Le vert Printemps

de Vivianne Crowley
Trad. Voxifera

Cette année j’ai célébré le printemps dans quatre pays proches. Le printemps a commencé pour moi avec un rituel wiccan en Angleterre. Le deuxième rituel a été au Clonegal Castle en Irlande, la maison-mère de la Fellowship of Isis, et puis au sites néolithiques de Loughcrew, Newgrange et Knowth. Depuis l’Irlande en bateau je suis arrivée au nord du pays de Galles et près des merveilleuses montagnes de Snowdonia pour une autre célébration. Et maintenant je suis rentrée chez moi en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, et je me reconnecte avec la terre en tondant la pelouse qui pousse rapidement, et en dégageant les branches tombées sur notre labyrinthe et notre cercle de pierres, suite aux tempêtes d’hiver. Chaque lieux à ses énergies et traditions uniques, mais en chaque lieux les signes du printemps portent le même message d’espoir, renouvellement, énergie et guérison.

Mon sang est vert

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Vivianne Crowley au Clonegal Castle, Irlande

Quand j’étais petite, mon affinité avec les arbres était tellement forte que souvent je disait que mon sang était vert. Quand la sève montait dans l’arbre, mon énergie montait aussi. Je crois que cela est encore vrai pour tous – si on se prenait du temps pour observer. Pour ceux qui entre nous enseignent, aller dans la nature c’est comme boire au puits de la vision. Cela apporte renouvellement, créativité et une nouvelle énergie à transmettre aux autres.
Dans la Wicca on dit que « Si ce que tu cherches tu ne le trouves pas en toi, tu ne le trouveras jamais hors de toi ». Et à chaque année cela semble devenir de plus en plus vrai. Beaucoup de ce qu’on fait en tant que païens c’est de se rappeler, de réunir les fragments du passé pour recréer le tout. Réveiller et rappeler une connaissance qui est déjà en nous. Apprendre à écouter, et à être conscient de ce qui se trouve en nous et autour de nous dans le monde naturel.
Ce qu’il y a de bien dans le cycle des saisons du Paganisme, c’est qu’à chaque festivité on a la chance de se rappeler des origines des aspirations et désirs spirituels de l’humanité, notre émerveillement, révérence et désir de se connecter avec les forces mystérieuses de notre planète et du cosmos au delà. En faisant cela, on dépasse les soucis du présent pour se rappeler qu’ils ne sont que des moments du temps cosmique. Tout passera, tout changera.

Reverdir l’Esprit

Ce printemps marque le troisième anniversaire de mon blog Patheos. Quand, en 2013, je cherchais un titre pour le blog, la phrase « Greening the Spirit » (Reverdir l’Esprit NdT) est arrivée. C’était le printemps, donc il y avait une connexion logique avec ce qui se passait autour de moi dans la nature. Le vert est aussi une phase du processus alchimique et j’avait conduit un atelier sur l’alchimie spirituel l’année précédente. Si vous êtes familier avec la Qabbalah des mystères occidentaux, vous pouvez associer le vert à Netzach dans sa transition vers l’or de Tiferet. Les émotions personnelles et l’amour commencent un voyage de transformation en un amour plus vaste et profond qui connecte l’humanité entière et l’univers au delà. Dans un autre sens ésotérique, le vert est associé au renouvellement et à la renaissance, ce pour cela que les Egyptiens représentaient Osiris ressuscité avec le visage vert.

Viriditas

Le vert apparaît aussi dans l’ouvre de l’une des femmes mystiques que je prefère, Hildegard von Bingen (1098-1179). Elle utilisait le mot latin viriditas pour exprimer les qualités essentielles du Divin selon elle – vitalité, fécondité, fraicheur, abondance et croissance. Écrivaine, artiste, prophète, enseignante, docteur et visionnaire, Hildegard aurait été une guide spirituelle formidable en toute tradition ou époque. Sa musique monte dans les cieux et perce le coeur par sa beauté et son sens d’émerveillement extatique face au Divin Féminin. En tant que femme qui vécut en Allemagne au Moyen-Age, Hildegard trouva sa dimension spirituelle dans le Christianisme, mais dans une autre époque elle fut peut-être une prêtresse de la Déesse qui exprimait son amour pour le Divin qui se manifeste dans le monde naturel.

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Loughcrew, contée de Meath, Irlande

Entrer en communion sur les tumulus des fées

Le mot viriditas m’est arrivé quand je me trouvais ce printemps sur les vertes collines de Loughcrew, contée de Meath, Irlande, un site néolithique qui fait partie de l’ensemble de Newgrange et Knowth, un lieu crée par la nature et modelé par la main de l’homme il y a plus de 5000 ans. La « soeur » la plus celebre de Loughcrew, Newgrange, est alignée au Solstice d’Hiver, mais à Loughcrew c’est l’aube de l’Equinoxe de Printemps qui pénètre dans la cavité de la colline en illuminant la chambre sépulcrale pour symboliser le renouvellement. Loughcrew est l’un des lieux dans lesquels le monde des hommes et celui des fées s’approchent. C’est comme si des présences invisibles se trouvent derrière la ligne des arbres qui suivent le chemin vers le haut des tumulus. L’air est pleine d’un son intense, le son des oiseaux qui chantent. Et pendant que l’on écoute le chant des oiseaux c’est facile de retourner dans le passé, et voir nos ancêtre qui marchent vers les collines pour arriver au lieu de leur pèlerinage. Dans le monde les etres humains ont créé des lieux sacrés où les communautés pouvaient se rencontrer pour honorer les symboles et les valeurs partagés; pour s’approcher aux Dieux et pour s’approcher entre eux.l’un des aspects les plus important du Paganisme contemporain a été celui de recréer ces reunions; se réunir pour les festivités de la communauté qui célèbrent notre style de vie et nos valeurs, et rencontrer d’autres personnes lointaines qui les partagent avec nous.

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Newgrange, Irlande

Communitas

Se connecter avec les autres sur notre chemin spirituel peut être difficile, mais construire un sens de communitas, communauté avec les autres, est aussi important que de se connecter avec la nature. Beaucoup de païens pratiques principalement en solitaire, mais l’interconnexion sociale est l’une des forces motrices du comportement humain. En Irlande, à Loughcrew, Newgrange et Knowth, on voit une hérédité de 5000 ans faite par un ensemble d’efforts collectifs humains extraordinaires qui impliquèrent le déplacement de milliers de tonne de terre et pierres, qui a exigé beaucoup de siècles pour être érigé. Autrefois, les pyramides égyptiennes étaient considérées comme les constructions humaines les plus anciennes, mais chaque décennie apporte des nouvelles découvertes archéologiques. On sait que les structures mégalithiques européennes sont plus anciennes. Où je vis en Bretagne, au nord-ouest de la France, il y a une chambre sépulcrale de 7000 ans. Dans la Turquie orientale il y a des sites sacrés qui dates 12000 ans ou plus. Chaque découverte archéologique déplace la ligne du temps en arrière. Et ces structures sophistiquées, faites seulement en utilisant des objets en pierre ou bois, répondent au besoin humain contemporain de retrouver nos origines les plus anciennes.
Quand on se trouve dans un site ancien, on ressent une partie du mystère et de la merveille qui ont poussé les anciens peuples à le créer. Même s’ils ne sont pas nos ancêtres de sang, on se sent en continuité spirituelle avec eux. On est en empathie avec ce qu’ils cherchaient à obtenir et on les remercie pour nous avoir laissé en hérédité ces symboles de foi et révérence. Ils sont un rappel très puissant, quand la construction d’un Paganisme post-chrétien semble difficile, quand on vacille face à la vastité du Grand Oeuvre. La vision de nos ancêtres était projetée vers les siècles futures, en travaillant pour quelques chose dont ils n’auraient pas pu jouir. Chaque contribution que l’on donne c’est comme poser une autre pierre sur le cairn, un autre seau de terre sur le tumulus, on construit lentement mais, pas à pas, on le construit.

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Autel principal au Clonegal Castle, Irlande

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« Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune »

de Vivianne Crowley
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Parfois je me sens comme étendu sur le paysage et à l’intérieur des choses, et je vis dans tous les arbres, dans l’éclaboussement des ondes, dans les nuages et les animaux qui vont et qui viennent, dans le cycle des saisons.
trad. tirée de Carl Gustav Jung, Memories, Dreams, Reflections. London : Fontana Press, 1995 ed., p.252-253
En tant que païens, on est des gens de la campagne – pagus en latin. Nos divinités viennent du monde naturel. Ils sont les dieux des éléments – dieux et déesses de la terre, de la mer, du ciel, du soleil, de la lune et des étoiles. Ils sont les dieux de la végétations et de la renaissance des terres au printemps des sociétés agricoles – le Seigneur et la Dame du grain. Certains dieux sont en forme d’animal – avec des cornes comme Herne et Pan, en guise de chat comme la déesse égyptienne Bast. L’imagerie du paganisme est celle du monde naturel, mais la réalité de notre vie quotidienne est souvent bien loin de la nature. La majorité des païens vivent dans un milieu urbain entourés par le béton, le macadam, et les lumières de la ville qui font pâlir les étoiles.

« Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune”

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On peut observer les racines du revival païen dans les réactions des poètes, des artistes, des écrivains et des naturalistes du dix-neuvième siècle envers l’industrialisation du monde occidental. Il y a presque un siècle, pour le baron irlandais, poète et écrivain du fantastique Lord Dunsany, la destruction de l’environnement était un appel au réveil qui portait la nostalgie des anciens dieux de la nature.
C’était la voix des fleurs dans le vent de l’Ouest, l’aimable, l’ancien, le paresseux vent de l’Ouest, soufflant sans cesse, soufflant d’un air endormi, retournant à la Grèce.
Les forêts sont parties, elles sont tombées et nous ont laissés; les hommes ne nous aimes plus, nous sommes seuls à la lumière de la lune. De grandes machines prennent d’assaut les beaux champs, leur chemin s’allonge rudement et terriblement en haut et en bas des terres.
Les villes cancéreuses se propagent sur l’herbe, elles font sans cesse du bruit dans leurs tanières, elles scintillent contre nous brisant la nuit.
Les forêts sont parties, Ô Pan, les forêts, les forêts. Et tu es loin, Ô Pan, très loin.
trad. tirée de Lord Dunsany [Edward J. M. D. Plunkett]. “The Prayer of the Flowers” dans Fifty-One Tales. London: Elkin Matthews, 1915.

On a soif de verdure

Le monde naturel est essentiel pour le bien-être humain – physique, psychologique et spirituel. Les sciences nouvelles comme l’écopsychologie reconnaissent ce que le paganisme a déjà accepté depuis longtemps – nos psychés sont profondément connectées et affectées par la nature. Cela est vrai pour des raisons bien évidentes. Nos humeurs sont affectés par la quantité de lumière. Pendant l’hiver, on peut succomber au trouble affectif saisonnier (TAS). Quand il fait beau et nos muscles sont chauds et relaxés, on se sent heureux. Mais l’impact psychologique de l’environnement est important dans d’autres façons aussi. Nos esprits et cœurs désirent la beauté de la nature. On a soif de cela et on se sent consciemment ou inconsciemment privé quand on en est séparé. Quand on se sent écrasé par le béton et les bâtiments, on réagit en se sentant aliéné, déprimé, malheureux. L’aliénation humaine est plus forte quand on est plus loin du monde naturel dans lequel notre espèce s’est développée.

Comment pouvons-nous maintenir en vie notre connexion avec la nature?

Le désir humain de se reconnecter avec la nature est fort, mais quand nos vies sont sujettes à trop d’exigences opposées il est facile de le supprimer, ou simplement de ne pas le remarquer. Même pour les païens il est facile de l’oublier. On peut se retrouver dans nos maisons avec un chauffage central, monter sur nos voitures climatisées pour se rendre au Sabbat dans une maison de banlieue pour célébrer les Dieux de la nature, sans jamais avoir un contact avec le monde naturel.
Le travail physique peut être un moyen efficace pour se connecter avec notre nature; en particulier quand cela implique le travail avec ce que la nature offre – la terre, et les matériaux naturels comme le bois, la laine et la pierre. Beaucoup d’entre nous vivent collés à l’écran de l’ordinateur dans des bureaux et des centres d’appels qui offrent une atmosphère plus agréable que celle des usines, mais cela peut être également démoralisant. Le corps humain n’a pas été fait pour rester assis immobile pendant des heures. Quand cela devient notre style de vie, les maladies de la civilisation suivent – obésité, hypertension artérielle, diabète, troubles musculosquelettiques, mal au dos. Quand nos corps sont obligés et forcés à vivre en mauvaise santé, notre niveau d’énergie est réduit et on est privé physiquement ainsi que spirituellement.

Écologiser la ville, écologiser l’esprit

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Peu d’entre nous peuvent tourner le dos à la vie urbaine pour vivre à l’extérieur mais on peut tous trouver des moyens pour prendre part au monde naturel, à travers le jardinage, les travaux de préservation, ou en faisant des randonnées. Beaucoup de villes ont des projets et des groupes qui travaillent pour écologiser la ville, planter des arbres, créer des jardins et des parcs, et nettoyer les rivières. Les arbres et la verdure ont un impact énorme sur la psychologie humaine; il produisent aussi de l’air propre qui nous aide à mieux respirer, à avoir une plus grande énergie et à améliorer notre pensée. Planter un arbre et les travaux écologiques nous permettent d’écologiser la ville et d’écologiser nos esprits à la fois. Tout le monde peut s’engager avec la terre, même si on reste renfermé chez soi et ne pouvant pas se déplacer. Les abeilles peuvent être élevées dans un cadre urbain et la nourriture peut être cultivée à l’intérieur – les plantes de tomate, par exemple peuvent pousser sur le rebord d’une fenêtre. Faire pousser quelque chose à manger pour le sabbat est un moyen très simple pour s’engager avec la nature.

« Parfois je me sens comme si j’étais … moi-même vivant dans tous les arbres”

Quand j’étais petite je croyais mourir si je n’arrivais pas à grimper sur un arbre. En tant qu’adolescente j’ai dû abandonner cette activité, mais la connexion avec les arbres est restée. Les arbres font partie de notre mémoire archétypique, le lieu où notre espèce a évolué de notre condition de singes à celle de conscience. On sent que la connexion avec les arbres est important et cela est vrai pour adultes et enfants. La citation ci-dessus tirée de la biographie de Carl Gustav Jung Memories, Dreams, Reflections (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées NdT) exprime ses sentiments pendant la vieillesse, passée en simplicité dans une tour en pierre qu’il avait construit sur les rives du lac de Zurich.

Se connecter avec un arbre

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Un exercice simple que nous demandons aux gens qui commencent leur entraînement dans la Wicca est de trouver un arbre personnel et de se connecter avec lui pendant une période. Cela ne doit pas forcément être une ancienne forêt de chênes. Cela peut être un arbre dans un parc public que vous pouvez visiter à l’heure du déjeuner. Comment trouver le bon arbre? Avant tout, vous vous promenez près de chez vous pour voir quel genre d’arbres poussent. Savez-vous combien d’espèces différentes poussent près de chez vous? Connaissez-vous leurs noms? Si ce n’est pas le cas prenez des photos ou simplement une feuille, et utilisez-la pour identifier l’espèce.
Quand vous aurez trouvé celui qui vous plaît, restez près de lui et observez le mouvement de ses feuilles dans le vent, le son du vent à travers ses branches, le chant des oiseaux. Si vous vous sentez attirés, approchez-vous. Puis touchez le tronc de l’arbre. Mettez les paumes des vos mains contre lui. Comment vous sentez-vous? Fermez les yeux et sentez l’énergie dans l’arbre. Est-elle endormie, ou bien sa sève pulse avec la vie du printemps? Observez ce que votre corps sent. Permettez à votre psyché de se fondre un peu avec l’arbre. Comment c’est d’être enraciné dans la terre et de tirer la nourriture depuis le soleil et la pluie? Si vous vous sentez bien, prenez de l’énergie de l’arbre. Sentez sa puissante énergie couler en vous. Son temps est plus long que le votre, son pas est plus lent. Il a beaucoup vu, beaucoup absorbé, beaucoup enduré. Il y a beaucoup de choses que l’on peut apprendre grâce aux arbres. Si on le visite pendant un cycle saisonnier, on verra les messages des sabbats dans ses changements saisonniers et cela peut être aussi puissant qu’un rituel.

Traduction de V.F. Voxifera

Inanna ou l’art d’aimer et de « se faire la guerre »

De Voxifera

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O Reine des Sept Dieux, O rayonnante splendeur de lumière, chère du Ciel et de la Terre,

prêtre, fille et serviteur du Ciel!

Ornée de joyaux et couronnée par la vie, née pour être Seigneur, dans tes mains sont les esprits gardiens des Sept Dieux,

et toi, toi meme tu gardes et protèges les esprits gardiens, tu les a attrapés et tu les a liés à tes mains,

tu les a enveloppés et serrés contre ta poitrine.

Tu abreuves la terre de ton poison comme un serpent, les plantes s’évanouissent de la Terre quand tu tonnes comme Anu,

à ton ordre les inondations descendent de la montagne.

Suprême en pouvoir, Inanna du Ciel et de la Terre, dont la bouche pleut des scintilles de lumière sur la terre,

maitresse du bétail, douée de l’esprit divin par An, par An douée du don du Mot indéfectible pour parler à son ordre fatal: qui peut comprendre ta gloire?

O sauvage et rampante, fille ainée de la Lune, Reine plus grande que An, qui peut vous rendre suffisamment hommage?

Reine des Reines, qui en accord avec les esprits étaient plus grands que ta mère quand tu es née,

sage et Reine savante de tous les pays, mère des hommes et des animaux, je chante ma prière…

Je suis entrée avant toi en mes vêtements sacrés, moi la princesse impériale, Enheduanna,

en chantant et en portant tes paniers rituels,

Grande Prêtresse de la Lune. […]

(Hymne à Inanna de Enheduanna, Princesse fille de Sargon II et Prêtresse d’Inanna, 2300 a.J.C.)

« Reine du Ciel et de la Terre », « Suprême en pouvoir » ainsi les Sumériens s’adressaient à leur déesse Inanna. L’importance de cette déesse est documentée pendant toute l’histoire de Sumer et son culte se diffusa dans toute la Méditerranée en portant son influence même dans le christianisme. Même la Wicca reprend l’archétype d’Inanna: le mythe wiccan de la Déesse qui descend aux Enfers n’est qu’un écho très évident du mythe de la descente d’Inanna.

La descente d’Inanna aux enfers est surement le mythe le plus connu, mais cette déesse a d’autres aspects très intéressants qui parfois sont négligés. Donc dans cet article on va prendre en considération son rôle de déesse de la sexualité, de la guerre et son rôle de guide de l’humanité.

 

Inanna, la déesse rugissante du Moyen-Orient

 Inanna est sans doute l’une des plus importantes déesses de l’Antiquité. Son culte eut origine en la Mésopotamie, même si probablement il s’agissait d’une divinité proto-euphratique assimilable à la déesse mère hourrite Hannahannah. Les premières notices historiques arrivent cependant depuis la période dite d’Uruk (4000-3100 a.J.C.), avec des vases représentant des prêtres et des prêtresses d’Inanna occupés à faire des offres à la déesse. Le nom Inanna dérive du titre de « Reine du Ciel » Nin-anna en sumérien, c’est une déesse liée à l’amour, à la beauté, à l’amour sexuel, à la guerre et à la fertilité; son culte eut son centre principale dans la ville d’Uruk où il fut construit un des temples les plus grands dédiés à elle: l’E-anna ou La Maison du Ciel.

Inanna fait partie des Sept Dieux Suprêmes de l’Announaki (l’assemblée des dieux) avec An, Enki, Enlil, Nanna, Utu et Ninhursag; l’iconographie représente la déesse nue avec de joyaux importants et de chevelures élaborées qui se dresse sur le dos de deux lionnes, le lion était souvent associé à la déesse dans son aspect « lumineux », tandis que dans son aspect « sombre » elle était associé au scorpion.

Le symbole d’Inanna est l’étoile à huit branches, qui représente la planète Venus comme étoile du matin et du soir (les sumériens furent les premier à reconnaître qu’il s’agissait de la même étoile), associé à la déesse parce que dans les mythes d’Inanna ses mouvements rappellent ceux de Venus dans le ciel.

 

Inanna aujourd’hui : une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir

« Je fais en sorte que l’homme s’embellisse pour la femme…

et que la femme s’embellisse pour l’homme…

 

(Chant d’Inanna, Textes sumériens et akkadiens)

 

Entrer en contact avec Inanna et accepter sa présence dans notre vie est comme accepter une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir: elle est patronne de l’Amour en toutes ses formes et cela nous pousse à accepter et apprécier notre corps et notre sensualité, qu’elle soit utilisé pour séduire plusieurs partenaires ou pour renforcer une relation stable, le mot clé est Aimer. Le contact avec Inanna nous met en la condition de voir et reconnaître la Beauté du monde et de la nature et d’en tirer du plaisir, vu comme la forme la plus haute de perception humaine, une perception qui peut nous mettre en contact avec les sphères divines. Le culte d’Inanna envisageait la hiérogamie, pendant laquelle la Grande Pretresse choisissait un jeune représentant le dieu Dumuzi, dieu de la fertilité, de l’agriculture et de l’elevage, avec lequel elle avait un rapport sexuel qui symbolisait l’union des deux principes divins sur la terre et qui rendait favorable le moisson; et dans une époque plus tarde de l’histoire des sumériens les rois légitimaient leur rôle en passant une nuit dans le temple avec une des prêtresses d’Inanna pendant les célébrations pour la Nouvelle Année à l’occasion de l’Equinoxe du Printemps. La hiérogamie est un aspect que l’on trouve dans la Wicca même si , en général, sous la forme seulement symbolique des Noces Sacrées représentées par l’union de l’Athame et de la Coupe pendant la libation et le Grand Rite, ça n’empêche pas que cela puisse être célébré de manière effective.

En la Kabbale Inanna est associée aux énergies de Netzah, la septième sphère de l’Arbre de la Vie, dont la représentation s’accorde parfaitement avec celle d’Inanna: une très belle femme nue. L’expérience avec Netzah est comme l’attente avant de rencontrer son/sa propre copain/copine ou amant/e, la trépidation, le bonheur qui nous remplit quand on regard l’amour qui se reflet dans les yeux de la personne aimée ou le parfum enivrant que son corps dégage.

 

La Politique et la Guerre : des questions pas complètement masculines

 « Quand je suis au plus fort de la mêlée,

moi je suis le « coeur » de la bataille, je suis le « bras » […] »

 

(Ishtar se presente, Textes sumériens et akkadiens)

 

Reine incontestée qui aime son peuple mais qui est prête à verser le sang pour le protéger, l’archétype d’Inanna comprend même un aspect martial, c’est-à-dire la guerre et la politique. Depuis toujours reléguées à l’univers masculin, la politique et la guerre en la figure d’Inanna se révèlent être des arts suprêmes, des armes puissantes qui affinent le volonté et la capacité de résoudre les problèmes. Dans l’histoire on retrouve beaucoup d’exemples de femmes engagées en politique, de reines puissantes et indépendantes, parfois de guerrières, qui ont été capables de guider leur peuples en se débrouillant dans un monde où la femme n’avait droit qu’au rôle de mère et épouse. Accepter cet aspect d’Inanna signifie reconnaître sa propre force intérieure indépendamment du sexe, une force qui nous aide à atteindre notre buts et qui nourrit notre ambitions, au niveau kabbalistique ce sont des energies associées à Gevurah, la cinquième sphère de l’Arbre de la Vie, liée à l’aspect martial et fougueux de l’esprit humain, qui nous permet de continuer et de ne pas démordre en les situations les plus critiques et désespérées, et qui nous permet d’exercer notre libre choix et autodétermination.

 

Une ancienne Prométhée

 Inanna est identifiée par les sumériens comme celle qui a apporté la civilité, un mythe raconte comment la déesse escamota les Me (les tables du destin) au dieu des abysses Enki. Les Mes étaient des tables qui recelaient une loi divine et immuable, les limites des hommes et des dieux et un série de concepts comme « l’autorité sur la terre, l’autorité divine, la couronne éternelle, le trône du roi, le sceptre exalté, le sanctuaire, […], le royaume, la prêtrise et les rites religieux, la vérité, la descente aux enfers et la remontée, […], l’inondation, les rapports sexuels et la prostitution, la bonne langue et la calomnie, l’art, les chambres sacrées, les « hiérodules* du ciel », la musique, l’autorité des adultes, l’autorité des héros et le pouvoir, l’inimitié, la clarté, la destruction des villes et les lamentations, la joie au coeur, la fausseté, la terre rebelle, la bonté et la justice, le travail des charpentiers, […], les scribes, les forgerons, les tanneurs, les maçons, et le tresseurs de paniers, la sagesse et la compréhension, la purification, la peur et la protestation, la flamme gentille et la flamme qui consume, la fatigue, le cri de victoire, le conseil, le coeur troublé, le jugement et la décision, l’exubérance, les instruments musicals. » (S.N.Kramer, The Sumerian Mythology, 1944).

Inanna veut offrir en cadeau tout cela au peuple d’Erech pour obtenir le royaume et pour que son nom soit exalté, donc elle se rend à Eridu, où Enki, dieu de la sagesse, vit. En le séduisant et en l’enivrant avec du vin Inanna arrive à obtenir les tables du destin, retournant à son royaume avec un bateau escamoté à Enki. Quand le dieu cuve son vin il est déjà trop tard et même ses sept pièges tendus à la déesse pendant le retour n’arrivent pas à empêcher la distribution des Mes.

 

 

*la hiérodulie était la pratique de la prostitution sacrée.

 

Mon petit autel dédié à Inanna

Mon petit autel dédié à Inanna

Sources:

Samuel N. Kramer – The Sumerians: Their History, Culture and Character 

                                       (1963, University of Chicago Press)

                                      -Sumerian Mythology: Study of Spiritual and Literary Achievement in                                          

                                       the Third Millennium B.C. (1961, University of Pennsylvania Press) 

Verderame – La vestizione di Inanna

Janet et Stewart Farrar – The Witches’ Goddess: The Feminine Principles of Divinity

                                                (1987, Phoenix Publishing Inc)

Vivianne Crowley – A Woman’s Kabbalah: Kabbalah for the 21st century, (2000, Thorsons)

 

 

 

Home Sweet Home ou les Dieux de chez nous

De Voxifera

Depuis que je fréquente un groupe j’ai compris l’importance de contacter et célébrer les divinités du lieu, et l’inspiration pour cet article vient d’une réflexion que j’ai fait hier lorsque j’étais avec le groupe et on célébrait Lammas à la montagne.

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 La Wicca est un parcoure multiculturel, quand on commence à pratiquer et à entrer en contact avec le divin et ses aspects on a presque l’embarras du choix: grec, roman, celtique, égyptien, sémitique, sumérien, nordique etc etc…d’habitude on est poussé vers certaines divinités ou panthéon selon notre nature, inclination ou bien grâce à des manifestations, et cela nous donne même la possibilité d’explorer de cultures qui sont très distantes de la nôtre. Il est facile d’oublier pour un instant ce qui nous entoure, ce qui nous appartient culturellement et traditionnellement surtout quand on est au début. J’en ai compris l’importance pendant ces deux années, lorsque je faisait des sorties dans le nord de l’Italie avec le groupe, on a toujours invoqué les divinités qui appartenaient à ces lieux et on a toujours eu des réponses plus ou moins directes. Cela est du au fait que ces dieux ont longtemps été honorés en ce lieu, et donc ils sont vivants et actifs, et le contact n’est pas si difficile à créer.

Il est donc important de connaître le territoire où l’on va célébrer et les divinités qu’y sont liées. Parfois la présence de ces entités n’est pas si évidente, donc il faut « réveiller » et réactiver les énergies du lieu avec, par exemple, un rituel dédié à ce but.

 L’histoire du territoire où l’on vit nous parle de différents peuples et différentes cultures. Ce que les français et les italiens (ceux du nord de l’Italie) ont en commun, domination romane à part, est certainement la présence des Celtes ou, pour utiliser le terme roman, les Gaulois de la Gaule Cisalpine et Transalpine. On a invoqué souvent divinités comme par exemple Belenos, Belisama, Verkos, qui ont été vénérées en France aussi; bien que le peuple celtique était constitué par plusieurs ethnies, le panthéon était presque le même et on retrouve la présence de certaines divinité dans la toponymique soit italienne que française.

 Par exemple le village où je vis (près de Milan) se trouve dans une région où le culte de la Vierge Marie est très fort, presque toutes les églises sont dédiées à la Vierge et cela n’est pas un hasard: quand j’ai étudié l’histoire de ma région j’ai découvert que près de mon village le culte des Matrones était très diffusé. Il s’agissait d’un groupe de divinités celtiques féminines de la fécondité et de la fertilité, romanisées par le contacte avec l’Empire.

témoignage du culte des matrones

témoignage du culte des matrones

 Donc la Wicca nous pousse à connaître d’autres cultures mais au même temps elle nous encourage à connaître la terre où l’on vit, ses traditions, son histoire, sa culture qui nous appelle depuis l’antiquité. Un appel auquel il faut répondre pour ne pas oublier une partie des notre racines.