Le Solstice d’Été – Le Phœnix qui se lève

de Vivianne Crowley 

Trad. Valentina Ferracioli 

Le Paganisme contemporain est décrit parfois comme une orthopraxie plutôt qu’une orthodoxie. Il s’agit d’une pratique commune plutôt que d’une croyance commune. En cela on n’est pas très différents par rapport à nos ancêtres païens.

Les paiens faisaient des rituels mais ils n’avaient aucun credo ni doctrine. …ils n’étaient pas liés à des croyances révélées dans le sens chrétien du terme. Ils n’étaient pas poussés vers une foi: aucun group s’est jamais appelé « les fidèles »: le terme reste l’une des manières pour distinguer les épitaphes chrétiens et hébreux des épitaphes païens.

Robin Lane Fox, Pagans and Christians, 1986, 31.

En tant que païens, on travaille sur des symboles et mythes partegés. Chacun de nous interprète ses symboles et mythes d’une manière profondément personnelle et individuelle, mais on partage un même ‘langage’ non-verbale. Il y a des symboles qui viennent du grand rhizome des Traditions à Mystères et Magiques Occidentales et qui ont un signifié pour nous que l’on se définit païen, hethène, chrétien, juif, musulmans, hindou, bouddhistes, ou appartenant à d’autres traditions. Il s’agit d’images archétypiques qui résonnent dans toutes les cultures. Ce sont des images qui inspirent l’imagination, touchent le cœur, et stimulent la psyché creative. Souvent ce sont les symboles très simples – le cercle divisé en quarts, le ankh, le Cercle – à communiquer à travers une seule image, beaucoup d’idées complexes qui sont une source infinie de signifiés et visions.

On comprend seulement le type de pensée qui est équation … Mais au delà de ça il y a une pensée en images primordiales, en symboles qui sont plus anciens que l’humanité historique, qui sont déjà en nous depuis le début, qui vivent éternellement et survivent aux générations , en constituant encore une base de travail pour la psyché humaine. On peut vivre profondément notre vie seulement quand on est en harmonie avec ces symboles; la sagesse est un retour à eux. Ce n’est pas question de croire ni de savoir, mais d’accorder notre pensée avec les images primordiales de l’inconscient…

Carl G. Jung, The Stages of Life, 1930/1, para. 794.

Le Soleil à son zénith

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Pendant nos rituels du Solstice d’Été, avec le soleil à son maximum, on travail avec les symboles qui évoquent le soleil et son rôle dominant dans le ciel. On utilise des symboles comme le roi et la reine solaires qui, pour nous individus, représentent le moment de notre vie pendant lequel on se trouve à notre zénith – de succès, puissance et réalisation. Mais bien que les rituels du Solstice célèbrent le zénith, ils font aussi allusion au déclin qui suivra. Parfois cela est représenté par le combat entre le roi solaire et son rivale, le roi de l’obscurité. La Lumière triomphe sur l’Obscurité – mais seulement pour un moment. Pendant cette bataille la Lumière est fatalement blessé et dans le temps cette blessure conduira la Lumière vers le déclin.

Si on médite sur ces symboles, qu’est-ce qu’on trouve? On peut découvrir que, même si l’on est puissant, dans le temps on affrontera le déclin et la fatalité de la mort. On apprend qu’il n’y a pas un pouvoir qui peut continuer incontrôlé, que la volonté de puissance est limitée, que la position et la richesse matérielle sont transitoires . Dans le temps toutes les choses passent; toutes les choses changent.

Le mythe du Phoenix

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Les symboles fonctionnent parce qu’ils stimulent la psyché. Ce sont mystérieux et ils ont beaucoup de niveaux de lecture. On essaye de les comprendre. L’esprit humain nous a communiqué nos désirs les plus profonds et nos aspirations spirituelles de manière visuelle bien avant le développement des langages complexes.

Le phœnix est une image archétypique associée au soleil. Il apparaît dans beaucoup de cultures. Ces mythes sont différents, mais tous disent qu’il s’agit d’un oiseau très rare, magnifique, magique, et qui représente un grand changement. De la Grèce ancienne le mythe dit que le Phoenix est un oiseau légendaire au magnifique plumage de la couleur du feu. Il vie en Arabie près d’un puits d’eau fraiche. Chaque matin quand le soleil se lève et l’aube arrive, le phœnix se baigne dans les eaux fraîches et claires du puits et chante une chanson si douce et merveilleuse que même le Dieu Soleil dans son char s’arrête pour l’écouter. Le phœnix se renouvèle éternellement, existant depuis des éons. Chaque 500 années, il construit un nid avec des branches de cannelle qui brûle et consume le phœnix en cendre. Depuis les cendres, une nouvelle phœnix se lève. La nouvelle incarnation met les cendres de son vieux corps dans un oeuf de myrrhe et vole jusqu’à la ville égyptienne du Soleil, Héliopolis ou On, où il laisse l’oeuf sur l’autel comme offre au dieu soleil Ra.

Quel signifié peut-on trouver dans ce mythe?

Le roi solaire au Solstice d’Été peut être vu comme le représentant de l’ego dans sa position dominante dans la personnalité. Pendant la première moitié de notre vie on a besoin d’établir un sens très fort d’identité, pour qu’on puisse vivre dans le monde et affronter les défis de la vie adulte, comme gagner sa vie et créer des relations. Pendant la deuxième moitié de notre vie on a besoin de laisser aller et avancer. On ne peut pas posséder ce qu’on a gagné pour toujours. Au lieu de faire toujours les choses de la même manière, on peut croître et se développer de manière différente. On ne peut pas abandonner totalement le matériel pour le spirituel, mais on peut engager plus d’énergies dans le monde intérieur et dans renforcement et développement d’un rapport plus fort avec le domaine transcendant – les valeurs et expériences qui sont éternelles. On peut essayer de vivre nos vie en accord avec les valeurs qui sont proches du coeur de l’expérience humaine – notre effort de nous unir avec la conscience qui se trouve au delà de nous, la conscience qui est le Divin. Pendant la deuxième moitié de notre vie, notre force physique décline, mais notre force spirituelle augmente. Pendant qu’une moitié de la clepsydre se vide, l’autre se remplit. Pour faire cela, on a besoin de sacrifier nos ambitions matérielles pour des buts spirituels qui peuvent étendre notre soi intérieur et nous aider à continuer à sonner aux autres et à la réalisation de notre potentiel humain. Ce sacrifice est mentionné dans le mythe du Solstice d’Été – le roi solaire est blessé et ses énergies et forces se tournent vers sa guérison avant de pouvoir guérir le monde.

Le phœnix est un symbole du pouvoir créatif. Il se recréé depuis le feu; depuis le feu de son énergie il se lève encore. Au Solstice d’Été le message est de puissance, notre habilité de nous transformer. C’est un message de maturité spirituelle – aucun maître, gourou, prêtresse ou prêtre, peut opérer cette transformation pour nous. C’est une transformation qui ne se réalise sans laisser aller notre vieux soi; laisser le passé pour créer un chemin vers le futur. Le phœnix s’offre à lui-même et renaît; depuis les cendres du feu le nouveau phoenix se lève, l’Etoile du Matin de Ra.

Ateliers « Le Phoenix qui se lève »

Vivianne Crowley est auteur de Phoenix from the Flame: Living as a Pagan in the 21st century. Elle et Chris Crowley tiennent des ateliers sur le Phœnix qui se lève pour se connecter et travailler avec les énergies du phœnix. Les prochaines dates de cet atelier sont: samedi 2 juillet 2016 à Helsinki, Finlande, contact: tiedotus@lehto-ry.org; et dimanche 2 avril 2017 à Rome, Italie, contact: info@circolodeitrivi.com

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Références

Crowley, Vivianne. 2000. Carl Jung: Journey of transformation – an illustrated biography. Wheaton, Illinois: Quest.

—. 1994. Phoenix from the flame: Living as a Pagan in the 21st century. London: Thorsons/HarperCollins.

Jung, Carl G. 1930/1. The Stages of Life. Vol. 8, in The Collected Works of C.G. Jung, Vol. 8, The Structure and Dynamics of the Psyche., by Carl G. Jung. 1969 ed. First published 1960. London: Routledge & Kegan Paul.

Lane Fox, Robin. 1986. Pagans and Christians: In the Mediterranean World from the Second Century AD to the Conversion of Constantine. London: Penguin.

Qu’est-ce que la nature fait pour nous?

de Vivianne Crowley
Trad. Valentina Ferracioli

Let the fields and streams be pure,
Earth and sky be clean once more,
Love and laughter long endure,
Let the Sleeper waken!
Doreen Valiente

(Que les champs et les ruisseaux soient pures,
que la Terre et le ciel soient claires,
que l’Amour et le rire durent longtemps
Laissez que le Dormant s’éveille!)

Bénédictions de Beltane à ceux de nous qui se trouvent dans la face septentrionale de Mère Gaia
Et bénédictions de Samhain à ceux qui se trouvent dans le Grand Sud.

Brittany the winding path

Chemin tortueux en Bretagne – Vivianne Crowley

À chaque sabbat on célèbre le cycle des saisons et chaque sabbat est une occasion pour se reconnecter avec la nature. En tant que Païens, notre amour pour la nature peut nous unir, qu’on soit wiccans, druides, hethens, panthéistes, ou appartenant à d’autres catégories. La réponse à la question « Qu’est-que la nature fait pour nous? » semble évidente. Elle nous nourrit, nous protège et nous couvre, mais la nature fait bien plus que cela. Etre dans la nature et avec la nature nourrit notre psyché et esprit. On a une nécessité profonde de se plonger dans le monde naturel des arbres, des plantes, de l’eau, du soleil et des roches.
Pour beaucoup d’entre nous, le chemin vers le Paganisme a commencé suite à une série d’expérience qu’on a eu quand on était petit, la nature a réveillé quelques chose en nous, une mémoire cachée dans le cellules de notre être, un appel auquel on a répondu quand on jouait près des ruisseaux et dans le champs, quand on grimpait sur les arbre, quand on nageait dans la mer ou dans le lac, quand on faisait du camping en dehors et on regardait émerveillé le ciel nocturne étoilé.

Les arbres nous font du bien

Les êtres humains savent que la nature peut affecter le bien-être spirituel et psychologique, mais la science peut à présent mesurer son influence sur le corps. Se promener fait du bien à notre esprit et notre corps, mais où on se promène est également important. Les personnes auxquelles on a mesuré les battements du coeur, les niveaux de stress et les émotions, après une promenade dans le bois, sont moins stressées et plus heureuses que celles qui se sont promenées dans la ville. Des chercheurs en Finlande ont découvert que passer au moins 20 minutes par jour en se promenant dans la nature peut faire la différence. Et il ne s’agit pas seulement d’émotions, être dans la nature peut améliorer l’activité des nos cerveaux. Gregory Bratman et ses collègues de l’Université de Stanford ont découvert que la mémoire à court terme peut améliorer après une promenade dans un bois e, à l’Université du Kansas, David Strayer et ses collègues ont découvert que la créativité dans la résolution des problèmes est supérieure après avoir passé quelques jours en faisant des randonnées. Et si on ne peut pas sortir, il y a d’autres moyens. Roger Ulrich et ses collègues du Texas A&M University ont découvert que, après avoir montré à un groupe de personnes un film stressant, ceux qui après ont regardés un film avec des scènes naturelles ont récupéré plus rapidement par rapport à ceux qui ont regardé un film avec des scènes urbaines. En quelques manière seulement en regardant des images de la nature nous calme et baisse notre stress. Et probablement la nature nous donne un sens de perspective sur nos vies. Des choses qui nous préoccupent peuvent se dissoudre quand on contemple la beauté d’une feuille, le rythme incessant de la mer, et la vastité du ciel.

Que le Dormant se réveille

Brittany at home with the bluebells

Notre maison en Bretagne avec les jacinthes en fleur – Vivianne Crowley 

En tant que Païens, nos rituels nous aident à nous connecter avec la nature, mais le rituel tout seul ne suffit pas. Peut-être qu’on ne peut pas célébrer nos rituels en plain air, mais pour comprendre le message du sabbat on doit aller en dehors dans la nature pour découvrir et faire expérience directe de ce qu’on y trouve.
Avant le sabbat, prenez 15 minutes pour être en plain air, même si c’est un parc publique en ville, et asseyez-vous. Laissez que le dormant intérieur se réveille, qu’il observe ce que d’habitude on prend pour acquis, qu’il soit totalement présent dans l’instant révélateur de la marée saisonnière.
Fermez les yeux, prenez quelques respiration profonde. Ecoutez – qu’est-ce que vous entendez? Vous pouvez vous trouver dans dans un lieu où vous n’entendez que le monde naturel – vent, oiseaux, eau qui coule. Si vous vous trouvez dans une ville alors vous devez écouter plus attentivement pour trouver la nature. Laissez que les sons du trafique et des voix humaines deviennent la base de la symphonie des bruits qui vous entoure. N’essayez pas d’empêcher les sons, laissez qu’ils soient. Même si vous ne les aimez pas, acceptez-les comme éléments de la réalité de la ville. Et quand vous vous êtes habitués à leur présence, essayez d’observez d’autres choses. Dans la plupart des paysages sonores de la ville, vous entendez les oiseaux. Si vous êtes dans un parc, vous pouvez observer le bruit des oiseaux, le son du vent entre les feuilles. Ecoutez ce qu’il y a autour de vous.
Maintenant observez ce que vous ressentez. Le soleil est-il en train de réchauffer votre peau, ou le vent la rafraichit, ou les deux? Observez où vos pieds touchent le sol, vos fesses touchent le sol ou siège. Observez chaque partie de votre corps l’une après l’autre et toutes les sensations physiques que vous ressentez et qui sont associées à votre interaction avec le monde naturel.
Maintenant concentrez-vous sur la terre sous vos pieds, même si elle est caché par une couche de béton. Ressentez votre connexion avec la terre et comment elle supporte la vie humaine, animale et végétale. Prenez quelques respiration profonde, soyez conscients de la complexité et beauté extraordinaires de ce que la Terre nous a offert.
Rappelez-vous du pouvoir vivifiant des éléments – air, feu, eau – qui interagissent pour créer une atmosphère qui permet aux formes de vie terrestre de vivre.
Finalement, concentrez-vous sur votre respiration, inspirez et expirez pendant quelques minutes, en observant chaque respiration. Soyez conscient du flux d’air qui entre et qui sort de vos poumons et de comment les arbres et les plantes respirent aussi, plantes et animaux dans une interaction, en donnant et en recevant mutuellement, vous et la biosphère en unité – Un.
Et finalement, remerciez la nature, comme Déesse si vous la voyez ainsi, ou les esprits di lieu, toute forme qui vous semble appropriée en ce moment. Remerciez la nature pour nous avoir donné la vie, pour nous avoir montrez sa beauté et complexité, pour notre conscience qui nous permet d’être conscient de la biosphère autour de nous. C’est cette simple reconnexion qui est au coeur du mystère du sabbat et c’est ce sens d’interconnexion avec toutes les choses que l’on peut porter avec nous dans nos rituels, pendant que l’on cherche à ce connecter avec les autres qui partagent notre vision du mystère.

Wiltshire, England view from from Stonehenge

Wiltshire, Angleterre. Vue de Stonhenge – Vivianne Crowley

Le vert Printemps

de Vivianne Crowley
Trad. Valentina Ferracioli

Cette année j’ai célébré le printemps dans quatre pays proches. Le printemps a commencé pour moi avec un rituel wiccan en Angleterre. Le deuxième rituel a été au Clonegal Castle en Irlande, la maison-mère de la Fellowship of Isis, et puis au sites néolithiques de Loughcrew, Newgrange et Knowth. Depuis l’Irlande en bateau je suis arrivée au nord du pays de Galles et près des merveilleuses montagnes de Snowdonia pour une autre célébration. Et maintenant je suis rentrée chez moi en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, et je me reconnecte avec la terre en tondant la pelouse qui pousse rapidement, et en dégageant les branches tombées sur notre labyrinthe et notre cercle de pierres, suite aux tempêtes d’hiver. Chaque lieux à ses énergies et traditions uniques, mais en chaque lieux les signes du printemps portent le même message d’espoir, renouvellement, énergie et guérison.

Mon sang est vert

Vivianne at Clonegal Castle 2016

Vivianne Crowley au Clonegal Castle, Irlande

Quand j’étais petite, mon affinité avec les arbres était tellement forte que souvent je disait que mon sang était vert. Quand la sève montait dans l’arbre, mon énergie montait aussi. Je crois que cela est encore vrai pour tous – si on se prenait du temps pour observer. Pour ceux qui entre nous enseignent, aller dans la nature c’est comme boire au puits de la vision. Cela apporte renouvellement, créativité et une nouvelle énergie à transmettre aux autres.
Dans la Wicca on dit que « Si ce que tu cherches tu ne le trouves pas en toi, tu ne le trouveras jamais hors de toi ». Et à chaque année cela semble devenir de plus en plus vrai. Beaucoup de ce qu’on fait en tant que païens c’est de se rappeler, de réunir les fragments du passé pour recréer le tout. Réveiller et rappeler une connaissance qui est déjà en nous. Apprendre à écouter, et à être conscient de ce qui se trouve en nous et autour de nous dans le monde naturel.
Ce qu’il y a de bien dans le cycle des saisons du Paganisme, c’est qu’à chaque festivité on a la chance de se rappeler des origines des aspirations et désirs spirituels de l’humanité, notre émerveillement, révérence et désir de se connecter avec les forces mystérieuses de notre planète et du cosmos au delà. En faisant cela, on dépasse les soucis du présent pour se rappeler qu’ils ne sont que des moments du temps cosmique. Tout passera, tout changera.

Reverdir l’Esprit

Ce printemps marque le troisième anniversaire de mon blog Patheos. Quand, en 2013, je cherchais un titre pour le blog, la phrase « Greening the Spirit » (Reverdir l’Esprit NdT) est arrivée. C’était le printemps, donc il y avait une connexion logique avec ce qui se passait autour de moi dans la nature. Le vert est aussi une phase du processus alchimique et j’avait conduit un atelier sur l’alchimie spirituel l’année précédente. Si vous êtes familier avec la Qabbalah des mystères occidentaux, vous pouvez associer le vert à Netzach dans sa transition vers l’or de Tiferet. Les émotions personnelles et l’amour commencent un voyage de transformation en un amour plus vaste et profond qui connecte l’humanité entière et l’univers au delà. Dans un autre sens ésotérique, le vert est associé au renouvellement et à la renaissance, ce pour cela que les Egyptiens représentaient Osiris ressuscité avec le visage vert.

Viriditas

Le vert apparaît aussi dans l’ouvre de l’une des femmes mystiques que je prefère, Hildegard von Bingen (1098-1179). Elle utilisait le mot latin viriditas pour exprimer les qualités essentielles du Divin selon elle – vitalité, fécondité, fraicheur, abondance et croissance. Écrivaine, artiste, prophète, enseignante, docteur et visionnaire, Hildegard aurait été une guide spirituelle formidable en toute tradition ou époque. Sa musique monte dans les cieux et perce le coeur par sa beauté et son sens d’émerveillement extatique face au Divin Féminin. En tant que femme qui vécut en Allemagne au Moyen-Age, Hildegard trouva sa dimension spirituelle dans le Christianisme, mais dans une autre époque elle fut peut-être une prêtresse de la Déesse qui exprimait son amour pour le Divin qui se manifeste dans le monde naturel.

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Loughcrew, contée de Meath, Irlande

Entrer en communion sur les tumulus des fées

Le mot viriditas m’est arrivé quand je me trouvais ce printemps sur les vertes collines de Loughcrew, contée de Meath, Irlande, un site néolithique qui fait partie de l’ensemble de Newgrange et Knowth, un lieu crée par la nature et modelé par la main de l’homme il y a plus de 5000 ans. La « soeur » la plus celebre de Loughcrew, Newgrange, est alignée au Solstice d’Hiver, mais à Loughcrew c’est l’aube de l’Equinoxe de Printemps qui pénètre dans la cavité de la colline en illuminant la chambre sépulcrale pour symboliser le renouvellement. Loughcrew est l’un des lieux dans lesquels le monde des hommes et celui des fées s’approchent. C’est comme si des présences invisibles se trouvent derrière la ligne des arbres qui suivent le chemin vers le haut des tumulus. L’air est pleine d’un son intense, le son des oiseaux qui chantent. Et pendant que l’on écoute le chant des oiseaux c’est facile de retourner dans le passé, et voir nos ancêtre qui marchent vers les collines pour arriver au lieu de leur pèlerinage. Dans le monde les etres humains ont créé des lieux sacrés où les communautés pouvaient se rencontrer pour honorer les symboles et les valeurs partagés; pour s’approcher aux Dieux et pour s’approcher entre eux.l’un des aspects les plus important du Paganisme contemporain a été celui de recréer ces reunions; se réunir pour les festivités de la communauté qui célèbrent notre style de vie et nos valeurs, et rencontrer d’autres personnes lointaines qui les partagent avec nous.

Newgrange 2016 3

Newgrange, Irlande

Communitas

Se connecter avec les autres sur notre chemin spirituel peut être difficile, mais construire un sens de communitas, communauté avec les autres, est aussi important que de se connecter avec la nature. Beaucoup de païens pratiques principalement en solitaire, mais l’interconnexion sociale est l’une des forces motrices du comportement humain. En Irlande, à Loughcrew, Newgrange et Knowth, on voit une hérédité de 5000 ans faite par un ensemble d’efforts collectifs humains extraordinaires qui impliquèrent le déplacement de milliers de tonne de terre et pierres, qui a exigé beaucoup de siècles pour être érigé. Autrefois, les pyramides égyptiennes étaient considérées comme les constructions humaines les plus anciennes, mais chaque décennie apporte des nouvelles découvertes archéologiques. On sait que les structures mégalithiques européennes sont plus anciennes. Où je vis en Bretagne, au nord-ouest de la France, il y a une chambre sépulcrale de 7000 ans. Dans la Turquie orientale il y a des sites sacrés qui dates 12000 ans ou plus. Chaque découverte archéologique déplace la ligne du temps en arrière. Et ces structures sophistiquées, faites seulement en utilisant des objets en pierre ou bois, répondent au besoin humain contemporain de retrouver nos origines les plus anciennes.
Quand on se trouve dans un site ancien, on ressent une partie du mystère et de la merveille qui ont poussé les anciens peuples à le créer. Même s’ils ne sont pas nos ancêtres de sang, on se sent en continuité spirituelle avec eux. On est en empathie avec ce qu’ils cherchaient à obtenir et on les remercie pour nous avoir laissé en hérédité ces symboles de foi et révérence. Ils sont un rappel très puissant, quand la construction d’un Paganisme post-chrétien semble difficile, quand on vacille face à la vastité du Grand Oeuvre. La vision de nos ancêtres était projetée vers les siècles futures, en travaillant pour quelques chose dont ils n’auraient pas pu jouir. Chaque contribution que l’on donne c’est comme poser une autre pierre sur le cairn, un autre seau de terre sur le tumulus, on construit lentement mais, pas à pas, on le construit.

High altar Clonegal Castle 2016

Autel principal au Clonegal Castle, Irlande

Nager dans le signe des Poissons

de Vivianne Crowley

(Trad. Valentina Ferracioli)

Mes pensées sont comme des poissons –
grands, petits,
un poisson solitaire ou en banc,
gentils et menaçants:
Je suis l’océan.

En bas dans les profondeurs de l’inconscient
ce sont les plus cachés qui nagent –
ceux qui ne connaissent pas l’humanité.
Certains sont aveugles –
mais ils voient ce que je ne vois pas.
Eux aussi n’ont pas besoin de moi pour exister.

De temps en temps une anguille électrique –
belle, inattendue, surprenante – me réveille,
et puis les grandes baleines dans leur groupes
des pensées sages, déterminées et intelligentes.
Elles aussi n’ont pas besoin de moi.

Vivianne Crowley

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Alors qu’on passe de février à mars, on entre dans le signe astrologique des Poissons, le douzième signe du zodiaque. Dans un thème astral, les Poissons sont associés à la douzième maison du thème, la maison liée aux idées et aux visions qui émergent de l’inconscient.
Beaucoup de traditions spirituelles enseignent que pour évoluer spirituellement il faut connaître qui et ce qu’on est. Beaucoup de cela se trouve caché sous la surface des eaux de l’inconscient. On trouve des traces et des suggestions dans nos rêves et pendant nos méditations ou rêveries. Des fois cela arrive tout simplement – soudain on a des visions à travers nos rêves, ou à travers l’art ou l’écriture creative, et on découvre des choses qu’on connaissait mais qu’on ne savait pas de connaître. Mais des fois on doit consciemment s’arrêter, distinguer et attendre. Pour faire cela on doit prendre du temps dans ce monde frénétique et chargé , et s’arrêter pour « être » tout simplement.

Chercher du temps pour « être »

Ce n’est pas du tout facile. Nous êtres humains sommes des créatures très complexes avec beaucoup de besoins qui nous mènent dans différentes directions et la société nous encourage vers certaines directions plutôt qu’autres. Au cours des ces derniers siècles, dans la culture occidentale, l’idée de prendre du temps pour « être » n’a pas eu de valeur. Même dans les pays les plus catholiques, l’éthique protestante du travail a été tellement adoptée que l’on a été encouragé à passer les heures du jour en travaillant et en gagnant de l’argent pour pouvoir consommer, et puis à travailler pour pouvoir gagner encore et consommer encore plus. Cette folle et insoutenable spirale est en train de pousser le sociétés à la limite et nous, qu’on est piégé dans ce cycle, on est aussi poussé à la limite. Cela ne signifie pas qu’on doit faire semblant d’être des hippies des années 1960 en s’éloignant pour se syntoniser. Le monde a besoin de notre engagement et non de notre désengagement, d’affronter les problèmes plutôt que de les éviter. Mais on pourrait mieux fonctionner et faire des choix plus saines dans un monde plus sain si seulement on se prenait du temps pour s’arrêter, pour assimiler notre expérience, pour réfléchir et nous rappeler ce qui est vraiment important et ce qui nous rend heureux. Cela signifie de prendre du temps pour se concentrer sur le spirituel et sur le matériel, sur « être » et faire.

Intensifier le moment

Paradoxalement, prendre du temps pour « être » ne signifie pas perdre du temps, ou gâcher du temps qu’on pourrait utiliser de manière plus productive. Cela nous donne plus de temps. Rempli, en ayant bu de la source de l’être, on peut faire beaucoup plus par rapport à quand on est stressé, épuisé et fatigué. Prendre quelques minute de concentration peut élargir nos horizons et nous rendre plus ouvert aux nouvelles possibilités. Souvent si on participe à des activités rituelles, il nous semble que des heures entières soient passées, mais en réalité on est resté dans cet espace sacré à peine une heure. C’est parce que pour une fois on était concentré entièrement sur ce qui se passait autour de nous dans le moment présent. Pendant cet états de concentration , notre conscience ne passe pas continuellement d’une chose à l’autre, en se focalisant sur ce qui se trouve autour de nous, puis sur ce qui nous inquiétait hier, puis sur ce qu’on doit faire demain, et puis se demander ce que les autres personnes sont en train de faire.

Entrainer la concentration

On peut beaucoup obtenir quand nos cerveaux ne sont pas engagés en ce que d’habitude on appelle « multi-tasking » qui n’est pas ce qu’on pense. Quand on pense être multi-tasking en réalité notre attention passe continument d’une activité à l’autre. Cela rend vraiment difficile de développer un entrainement créatif de notre pensée. On est constamment en train d’interrompre le flux e le reflux des idées bien avant qu’on puisse les développer. Avez-vous jamais essayé de faire de l’écriture creative pendant que Facebook, Instagram ou votre mail restent ouverts en arrière-plan? C’est bien si on doit faire du travail mondain, mais si on doit penser profondément il nous faut de la concentration.

Flotter sur la mer de l’esprit

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Souvent l’image associée au concept d’ « esprit » est celle du ciel ou des domaines de l’air. On à « la tête dans les nuages » et on « souffle les toiles d’araignée ». Mais l’esprit peut être aussi comme l’élément eau – un ruisseau cristallin de montagne, une source d’eau fraiche dans le désert, la grande mer qui connecte toutes les choses.
Donc avant que l’énergie de l’Equinoxe de Printemps approche, utilisons cette periode du signe d’eau des Poissons pour entrer dans les eaux, pour nager dans la mer des nos esprits, et prendre du temps pour expérimenter ce qui se trouve dedans. Cela ne signifie pas rester à l’intérieur et méditer. On peut le faire pendant un rituel ou pendant une promenade méditative – tout ce qui peut nous aider à nous reconnecter avec ce qui est important; ce qui se trouve au delà de nos préoccupations, nos anxiétés, nos espoirs et joies quotidiennes.
Quand on arrive à ces moments de calme sous le manteau changeant des saisons, alors on peut se concentrer sur qui et ce qu’on est et sur l’expérience en appréciant chaque moment, chaque respire, et chaque goutte précieuse du Graal du Vin de la Vie.

Honorer deux femmes spirituellement puissantes: Jean Williams et Olivia Robertson

de Vivianne Crowley (Trad. Valentina Ferracioli)
Janvier est le mois du dieu romain Janus, dieu des portes et des passages, des entrées et des sorties. Même si on célèbre une date différente pour le début de notre année sacrée, le 1er janvier, comme début de l’année séculaire, est un bon moment pour regarder en arrière et en avant. Janus était un dieu avec deux visages, l’un tourné vers le passé e l’autre vers l’avenir. Pendant cette période c’est normal de réfléchir sur ce qui a été et sur nos espoirs pour l’année qui vient.

Réfléchir sur le 2015

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Jean Morton-Williams (1928-2015), gauche; Olivia Durdin-Robertson (1919-2013), droite

Pour beaucoup d’entre nous le 2015 a été une année de mort; parfois des personnes près de nous, parfois des personnes tuées par la terreur et la violence. Je croyait que la période de la mort était finie pour moi en novembre en Irlande, quand j’ai visité la tombe des mes grands-parents, mes oncles et celle de Olivia Durdin-Robertson (1919-2013) de la Fellowship of Isis. Malheureusement ce n’était pas fini. À la veille de Noël la triste nouvelle d’une mort subite en famille, et le jour de Noël une autre triste nouvelle, la mort d’une amie pendant plus de quarante ans, Jean Morton-Williams (1928-2015), Grande Prêtresse du Bricket Wood coven, fondé par Gerald Gardner, magicienne rituelle, auteur et, pendant plusieurs années, Secrétaire et puis President de la Pagan Federation.

Une vie spirituellement riche

Olivia et Jean étaient plutôt âgées quand elles sont mortes. Olivia avait 96 ans et Jean 87. Avec des vies si longues on peut penser qu’elles ont vécu jusqu’au fond. Bien sûr, toutes les deux ont vécu une vie spirituellement riche, dévouée au travail pour la Déesse. Elles ont été deux prêtresses rituelles pendant plusieurs années, mais aussi des auteurs, et guides de plusieurs groupes spirituels très important. Toutes les deux avaient une forte présence rituelle. Etre avec Olivia dans ses temples chez elle au Clonegal Castle en Irlande , quand la prêtresse oracle prononçait les paroles de la Déesse, c’était très émouvant. C’était également émouvant de voir Jean dans le rôle de Prêtresse pendant l’une des Messes Gnostiques qu’elle et son mari ont célébré pendant plus de 25 ans, quatre fois par année dans leur temple à Londres. Une invitation à ces Messes était chérie par les païens et les occultistes anglais.
Ces deux femmes ont su mêler avec grâce le niveau spirituel et celui mondain qui, dans le cas de Jean, inclut aussi une carrière comme psychologue qui mena à la direction de la plus grande organisation anglaise de recherche sociale indépendante, SCPR, plus tard renommée NatCen. A travers leur travail elles ont dépassé les barrières. L’une des premières aventures magiques de Jean et Zach fut la création d’une série de conférences ‘Bridges and Boundaries’ (‘Ponts et Confins’ NdT) pour réunir les communautés païennes et ésotériques, et Jean a été l’une des forces qui ont mené à l’ouverture de la Pagan Federation, initialement à majorité wiccane, vers la communauté païenne plus vaste. La vision d’Olivia pour la Fellowship of Isis était également ouverte et inclusive. La Fellowship avec sa doctrine et structure minimale a été fondée pour réunir les gens appartenant à différents parcours spirituels pour honorer le Divin Féminin et pour trouver une place pour la Déesse dans le temple du coeur.

Vivre la vie à fond

Jean et Olivia ont vécu une vie pleine et heureuse pendant les dernières années. Dans le cas de Jean, elle a passé plus de 25 ans en travaillant pour le développement de la Pagan Federation. Ses premiers écrits académiques comme, ‘The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions’ (Sykes and Moreton-Williams 1997) ont fait place aux écrits plus ésotériques mais également profonds. Après The Gods within (Williams and Cox 2008) cet été un autre livre de rituels a été publié The Play goes on (Cox, Williams and Friends 2015). Malgré leur age, elles nous ont laissé trop tôt. Elles étaient deux femmes magiques et puissantes mais humbles, libres penseuses qui ont eu un grand impact sur leur communauté spirituelle, à travers leurs écrits, leur présence rituelle, et leur vaste réseau de contactes internationaux. Elles sont mortes mais elles avaient encore beaucoup de choses à donner.
Tout cela me mène à une dernière réflexion sur l’année 2015 en contemplant la vie des ces deux femmes extraordinaires qui ont touché ma vie. Jean Williams était bien moins publique que Olivia Durdin-Robertson et une auteur moins prolifique, mais elle était une figure centrale dans la communauté occulte et païenne anglaise. Seulement certaines rares interviews peuvent être repérée sur internet, comme celle publiée dans Wiccan Rede (Russell 2004), mais elle apparaît presque anonymement dans les recherches de certains païens académiques: ceux qui travaillent derrière la scène sont aussi important que ceux qui sont au centre de la scène. Sans surprise, Jean ne voulait pas devenir President de la Pagan Federation. Moi et autres on a longtemps discuté pour la convaincre que c’était le moment pour elle de prendre un rôle centrale. Etant née à la cuspide entre Cancer et Lion, elle préférait guider de manière discrète, mais à la fin elle le fit.

Lumière inspirante

Olivia et Jean étaient deux personnes qui ont inspiré les autres à devenir ce qu’ils étaient et à trouver leur propre place dans la vaste communauté. Elles étaient deux femmes puissantes qui donnaient le pouvoir aux autres. Elles étaient très bien conscientes de l’importance de faire beaucoup de choses et elles savaient que le temps ne s’arrête pas. En sachant cela, elles ont pu donner beaucoup.
À la fin de cette année, on peut honorer leur vie et mémoire en faisant exactement ce qu’elles ont fait – en se mettant au service des autres, en ne renvoyant pas à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui, et en sachant que, même si on vit longtemps, pour quelqu’un de nous il n’y aura jamais assez de temps pour faire tout ce que l’on peut faire.
Que ce 2016 soit une année de créativité, pour donner aux autres, en faisant un très bon usage de ce qu’on peut donner au monde. Autour de nous il y a beaucoup d’obscurité, mais les vies de ceux qui nous inspirent sont comme de la lumière dans l’obscurité; une lumière qui nous permet de voir ce que chacun de nous peut faire pour honorer la Déesse, quel que soit son nom, Elle qui est Isis aux Mille Noms.

Le seul moment qui est réel pour nous est ce du passage,
parce que seulement maintenant on a le pouvoir d’utiliser notre libre volonté.
Le passé est un monde phantasme immuable et fixe qui s’éloigne de nous,
et le futur, jusqu’à ce qu’il devient le temps pour le présent, n’existe pas.
(Olivia Robertson. Field of the Stranger, 1948, 70)

Références

Cox, Zachary, Jean Williams, and Friends. The Play goes on: Rituals of the Rainbow Bridge. London: Starfire Books, 2015.
Crowley, Vivianne. « Olivia Durdin-Robertson: Priestess of Isis. » In Female Religious Leaders in New Religious Movements, edited by Inga Bårdsen Tøllefsen and Christian Giudice. London: Palgrave-Macmillan, 2017-in preparation.
Pagan Pathfinders. « Jean Williams and Zach Cox Activities: The Gnostic Mass by Aleister Crowley. » Pagan Pathfinders. 2011. http://www.paganpathfinders.co.uk/projectss.html (accessed December 27, 2015).
Robertson, Olivia. Field of the Stranger. London: Peter Davies Limited and The Book Society, 1948.
Russell, Ash. « Pagan Pathfinder Extraordinaire: An Interview with Jean Williams. » Wiccan Rede Online: Magazine for Wicca and Modern Witchcraft. 2004. http://wiccanrede.org/2014/07/pathfinder-extraordinaire-an-interview-with-jean-williams-part-1/ (accessed December 28, 2015).
Sykes, Wendy, and Jean Moreton-Williams. « The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions. » International Journal of Market Research 39, no. 1 (1997).
Williams, Jean, and Zachary Cox. The Gods within: The Pagan Pathfinders Book of God and Goddess Evocations. London: Moondust Books, 2008.

Les Bénédictions du Solstice de Belisama

de Vivianne Crowley

Traduction Valentina Voxifera  

  

Au Solstice d’Eté chez nous en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, on invoque Belisama, la Brillante, la Dame de l’Eté. Certains disent qu’elle est la lumière brillante du soleil; d’autres disent qu’elle est plus fougueuse, la Dame des Batailles et des Flèches. On la retrouve en France et dans la région de Milan au nord de l’Italie, où les tribus celtiques sont venues chercher des nouvelles terres.

Retrouver la Déesse du Territoire

Le paganisme breton se trouve juste sous la surface, sa culture a été protégée pendant des siècles par la langue bretonne, que seulement les bretons connaissent. Le Christianisme et le Paganisme se fusionnèrent et les anciens chemins furent cachés sous l’apparence du nouveau. Les autels romains de Mithra furent inclus dans les églises chrétiennes. Les statues des déesses gallo-romaines rapparièrent comme Vierges.
Les anciennes divinités bretonnes vivent et on a découvert qu’en faisant des rituels à l’extérieur, les divinité qu’on invoquait d’habitude dans notre temple à Londres ne nous parlaient pas sur cette terre riche, ni dans la salinité du vent, ni à l’ombres des pierres érigées vers un ciel étoilé. Lors des nos premiers rituels dans le cercle de pierre qu’on a créé, on invoquait les quatre directions en utilisant les images de la traditions celtique – l’aigle à l’est, la jument blanche au sud, le saumon à l’ouest et le taureau noir au nord. Comme les noms des dieux qu’on utilisait en Angleterre et en Irlande ne semblaient pas corrects, on invoquait le Déesse et le Dieu comme « Dame » et « Seigneur ». Puis lors d’un rituel on était assis autour d’un feu et on a attendu. On écoutait le vent dans les arbres, les cris des hiboux, les bruissements des animaux curieux entre les buissons, venus voir notre rituel de feu. À la lumière tremblante du feu et le sifflement des arbres, on écoutait attentivement, pour découvrir le schéma divin des ces sons. Des mots arrivaient et on trouvait un signifié.
On écoutait et dans le vent un son arriva. On confronta nos notes. Oui, on avait entendu la même chose. On avait trouvé notre première divinité.L’intuition avait trouvé un nom et la pensée maintenant prenait sa place. On acheta des livres sur l’histoire celtique de Bretagne. On a découvert ainsi le travail de Christian-J. Guyonvarc’h, professeur en études celtiques à l’Université locale de Rennes, et les recherches des historiens bretons locaux, comme Gwenc’hlan Le Scouëzec. On a commencé à découvrir nos Déesses et Dieux. On a découvert Belisama et on a commencé à l’adorer.

La Déesse Dorée

La mer qui entoure la Bretagne de trois cotés porte avec elle les brumes, la pluie, le vent et le soleil. C’est une terre aux longue soirées dorées d’été, quand le coucher teint le ciel d’ambre, orange, abricot et rose. C’est cette lumière dorée qui a attiré en Bretagne au dix-neuvième siècle des peintres comme Paul Gauguin pour peindre « Le Christ Jaune » et « Meules de foin en Bretagne ». On a découvert que c’est Belisama la déesse des étés dorés qui commence à Beltane. Dans les longues soirées dorées, les rayons du soleil transforment les cristaux de quartz de notre ferme et ils brillent d’une lumière dorée. On ressent la présence de Belisama dans le cercle et tout autour quand les journées d’été commencent à s’allonger. On la ressent comme de l’énergie, dorée et lumineuse, joyeuse et créative. Il y a le rire et la force. On ne la ressent pas comme Vierge ni comme Mère; mais comme déesse amante qui prend comme amant ceux qu’elle veut et qui donne son amour à tout le monde.

Feu et eau

Au Solstice quand le soleil est au maximum de sa force, on entre dans le signe astrologique du Cancer. Le Solstice porte avec lui les énergie du feu et de l’eau à la fois, l’eau des plaisantes pluies d’été. Dans notre travail rituel avec Belisama elle vient à nous comme une déesse solaire et de l’eau. Nos étés bretons ce sont les été du soleil et des averses, donc cela a du sens chez nous. Pendant nos recherches, on a decouvert qu’il y a un lien avec l’eau. Le géographe romain Ptolémée enregistra le nom d’un fleuve au nord-ouest de l’Angleterre, appelé maintenant Ribble, Belisama. On a remarqué que notre vision de Belisama est tout à fait semblable à l’image de la carte des tarots des Etoiles. On la voit très souvent près des ruisseaux dans lesquels coule de l’eau fraiche. On la voit se promener sur les rives antre le joncs et les fleurs. On invoque Belisama quand nos initiés italiens viennent nous voir de Milan. Quand la déesse est invoquée, la pleine lune monte grande et dorée. On voit ici une autre image de Belisama. Est-elle la lune dorée d’été que l’on voit très souvent resplendir sur notre terre dorée?

S’approcher à nos Dieux

Dans beaucoup de traditions païennes à mystères, l’invocation est le sacrement, le processus  sacré à travers lequel celui qui invoque et l’invoqué créent une identification temporaire entre un être humain et le Divin. Lors de ce moment de fusion, on peut retrouver des visions, des signifiés, de l’inspiration, du pouvoir et, à travers une expérience extérieure, de la sagesse qui peut enrichir notre pratique spirituelle et nos vies quotidiennes.
La spiritualité païenne s’exprime par des symboles plutôt que par des mots pour transmettre un message spirituel. On n’est pas piégé comme certaines religions « du livre » par l’interprétation d’un groupe d’êtres humains dans un temps et un espace bien définis. À travers les symboles, les dieux nous parlent et on peut mieux les comprendre. On invoque Belisama et nos visions et notre compréhension d’elle évoluent. L’importance des symboles dans le spiritualité païenne nous démontre que les idées peuvent évoluer dans le temps – on peut faire des changements, la spontanéité et la créativité rituelles sont encouragées. Belisama est venue à nous dans notre cercle et notre temple. On sait très peu de comment les gens la concevaient et l’adoraient dans l’antiquité. Belisama est comme la lumière du soleil – elle change jour par jour. On se contente de l’adorer comme elle choisit de se manifester et en elle on voit, on connait, on se rappelle de la beauté de l’été.

Benedictions d’été

Que vos divinités viennent à vous quand vous honorez les marées des saisons. Que votre Eté soit riche en prosperité et guerison. Que vous et votre chemin soyez bénis.

Adieu Sir Terry Pratchett

de Vivianne Crowley

Trad. Valentina Voxifera

Quand il est temps que la vie s’arrête, la Mort sera mon premier choix!

Terry Pratchett, Le Dernier Continent, Disque-Monde 22

 

La semaine dernière les médias mondiaux ont annoncé la mort de l’écrivain fantasy anglais Terry Pratchett (28 avril 1948 – 12 mars 2015). Après 70 livres, 70 millions de copies vendues et traduites en 37 langues, et après 44 ans comme écrivain professionnel, l’un des auteur les plus intelligeants et visionnairs est passé dans le Grand Au-delà.

Terry a écrit beaucoup par rapport à la Mort, un être qui prend son travail au sérieux et qui semble souvent surprendre ses victimes.

TU ME DEMANDE, dit la Mort. SI JE SUIS VRAIMENT LÀ, GARÇON?
« Oui », dit Mortimer lentement. « Je…j’ai observé les gens. Elles te regardent mais elle ne te voient pas, je crois. Tu fais quelques chose à leurs esprits. »
La Mort secoua la tête.
ELLES FONT TOUT ELLES-MÊMES, dit-elle. IL N’Y A AUCUNE MAGIE. LES GENS NE PEUVENT PAS ME VOIR, ELLES NE LE PERMETTENT SIMPLEMENT PAS. JUSQU’À CE SUE LEUR MOMENT EST ARRIVÉ, BIEN EVIDEMMENT. LES MAGICIENS PEUVENT ME VOIR, LES CHATS AUSSI. MAIS UN HOMME COMMUN …NON, JAMAIS. Il fit un rond de fumée vers le ciel, et ajouta BIZARRE MAIS C’EST VRAI.

Terry Pratchett, Mortimer, Disque-Monde 4

Terry était bien prêt à regarder la mort dans les yeux.

Un homme à la recherche d’un épée

J’ai rencontré pour la première fois Terry Pratchett il y a un quart de siècle quand on organisait la première conférence de la Pagan Federation à l’intérieur. Terry nous a supporté tout de suite. Il arriva avec son caractéristique Fedora noir et son intervention nous laissa entre les rires et les larmes qui coulaient. Il jugea avec humour l’ensemble très varié de participants à la compétition pour le « Best Magrat ». Si vous ne le savez pas – Magrat Goussedail, Mémé Ciredutemps et Nounou Ogg sont les sorcières du coven de Lancre. À la différence des autres, Magrat est une sorcière New Age, qui utilise avec enthousiasme les cristaux et, ce qui est encore plus outrageux pour Mémé Ciredutemps – les chandelles colorées!

Terry fut bien impressionné par le talent des participants qui donnaient vie à ses personnages. De manière tout à fait impartiale, et bien en avance sur les temps, il conféra les prix à deux femmes et à un homme. Il regarda aussi les épées en vente, mais il ne trouva pas ce qu’il cherchait. Quelques années plus tard, quand il fut fait chevalier par la Reine, il fondit son épée depuis un dépôt de fer triuvé dans un champ près de chez lui à 14 milles au sud de Stonehenge. Il mêla le métal avec du fer météorique. C’était, disait-il « …très magique, tu dois y ajouter ce truc que tu y crois ou pas. »

Un auteur pagan-friendly

Dans les années qui suivirent, j’ai eu l’occasion de mieux connaitre Terry et son humour réchauffait très bien ces heures froides passées dans les backstage entre les nombreuses interventions. Pour être quelqu’un qui se definit athée et puis agnostique, Terry connaissait très bien le Paganisme. Il admirait les œuvres de Ronald Hutton et ses livres sont pleins de ces visions qui sont très familières si on a longtemps fréquenté les groupes païens.

Un lieu de réunion idéal pour les sorcières.

Cette nuit-là un feu brillait au sommet du mont dégarni. Des formes sombres bougeaient dans la lumière tramblotante. La lune planait à travers des dentelles de nuages. Finalement, une grande silhouette en chapeau pointu lança: « Tu veux dire que tout le monde a apporté de la salade de pomme de terre? »

Terry Pratchett, Mécomptes de fées, Disque-Monde 12

La Mort semblait préoccuper Terry

Probablement Terry savait que la mort l’aurait appelé bien avant que lui, sa famille et ses fans l’auraient souhaité. La Mort est l’un des personnages principaux dans ses livres et Terry souvent se réfère à Elle. La recension de son roman Les Tribulations d’un mage en Aurient, Disque-Monde 17 disait:
Terry Pratchett naquit en 1948 et io n’est pas encore mort. Il a commencé à travailler comme journaliste un jour en 1965 et il vit son premier cadavre trois heures après, l’expérience de travail à l’époque etait importante.
En 2007, Terry reçut un diagnostic d’atrophie corticale postérieure (ACP), une forme rare de démence. On pense d’habitude à la démence comme à quelques chose qui affecte la mémoire, mais l’ACP est une progressive dégénération du cortex cérébral postérieur responsable de l’élaboration des informations visuelles. Elle se manifeste à travers une difficulté progressive qui affecte la lecture, l’orthographe, les opérations mathématiques, la capacité de conduire, et l’utilisation et l’identification des objets communs. Pour un écrivain comme Terry, c’était une maladie tragique, mais grâce à la technologie et aux assistants il a réussi à écrire encore des livres jusqu’à la fin de sa vie.

La Mort n’est pas cruelle, elle est juste terriblement, terriblement bonne pour faire son travail.
Terry Pratchett, Sourcellerie, Disque-Monde 5

Après le diagnostic Terry s’occupa d’autres causes. Il devint patron de l’Alzheimer’s Research UK et il donna 1 million $ à l’association. Il commença à se battre pour la légalisation du suicide assisté en Angleterre. En 2010, Terry fut invité comme premier écrivain à tenir le prestigieux et important Dimbleby Lecture. La maladie s’était déjà manifestée, donc Terry invita son ami acteur Tony Robinson pour l’assister pendant son intervention, Shaking Hands with Death (NdT: Serrer la main à la Mort). Terry lança un appel éloquent et touchant en faveur de ce qu’il appelait « solution raisonnable » – que tous ceux qui sont atteint par une maladie irréversible puissent choisir librement comment et quand mourir.

C’est une question qui a toucjé ma vie dejà deux fois. La première fois quand ma mère était en train de mourir à cause d’un cancer et un docteur très sage et empathique nous a aidé à prendre la décision « raisonnable » de laisser et attendre la fin. La deuxième quand j’ai été sérieusement malade. En pendant entre la vie et la mort, j’étais contenté d’aller au delà du confin ou de retourner, mai la terre de personne au milieu n’est pas un lieu où rester.

NE PENSE PAS MOURIR, dit la Mort. PENSE PLUTÔT PARTIR EN AVANCE POUR ÉVITER LA FOULE.
Neil Gailman et Terry Pratchett, Des bons présages, 1991

Mes experiences ont formé ma vision sur la mort assisté, mais la leçon de Terry a ramené la question à mon attention. Cet été-là j’organisait un atelier avec un groupe international de wiccan et on a passé des moments très touchants en parlant de comme cette question a touché nos vies et nos ressentis. Tout le monde croyait en la sainteté de la vie comme cadeau précieux des Dieux, mais beaucoup d’entre nous étaient fermement en accord avec la vision selon la qu’elle les individus sont autonomes, que l’on possède notre corps, et qu’on a le droit de mettre fin à notre vie si on est irréversiblement malade. Plus tard, la même année, j’ai eu la chance de participer à l’événement exclusif de Terry à la Conservative Party Conference pour la légalisation du suicide assisté. Le parti conservateur n’a jamais sympathisé pour les idées non-chrétiennes, mais l’éloquence de Terry, son authenticité et sincerté ont gagné.

Marcher bras dessous bras dessous


Dans son style, Terry a voulu que sa mort soit twittée.

Terry Pratchett @terryandrob

AT LAST, SIR TERRY, WE MUST WALK TOGETHER. 3:06 PM – 12 Mar 2015

(NdT: ENFIN, MONSIEUR TERRY, NOUS DEVONS MARCHER ENSEMBLE.)

Terry Pratchett @terryandrob

Terry took Death’s arm and followed him through the doors and on to the black desert under the endless night. 3:07 PM – 12 Mar 2015

(NdT: Terry prit la Mort par le bras et la suivit à travers les portes et sur le désert noir dans la nuit éternelle.)

Terry nous a laissé trop tôt. Il nous manquera beaucoup et il sera déploré par millions de personnes, mais le travail qu’il a fait pour la littérature et la bienfaisance vivra encore.

Terry Pratchett’s 2010 Lecture can be viewed here: http://www.youtube.com/watch?v=90b1MBwnEHM

En mémoire de Giordano Bruno, martyre

de Vivianne Crowley

Trad. de V.F. Voxifera

L’amour m’a donné une vision tellement haute de la verité…

(Giordano Bruno, ‘De l’Amore’ 1584, 2004 ed., 14)

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(Statue en bronze de Giordano Bruno par Ettore Ferrari (1845-1929), Campo de’ Fiori, Rome)

Le 17 février 1600, les cendres du moine italien Giordano Bruno, victime de l’Inquisition, furent transportées par le vent à travers les fenêtres des habitations de Campo de’ Fiori à Rome. Tous les mouvements politiques et religieux ont leurs martyres – ceux qui préfèrent mourir plutôt que renoncer à ce qu’ils pensent être vrai. Beaucoup d’entre nous ne vivent pas sous un régime politique et théologique qui condamne à mort tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, mais beaucoup de frères et sœurs hors du monde occidental vivent dans cette situation. Et dans cette première période du revival néo-païen, il y a qualqu’un à l’occident qui a encore besoin d’avoir un peu de courage pour manifester des nouvelles idées dans un société parfois sceptique et hostile. Se rappeler de nos héros peut nous aider à retrouver le courage dont on a besoin.

Donc, qui fut Giordano Bruno?

Giordano Bruno (1548-17 février 1600), moine dominicain rebelle, naquit à Nola, près de Naples, et il fut baptisé comme Filippo. Depuis son enfance il eut des experiences mystiques et il voyait des esprits entre les hêtres et les lauriers qui couvraient les pentes du volcan Vesuvio. Les germes du mysticisme païen naturel étaient présents mais, comme tous les autres jeunes garçons intellectuels et spirituels de son temps, il fut orienté vers le chemin de l’Eglise. À l’age de 15 ans il rentra dans un monastère dominicain, où il fut renommé Giordano.
Ce ne fut pas un choix très sage. L’ordre dominicain était tellement dédié à l’orthodoxie religieuse, qu’ils furents chargés d’instituer l’Inquisition. Il n’y avait pas de place pour un esprit investigateur. Giordano était brillant, trop brillant et subversif. Il encouragea ses camarades de séminaire à lire au delà des textes autorisés. Ceci et une pièce satyrique contre la corruption de l’Eglise attirères la rege de ses supérieurs. Après avoir caché un livre hérétique dans les latrines, il echappa juste avant d’être arrêté et accusé d’hérésie.

Les Ombres des Idées

Les pays qui étaient en train de se convertir rapidement au Protestantisme répresentaient un grand défi pour l’Eglise de Rome. Giordano éspera trouver un asile sur, mais les nouveaux protestants lui semblèrent aussi fanatiques et bigots que les chrétiens. Giordano trouva un milieu plus libéral et accueillant à Paris, où le roi resta suffisamment impressionné et lui accorda le titre de professeur. Cela lui donna la possibilité de terminer un des premiers oeuvres les plus importants, De umbris idearum – Les Ombres des Idées(1582), basé sur La République de Platon. Le livre propose une méthode mnémonique utilisant les images du zodiaque – les trente-six décans célestes décrits par Cornelius Agrippa dans De occulta philosophia – et il commençait à montrer la profondeur de ses idées hérétiques.
La chrétienté avait une vision profondément différente de la Terre et de sa place dans le cosmos par rapport à celle d’aujourd’hui. Pour les théologiens, il n’y avait qu’un seul cosmos – celui habité par l’homme, qui fut créé par un seul être divin en six jours, avec la planète Terre au centre, et l’être humain au sommet de la création. Le problème était que l’invention des verres avait donné la possibilité à l’homme d’observer le ciel. Depuis le 16ème siècle, l’invention des téléscopes a permis, en quelques simple observation, de comprendre que la vision religieuse du monde n’était pas correcte. L’astronome polonais Copernic avait déjà déclaré que c’etait le Soleil et non la Terre, au centre du ciel. Giordano était prêt à aller encore plus loin.

À la cour de la Reine Vierge

Giordano alla encore plus loin géographiquement – en Angleterre. À l’age de 35 ans il arriva à Londres, chez l’ambassadeur de France, et il fut accueilli à la cour de la Reine Elisabeth I. La cour élisabethaine était le milieu idéal pour un esprit ouvert. Le magicien et mathématicien Dr. John Dee était l’astrologue personnel de la reine. Pas seulement les hommes, mais aussi les femmes dans la cour, comme Mary Sidney Herbert, Comtesse de Pembroke, étaient des philosophes, des écrivaines, ou elles s’intéressaient à la science, à l’alchimie et à la magie. Giordano fut invité à l’Université d’Oxford pour parler de l’immortalité de l’âme. Ce n’était pas extraordinaire, c’était une croyance normale à l’époque, mais l’immortalité de l’âme pour Giordano incluait la réincarnation aussi et pour cela il n’attira pas la faveur des académiciens d’Oxford. La popularité de Giordano diminua, mais son séjour en Angleterre lui donna la possibilité d’écrire et publier ses oeuvres les plus importantes, comme De la causa, principio e uno – Cause, principe et unité et De l’infinito universo et mondi – L’infini, l’univers et les mondes.
Défier théologiquement des idées bien enracinées était assez dangereux mais Giordano bruno alla au déla de la science. Si la cosmologie chrétienne était incorrecte, alors il fallait reformer la religion. On n’avait pas besoin du Protestantisme, il disait, mais on avait besoin d’une nouvelle forme de religion, basée sur des formes divines évocatives en accors avec les nouvelles révélations scientifiques. Où est-ce qu’on peut trouver une religion pareille? Dans Spaccio de la bestia trionfante – L’expulsion de la bête triomphante (1584) – il répond: dans le Paganisme de l’Ancien Egypte, evidemment. Ce qui était évident pour Giordano devait être évident aussi pour les autres, si seulement il avait la possibilité de les convaincre.

Pas univers mais multi-vers

Aucune des visions de Giordano ne nous étonnerait pas aujourd’hui. En effet il fut un prophète du progrès scientifique, il a prévu beaucoup d’idées contemporaines sur la cosmologie. L’univers n’est pas limité, il disait, mais infini. Il n’y a pas un seul univers mais un multi-vers – un nombre infini d’univers qui contiennent des soleils infinis avec des planètes habitées comme la nôtre, et les étoiles de la nuit sont les soileils des autres univers. Mais Giordano eut la malchance d’être né dans son époque, une époque où la liberté d’expression ne rentrait pas dans les idéaux des pays occidentaux; une époque où on aurait risqué la torture et la mort si on disait des choses qui allaient contre la théologie dominante.
Convaincu à rentre par un faux prétexte, Giordano fut bientôt arrêté, longuement interrogé et emprisonné, jusqu’à ce qu’une liste définitive d’accusations fut déclaré. Outre le reniement de certaines doctrines catholiques, Giordano fut accusé de croire en plusieurs mondes et en leur éternité, de croire en la métempsychose et en la transmigration de l’âme humaine dans les animaux; et de pratiquer la magie et la divination. Ses crimes étaient la science et le Paganisme.
Le 17 février 1600, Giordano paya le prix de ses idées et il fut brulé, après avoir déclaré à ses juges:

Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la récevoir.

Giordano Bruno cité dans Kaspar Schoppe’s letter to Konrad Rittershausen, Rome, 17 février 1600 (Spampanato 1921, 801)

« O esprit … tu sera un feu ardent. »

Petit, maigre, aux cheveux roux et combattif, l’un des premiers livres de Giordano Bruno fut La Cena de le Ceneri – Le Banquet des Cendres(1584), dans lequel il comprend pour la première fois les implications radicales de l’univers héliocentrique de Copernic pour la théologie. Les images puissantes du feu et de la cendre jouent un rôle très important dans ses écrits. Et sa mort dans le feu et la cendre, le jour après le mercredi de Cendres 1600, fut terrible mais peut-être prévue. Et ce ne fut pas une défaite. Giordano brula, mais sa mémoire vit dans les esprits et dans les coeurs de tous ceux qui trouvent dans la science, pas un défi pour la spiritualité, mais émerveillement, étonnement et réverence.

Puisque depuis les cendres du feu, le Phénix est rené,
Et depuis la mort une nouvelle vie nait, bien que sous une forme différente.

Vivianne Crowley (1984)

Références

Bruno, Giordano, Principle and Unity, and Essay on Magic. Cambridge University Press. Richard J Blackwell. Edité par Richard J. Blackwell. Traduit par Richard J. Blackwell. Cambridge: Cambridge University Press. Publié pour la première fois 1584-5, 2004

Crowley, Vivianne. « Review: ‘Cause, Principle and Unity’ by Giordano Bruno. » Heythrop Journal 41, n. 2 (Avril 2000): 252-253

Wicca: A Comprehensive guide to the Old Religion in the modern world 2ème édition. London: Element/Harper Collins. Publié pour la première fois 1996, éd 2003

Firpo, Luigi. Il processo di Giordano Bruno. Napoli: Edizioni Scientifiche Italiane, 1949.

Spampanato, Vincenzo. Vita di Giordano Bruno: con documenti editi e inediti. Messina: G. Principato, 1921.

Qu’ils n’aient pas du pouvoir sur nous

de Vivianne Crowley
(Traduction de V.F. Voxifera)

En septembre 2001, j’étais aux Etats-Unis pour présenter un nouveau livre que j’ai écrit avec mon mari – Your Dark Side. C’est un livre qui parle de la transformation du coté sombre de la personnalité. Le matin du 11 septembre j’étais en train de parler dans une série d’émissions radio et on me posait des questions au téléphone dans la chambre de mon hôtel à New York. Juste après 8.45h, la réception telephonique commença à diminuer. Il y avait des craquements sur la ligne et il y a eu un changement dans les questions. « Que pensez-vous du terrorisme international? C’est une manifestation du coté sombre de la personnalité? » une grande question complexe – et j’ai essayé d’y répondre pendant les derniers dix minutes de l’interview. C’etait le 11 septembre 2001. Pendant que je parlait la première des deux Tours Jumelles a été abattue. Quand moi et mon mari sommes sortis dans la rue, le vol United States 175 avait abattu la deuxième.

Terroriste ou héros, fanatique ou martyr?

charliehebdo07012015
Ce mois-ci on a assisté en Europe à l’acte de terrorisme le plus frappant. Le 7 janvier 2015, deux hommes armés au cri de ‘Allāhu akbar’,‘Dieu est grand’, et ‘le Prophète a été vengé’, ont attaqué le bureau du hebdomadaire satyrique Charlie Hebdo, en tuant douze personnes et en blessant onze personnes. Certains étaient membres de la rédaction de Charlie Hebdo. D’autres étaient de la manutention et de la police. Pourquoi ces hommes ont décidé d’attaquer? Parce qu’ils n’aimaient pas ce que les journalistes et les vignettistes de Charlie Hebdo disaient et dessinaient.
Quand j’ai entendu la nouvelle juste après, j’étais profondément frappée et angoissée. Paris est une ville icône, l’un des berceaux de la civilisation européenne. C’est aussi le berceau de l’art européen et le lieu de naissance de « Liberté, Egalité et Fraternité ». Je me sentais comme si quelques chose qui m’était chère était violée – une violence à mon Paris bien aimé.

Connaître l’ombre intérieure

C’est facile d’étiqueter les actions des terroristes comme « mauvaises ». ça a été ma toute première réaction quand j’ai entendu la nouvelle. Ça a été facile de passer du choc et horreur à la rage et le dégoût, et du degout à la sensation que les personnes qui ont fait cela etaient des aliens et « etrangers », « non-humain »; c’est trop facile de descendre cette pente glissante qui nous fait devenir exactement ce que les terroristes desirent – que leurs ennemis deviennent des semeurs de haine comme eux.
En tant que païenne, je ne crois pas en une force du « mal » externe dans l’univers. J’adhère plutôt à la vision de Mahatma Gandhi:

Les seuls diables sont ceux qui se trouvent dans notre coeur, et c’est là qu’on doit combattre nos batailles.
Mahatma Gandhi

Le mal est un produit humain, qui vient de la peur, de l’ignorance, de la rage et de la frustration. Quand ces pressions s’accumulent, c’est facile de croire qu’il y a une solution simple. La mutilation et la destruction de nos ennemis, l’inquisition, le nettoyage ethnique, les guerres religieuses – ils sont tous nourris par la même illusion – qu’il y a une idéologie bonne, pure et correcte qui peut améliorer ce monde. Si les gens n’adhèrent pas, elles sont mauvaises et il faut les détruire. Une fois que l’on a étiqueté un groupe comme « étranger », ennemi, on peut se persuader que toute action est justifiable afin de protéger ce qu’on pense être juste et précieux.
L’histoire nous montre qu’aucun groupe est immune à cette pensée. Penser « je ne pourrais jamais être comme ça » c’est très dangereux. Si on ne connais pas le pouvoir séduisant de la rage justifiée, c’est très difficile de l’extirper de notre psyché. Et on se retrouve tout à coup dans sa prise. La capacité de faire du mal est typique de notre nature humaine. Elle arrive quand on a la possibilité de choisir. En tant qu’humains on a la possibilité de faire des actes qui servent un bien supérieur ou bien des actes misérables et destructifs. Ces choix, que l’on rencontre quotidiennement, sont sujets à nos émotions contrastantes – amour, haine, pitié, cruauté, avarice, égoïsme et altruisme – qui font partie de la réalité du coeur humain.
Dans le système de Carl Gustav Jung nous êtres humains partageons et héritons une psyché collective, l’inconscient collectif, qui représente l’ensemble des potentialités humaines, bonnes ou mauvaises. Beaucoup d’entre nous n’ont pas eu les experiences extremes de vie qui peuvent nous transfomer en des etres mauvais, mais tout le monde a la capacité de faire du mal. On peut être potentiellement totalement indifférents aux autres, comme on peut être potentiellement compassionnel, souciant et intéressé. Nier l’existence de notre ombre crée bien plus de problème que quand on la reconnaît, même si ce n’est pas trop agréable. Quand on la refuse, nos besoins négatifs – la malice, la jalousie et l’envie – augmentent, et se nourrissent dans l’obscurité. On peut croire que notre haine n’est pas maivaise – mais bonne, correcte et appropriée. C’est le vin enivrant de la colère justifiée, la drogue intoxicante des guerres religieuses et idéologiques.

Défendre ce que l’on aime

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.

Evelyn Beatrice Hall (1907) The Friends of Voltaire,
G. P. Putnam’s Sons, New York, p. 199.

Même si je vis en partie en France, je n’avais jamais entendu parler de Charlie Hebdo, ou ses contenus. Sa diffusion hebdomadaire compte environ 45,000 copies. C’est très petit dans le grand domaine des médias mondiaux – et on le publie en une seule langue – le français. Ceux qui ne veulent pas ne sont pas obligés de lire, de regarder, ou bien de jeter sa haine sur Charlie Hebdo. Maintenant tous ceux qui le désirent peuvent accéder au matériel qui a vexé les deux terroristes. Je dis « tous ceux qui le désirent » parce que personnellement je n’ai pas envie de regarder du matériel qui dénigre les croyances religieuses des autres. Mais je ferais tout ce que je peux pour acheter la dernière copie du journal puisque, en faisant écho aux célèbres paroles d’Evelyn Hall et qui encharnent parfaitement l’esprit de l’écrivain libertaire Voltaire (1694-1778), je respecte le droit de critiquer les croyances des autres.
Quand en 1989 Ayatollah Khomeini en Iran a déclaré que l’écrivain Salman Rushdie était une cible légitime seulement parce que l’Ayatollah n’aimait pas ce qu’il avait écrit dans son roman The Satanic Verses, je suis sortie et j’ai acheté une édition en couverture rigide. Pourquoi? Pas parce que je voulais le lire. J’y ai essayé – et je l’ai trouvé assez ennuyant – mais plutôt parce que je ne voulais pas vivre dans un monde où les fanatiques religieux tuent quelqu’un pour lui empêcher de dire des choses qu’ils n’aiment pas.
Les débats entre païens sur comment s’opposer au mal se transforment en disputes entre ceux que j’appelle paiens « Ancien Testament »  « oeil pour oeil » et les paiens « Nouveau Testament » « aime tes ennemis ». Ayant le Bouddhisme comme « deuxième religion », je suis pour un compromis. Je ne hais pas les terroristes qui ont fait ces horribles choses. Je me refus à me faire infecter par leur rage. Je suis un être humain libre et je choisis de ne pas descendre cette pente glissante. Mais je ne les aime pas non plus. Je permets à ma rage de se transformer en mépris et le mépris est un pas facile vers la pitié. J’ai pitié de ces jeunes hommes qui ont été séduits par le vin enivrant de la haine. J’ai pitié du fait qu’ils ne vivront pas la sagesse de l’âge mûr et qu’ils ne connaitront pas l’inutilité des idéologies qui n’apportent rien de positif à la condition humaine. Je prie que tous ceux qui sont comme eux se réveillent de la fantaisie à la réalité et que nous ayons la force de créer un monde où cette haine n’ait pas de place.
Beaucoup d’entre nous n’ont pas beaucoup de pouvoir dans ce monde. On peut faire seulement ce qu’on peut dans notre petite sphère d’influence. Mais il y a un endroit où l’on peut toujours commencer. C’est dans notre intérieurité. Refuser le mal c’est d’être fort face à la terreur, rester résolu dans nos valeurs et dans nos croyances, pour se refuser de partager la haine des terroristes.

Que la peur du mal n’ait pas de pouvoir sur nous
Que la semence de la haine ne s’enracine pas dans nos coeurs
Que notre volonté soit forte et notre vision soit claire
On vaincra.

‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’

de Vivianne Crowley
(Traduction de V.F. Voxifera)

Si quelqu’un vous demande, ‘Qu’est-ce que Aleister Crowley, Gerald Gardner, Dion Fortune, Doreen Valiente, Kenneth Grant et Margot Adler ont en commun?’ Vous allez peut-être répondre qu’ils sontp tous des auteurs, ou bien qu’ils ont été très importants dans la redecouverte du Paganisme et de l’occultisme. Une autre réponse peut être qu’ils ont tous cité les mots de Carl Gustav Jung dans leurs oeuvres. Pourquoi Jung et pourquoi semble-t-il si important pour eux?
Aleister Crowley (1875-1947) naquit en la même année que Jung et il vécut les mêmes Guerres Mondiales et les mêmes changements dans la culture et société occidentales. Entre Thélème et la psychologie analytique il semble y avoir une grande distance, mais Crowley fut l’un des premiers lecteurs de Jung. En 1919, deux livres l’ont aidé à écrire ‘un traité formidable de quarante cinq mille mots’. Ces oeuvres furent Le Rameau d’or de Sir James Frazer et Psychologie de l’inconscient de Carl Jung. (Crowley, 1979 ed., p. 809).
Qu’est-ce qui a attiré le grand magicien vers l’oeuvre de Jung? Crowley ne fut pas vraiment un grand supporteur de la psychanalyse, mais en la fin de 1916 il écrivait dans l’édition americaine de Vanity Fair:

On n’est pas surpris en apprenent que le docteur Jung de Zurich a refusé quelques conclusion de Freud. Au lieu lier la volonté au sexe, il lie le sexe à la volonté. Donc, inconsciemment, il a ouvert la voie pour le retour de l’ancienne idée magique qui considère la volonté comme aspect dynamique du soi. Chaque individu, selon les initiés, a un but bien définit, et il assume une forme humaine, avec ses privilèges et ses limites, pour accomplir ce but. Cette vérité est bien exprimée en langage magique par la phrase ‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’… (Crowley, 1916)

Trouver un centre

Aleister Crowley

Aleister Crowley

Pour Crowley, le travail de Jung conduit à ses mêmes conclusions – que chacun de nous a un but dans cette incarnation. Crowley considéra cela comme trouver son Vrai Soi, ou la Vraie Volonté. Dans le langage de Jung, ce but est « l’individuation » et le résultat final c’est de trouver le « soi ».

J’ai appelé cette totalité qui transcend la conscience, « soi ». Le but de ce procès d’individuation est la synthèse du soi.

(Jung, 1940, pp. 164, para. 278)

Selon Jung le soi est le soi le plus profonde:

…une conscience qui n’est plus coincée dans le monde personnel, super-sensible et fermé de l’ego, mais elle participe librement dans le vaste monde des intérêts objectifs. …en conduisant l’individu vers une communion absolue, indissoluble et liante avec le vaste monde.

(Jung, 1916/1928/1934, pp. 178, para. 275)

Ceci n’est pas le « moi » que l’on voit dans le miroir chaque matin. Ce n’est pas le produit de cette incarnation, bien que cette incarnation puisse contribuer. C’est plutôt le « soi » que l’enseignement hindou appelle « atman », notre noyau le plus profonde et durable.
Le procès de réalisation du soi inplique un déplacement du centre de conscience, de celui de l’ego à celui du soi. Cela est possible en s’ouvrant à ces parties de la psyché qui sont cachées et inconnues. On commence à sentir cette conscience plus vaste dans le monde du sommeil et du rêve. On peut également y accéder à travers la méditation, la visualisation et le rituel. Ce sont tous des procès qui bien évidemment font partie de la pratique de la plupart des païens.

Accepter l’ « autre »

Le voyage extérieur qui nous met en contacte avec la Nature, avec les Dieux, avec la Déesse, commence inévitablement à nous ouvrir à un endroit intérieur, le monde magique dans notre inconscient. Ce procès, s’il est bien administré, ne mène pas seulement à une ouverture mais à une intégration aussi – une acceptation du fait que les aspects qu’au début on considérait comme « autre », « pas-moi », font en réalité partie de notre être. Cela inclut l’ « intériorité sombre », l’ombre qui est le côté en négatif de notre personnalité que l’on préfère rejeter. Ce procès de réveil, réalisation, acceptation et intégration de l’ « autre » crée un nouveau centre qui entre en tout notre être, ce que Jung appelait « individuation ».

Individuation signifie devenir un « in-dividu », et, vu que l’ « individualité » comprend notre plus incomparable unicité intérieure, cela implique de devenir un avec son propre soi. On peut alors traduire individuation comme « atteindre le soi » ou « auto-réalisation ».

(Jung, 1916/1928/1934, pp. 173, para. 266)

Il y a beaucoup de chemins pour arriver à ce changement intérieur. La plupart des changements spirituels et psychologiques arrivent à travers les « initiations » de la vie quotidienne, quand on devient adulte et on apprend à avoir des responsabilités vers d’autres personnes. Mais une vie spirituellement et magiquement active peut bien accélérer ce procès – si on se prend du temps pour une vie spirituelle. Cela signifie employer son temps pour entrer en communion avec son propre monde intérieur, sa propre psyché profonde, la source de la vision et de l’inspiration. Le rituel, la méditation, la création artistique, l’écriture créative – ce sont des chemins pour l’inconscient et l’inconscient est un portail pour l’inconscient collectif de toute l’humanité. Qu’est-ce que c’est l’ « inconscient collectif »? On peut le voir comme une « zone a-temporale », un état de conscience au delà du temps et de l’espace, au delà du corps et au delà de notre incarnation actuelle. C’est un état de conscience que l’on perçoit et puis qu’on perd, et que l’on perçoit encore. Certaines pratiques du Paganisme – invocation, méditation, contemplation, voyage intérieur – peuvent nous aider à l’atteindre.

On est le Paganisme

Ces pionniers qui ont développé le Paganisme comme on le pratique aujourd’hui, ne sont pas arrivés à ce niveau en publiant des commentaires sur les groupes Facebook, ou en participant à des débats sur la réalité des dieux. Ils sont arrivés à ce niveau en dialoguant avec leur psyché intérieure. Pas tout le monde est un pionnier du Paganisme, destiné à écrire des livres érudits pur les autres; mais on est tous des pionnier parce qu’on est la première génération qui a appris à vivre comme des païens et à construire un Paganisme qui répond aux besoins de générations futures. Comment le Paganisme doit être vécu? Comment notre pratique peut créer un chemin pour l’auto-réalisation qui répond aux nécessités de ceux qui sont portés au changement spirituel? Comment peut-on vivre le paganisme si l’on veux créer quelques chose de nouveau, de beau et puissant qui va améliorer le monde, ou des petites parties? Ce sont les grandes questions qu’on affronte chaque jour, en chaque choix que l’on fait, et comment on choisit et décide de diriger nos énergies et notre temps.

Créer des constellations

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Aucune tradition spirituelle peut avancer au delà des individus qui en font partie, donc notre présent est le mieux qu’on puisse obtenir. Si on veux que le Paganisme se développe et prospère, on doit créer en nous une communion avec les Dieux et avec la psyché plus profonde qui nous change et qui inspire les autres. Tout cela prend tu temps, du temps intérieur. On ne peut pas le faire simplement en écrivant, en encourageant les autres, en organisant, en enseignant – tous ces choses sont importantes, mais ce seront authentiques et durables seulement si elles sont construites sur une véritable expérience spirituelle. Cela ne peut pas être absorbé indirectement, même si les expériences des autres peuvent nous inspirer. Chacun de nous doit créer du temps et de l’espace pour transformer notre intérieur.Chaque homme et chaque femme est une etoile, et pour créer un nouveau Paganisme on a besoin des constellations – des individus en contacte avec leur veritable et authentique soi et qui travaillent en harmonie avec les autres, et on obtien cela seulement en creant l’harmonie en nous-memes. Cela est le defi que l’on doit affronter.

Références

Crowley, A. (1916, December). An improvement on psycho-analysis: The Psychology of the Unconscious – for dinner-table consumption. Vanity Fair , pp. 55, 134.

Crowley, A. (1979 ed.). The Confessions of Aleister Crowley: An Autohagiography (2nd edition. First published 1969 ed.). (J. Symonds, & K. Grant, Eds.) London, Boston and Henley: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1940). The psychology of the child archetype. In C. G. Jung (1968 ed.), The Collected Works of C. G. Jung, Vol. 9, part 1, Archetypes and the collective unconscious (pp. 151-181). London: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1916/1928/1934). The relations between the ego and the unconscious; part 2: Individuation. In C. G. Jung (1966 ed.), The Collected works of C. G. Jung, Vol. 7, Two essays on analytical psychology (pp. 173-241). London: Routledge & Kegan Paul.