’est bon moment pour canaliser l’énergie du renouvellement dans nos vies. Si on reste dans le cercle et on demande à nos ancêtres de nous guider pour la nouvelle année, ce sera une préparation idéale pour une divination qui nous aide à nous focaliser sur ce que l’on doit faire dans le nouvel an. On peut inviter les Puissants à s’approcher, à nous conseiller et à nous guider quand on doit affronter des problèmes; à nous pousser avec ces petites synchronicités qui nous aident à avoir des visions, à voir des nouveaux chemins, opportunités et connections qu’on n’aurait noté autrement. Ils ne sont pas tous des grands sages mais quand on sort du corps, on se retrouve dans un lieu sans temps et on atteint un état dans lequel le passé, le présent et le futur sont égaux « maintenant ». Si on s’approche d’eux, on peut marcher en ce lieu sans temps pour un instant, au centre, où tout notre potentiel rete caché, le fils solaire et le héros solaire qui sont en nous, prêtes encore une fois à affronter et étreindre le monde.

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‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’

de Vivianne Crowley
(Traduction de V.F. Voxifera)

Si quelqu’un vous demande, ‘Qu’est-ce que Aleister Crowley, Gerald Gardner, Dion Fortune, Doreen Valiente, Kenneth Grant et Margot Adler ont en commun?’ Vous allez peut-être répondre qu’ils sontp tous des auteurs, ou bien qu’ils ont été très importants dans la redecouverte du Paganisme et de l’occultisme. Une autre réponse peut être qu’ils ont tous cité les mots de Carl Gustav Jung dans leurs oeuvres. Pourquoi Jung et pourquoi semble-t-il si important pour eux?
Aleister Crowley (1875-1947) naquit en la même année que Jung et il vécut les mêmes Guerres Mondiales et les mêmes changements dans la culture et société occidentales. Entre Thélème et la psychologie analytique il semble y avoir une grande distance, mais Crowley fut l’un des premiers lecteurs de Jung. En 1919, deux livres l’ont aidé à écrire ‘un traité formidable de quarante cinq mille mots’. Ces oeuvres furent Le Rameau d’or de Sir James Frazer et Psychologie de l’inconscient de Carl Jung. (Crowley, 1979 ed., p. 809).
Qu’est-ce qui a attiré le grand magicien vers l’oeuvre de Jung? Crowley ne fut pas vraiment un grand supporteur de la psychanalyse, mais en la fin de 1916 il écrivait dans l’édition americaine de Vanity Fair:

On n’est pas surpris en apprenent que le docteur Jung de Zurich a refusé quelques conclusion de Freud. Au lieu lier la volonté au sexe, il lie le sexe à la volonté. Donc, inconsciemment, il a ouvert la voie pour le retour de l’ancienne idée magique qui considère la volonté comme aspect dynamique du soi. Chaque individu, selon les initiés, a un but bien définit, et il assume une forme humaine, avec ses privilèges et ses limites, pour accomplir ce but. Cette vérité est bien exprimée en langage magique par la phrase ‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’… (Crowley, 1916)

Trouver un centre

Aleister Crowley

Aleister Crowley

Pour Crowley, le travail de Jung conduit à ses mêmes conclusions – que chacun de nous a un but dans cette incarnation. Crowley considéra cela comme trouver son Vrai Soi, ou la Vraie Volonté. Dans le langage de Jung, ce but est « l’individuation » et le résultat final c’est de trouver le « soi ».

J’ai appelé cette totalité qui transcend la conscience, « soi ». Le but de ce procès d’individuation est la synthèse du soi.
(Jung, 1940, pp. 164, para. 278)

Selon Jung le soi est le soi le plus profonde:

…une conscience qui n’est plus coincée dans le monde personnel, super-sensible et fermé de l’ego, mais elle participe librement dans le vaste monde des intérêts objectifs. …en conduisant l’individu vers une communion absolue, indissoluble et liante avec le vaste monde.
(Jung, 1916/1928/1934, pp. 178, para. 275)

Ceci n’est pas le « moi » que l’on voit dans le miroir chaque matin. Ce n’est pas le produit de cette incarnation, bien que cette incarnation puisse contribuer. C’est plutôt le « soi » que l’enseignement hindou appelle « atman », notre noyau le plus profonde et durable.
Le procès de réalisation du soi inplique un déplacement du centre de conscience, de celui de l’ego à celui du soi. Cela est possible en s’ouvrant à ces parties de la psyché qui sont cachées et inconnues. On commence à sentir cette conscience plus vaste dans le monde du sommeil et du rêve. On peut également y accéder à travers la méditation, la visualisation et le rituel. Ce sont tous des procès qui bien évidemment font partie de la pratique de la plupart des païens.

Accepter l’ « autre »

Le voyage extérieur qui nous met en contacte avec la Nature, avec les Dieux, avec la Déesse, commence inévitablement à nous ouvrir à un endroit intérieur, le monde magique dans notre inconscient. Ce procès, s’il est bien administré, ne mène pas seulement à une ouverture mais à une intégration aussi – une acceptation du fait que les aspects qu’au début on considérait comme « autre », « pas-moi », font en réalité partie de notre être. Cela inclut l’ « intériorité sombre », l’ombre qui est le côté en négatif de notre personnalité que l’on préfère rejeter. Ce procès de réveil, réalisation, acceptation et intégration de l’ « autre » crée un nouveau centre qui entre en tout notre être, ce que Jung appelait « individuation ».

Individuation signifie devenir un « in-dividu », et, vu que l’ « individualité » comprend notre plus incomparable unicité intérieure, cela implique de devenir un avec son propre soi. On peut alors traduire individuation comme « atteindre le soi » ou « auto-réalisation ».
(Jung, 1916/1928/1934, pp. 173, para. 266)

Il y a beaucoup de chemins pour arriver à ce changement intérieur. La plupart des changements spirituels et psychologiques arrivent à travers les « initiations » de la vie quotidienne, quand on devient adulte et on apprend à avoir des responsabilités vers d’autres personnes. Mais une vie spirituellement et magiquement active peut bien accélérer ce procès – si on se prend du temps pour une vie spirituelle. Cela signifie employer son temps pour entrer en communion avec son propre monde intérieur, sa propre psyché profonde, la source de la vision et de l’inspiration. Le rituel, la méditation, la création artistique, l’écriture créative – ce sont des chemins pour l’inconscient et l’inconscient est un portail pour l’inconscient collectif de toute l’humanité. Qu’est-ce que c’est l’ « inconscient collectif »? On peut le voir comme une « zone a-temporale », un état de conscience au delà du temps et de l’espace, au delà du corps et au delà de notre incarnation actuelle. C’est un état de conscience que l’on perçoit et puis qu’on perd, et que l’on perçoit encore. Certaines pratiques du Paganisme – invocation, méditation, contemplation, voyage intérieur – peuvent nous aider à l’atteindre.

On est le Paganisme

Ces pionniers qui ont développé le Paganisme comme on le pratique aujourd’hui, ne sont pas arrivés à ce niveau en publiant des commentaires sur les groupes Facebook, ou en participant à des débats sur la réalité des dieux. Ils sont arrivés à ce niveau en dialoguant avec leur psyché intérieure. Pas tout le monde est un pionnier du Paganisme, destiné à écrire des livres érudits pur les autres; mais on est tous des pionnier parce qu’on est la première génération qui a appris à vivre comme des païens et à construire un Paganisme qui répond aux besoins de générations futures. Comment le Paganisme doit être vécu? Comment notre pratique peut créer un chemin pour l’auto-réalisation qui répond aux nécessités de ceux qui sont portés au changement spirituel? Comment peut-on vivre le paganisme si l’on veux créer quelques chose de nouveau, de beau et puissant qui va améliorer le monde, ou des petites parties? Ce sont les grandes questions qu’on affronte chaque jour, en chaque choix que l’on fait, et comment on choisit et décide de diriger nos énergies et notre temps.

Créer des constellations

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Aucune tradition spirituelle peut avancer au delà des individus qui en font partie, donc notre présent est le mieux qu’on puisse obtenir. Si on veux que le Paganisme se développe et prospère, on doit créer en nous une communion avec les Dieux et avec la psyché plus profonde qui nous change et qui inspire les autres. Tout cela prend tu temps, du temps intérieur. On ne peut pas le faire simplement en écrivant, en encourageant les autres, en organisant, en enseignant – tous ces choses sont importantes, mais ce seront authentiques et durables seulement si elles sont construites sur une véritable expérience spirituelle. Cela ne peut pas être absorbé indirectement, même si les expériences des autres peuvent nous inspirer. Chacun de nous doit créer du temps et de l’espace pour transformer notre intérieur.Chaque homme et chaque femme est une etoile, et pour créer un nouveau Paganisme on a besoin des constellations – des individus en contacte avec leur veritable et authentique soi et qui travaillent en harmonie avec les autres, et on obtien cela seulement en creant l’harmonie en nous-memes. Cela est le defi que l’on doit affronter.

Références

Crowley, A. (1916, December). An improvement on psycho-analysis: The Psychology of the Unconscious – for dinner-table consumption. Vanity Fair , pp. 55, 134.

Crowley, A. (1979 ed.). The Confessions of Aleister Crowley: An Autohagiography (2nd edition. First published 1969 ed.). (J. Symonds, & K. Grant, Eds.) London, Boston and Henley: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1940). The psychology of the child archetype. In C. G. Jung (1968 ed.), The Collected Works of C. G. Jung, Vol. 9, part 1, Archetypes and the collective unconscious (pp. 151-181). London: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1916/1928/1934). The relations between the ego and the unconscious; part 2: Individuation. In C. G. Jung (1966 ed.), The Collected works of C. G. Jung, Vol. 7, Two essays on analytical psychology (pp. 173-241). London: Routledge & Kegan Paul.