Le vert Printemps

de Vivianne Crowley
Trad. Voxifera

Cette année j’ai célébré le printemps dans quatre pays proches. Le printemps a commencé pour moi avec un rituel wiccan en Angleterre. Le deuxième rituel a été au Clonegal Castle en Irlande, la maison-mère de la Fellowship of Isis, et puis au sites néolithiques de Loughcrew, Newgrange et Knowth. Depuis l’Irlande en bateau je suis arrivée au nord du pays de Galles et près des merveilleuses montagnes de Snowdonia pour une autre célébration. Et maintenant je suis rentrée chez moi en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, et je me reconnecte avec la terre en tondant la pelouse qui pousse rapidement, et en dégageant les branches tombées sur notre labyrinthe et notre cercle de pierres, suite aux tempêtes d’hiver. Chaque lieux à ses énergies et traditions uniques, mais en chaque lieux les signes du printemps portent le même message d’espoir, renouvellement, énergie et guérison.

Mon sang est vert

Vivianne at Clonegal Castle 2016

Vivianne Crowley au Clonegal Castle, Irlande

Quand j’étais petite, mon affinité avec les arbres était tellement forte que souvent je disait que mon sang était vert. Quand la sève montait dans l’arbre, mon énergie montait aussi. Je crois que cela est encore vrai pour tous – si on se prenait du temps pour observer. Pour ceux qui entre nous enseignent, aller dans la nature c’est comme boire au puits de la vision. Cela apporte renouvellement, créativité et une nouvelle énergie à transmettre aux autres.
Dans la Wicca on dit que « Si ce que tu cherches tu ne le trouves pas en toi, tu ne le trouveras jamais hors de toi ». Et à chaque année cela semble devenir de plus en plus vrai. Beaucoup de ce qu’on fait en tant que païens c’est de se rappeler, de réunir les fragments du passé pour recréer le tout. Réveiller et rappeler une connaissance qui est déjà en nous. Apprendre à écouter, et à être conscient de ce qui se trouve en nous et autour de nous dans le monde naturel.
Ce qu’il y a de bien dans le cycle des saisons du Paganisme, c’est qu’à chaque festivité on a la chance de se rappeler des origines des aspirations et désirs spirituels de l’humanité, notre émerveillement, révérence et désir de se connecter avec les forces mystérieuses de notre planète et du cosmos au delà. En faisant cela, on dépasse les soucis du présent pour se rappeler qu’ils ne sont que des moments du temps cosmique. Tout passera, tout changera.

Reverdir l’Esprit

Ce printemps marque le troisième anniversaire de mon blog Patheos. Quand, en 2013, je cherchais un titre pour le blog, la phrase « Greening the Spirit » (Reverdir l’Esprit NdT) est arrivée. C’était le printemps, donc il y avait une connexion logique avec ce qui se passait autour de moi dans la nature. Le vert est aussi une phase du processus alchimique et j’avait conduit un atelier sur l’alchimie spirituel l’année précédente. Si vous êtes familier avec la Qabbalah des mystères occidentaux, vous pouvez associer le vert à Netzach dans sa transition vers l’or de Tiferet. Les émotions personnelles et l’amour commencent un voyage de transformation en un amour plus vaste et profond qui connecte l’humanité entière et l’univers au delà. Dans un autre sens ésotérique, le vert est associé au renouvellement et à la renaissance, ce pour cela que les Egyptiens représentaient Osiris ressuscité avec le visage vert.

Viriditas

Le vert apparaît aussi dans l’ouvre de l’une des femmes mystiques que je prefère, Hildegard von Bingen (1098-1179). Elle utilisait le mot latin viriditas pour exprimer les qualités essentielles du Divin selon elle – vitalité, fécondité, fraicheur, abondance et croissance. Écrivaine, artiste, prophète, enseignante, docteur et visionnaire, Hildegard aurait été une guide spirituelle formidable en toute tradition ou époque. Sa musique monte dans les cieux et perce le coeur par sa beauté et son sens d’émerveillement extatique face au Divin Féminin. En tant que femme qui vécut en Allemagne au Moyen-Age, Hildegard trouva sa dimension spirituelle dans le Christianisme, mais dans une autre époque elle fut peut-être une prêtresse de la Déesse qui exprimait son amour pour le Divin qui se manifeste dans le monde naturel.

Loughcrew_Creative Commons

Loughcrew, contée de Meath, Irlande

Entrer en communion sur les tumulus des fées

Le mot viriditas m’est arrivé quand je me trouvais ce printemps sur les vertes collines de Loughcrew, contée de Meath, Irlande, un site néolithique qui fait partie de l’ensemble de Newgrange et Knowth, un lieu crée par la nature et modelé par la main de l’homme il y a plus de 5000 ans. La « soeur » la plus celebre de Loughcrew, Newgrange, est alignée au Solstice d’Hiver, mais à Loughcrew c’est l’aube de l’Equinoxe de Printemps qui pénètre dans la cavité de la colline en illuminant la chambre sépulcrale pour symboliser le renouvellement. Loughcrew est l’un des lieux dans lesquels le monde des hommes et celui des fées s’approchent. C’est comme si des présences invisibles se trouvent derrière la ligne des arbres qui suivent le chemin vers le haut des tumulus. L’air est pleine d’un son intense, le son des oiseaux qui chantent. Et pendant que l’on écoute le chant des oiseaux c’est facile de retourner dans le passé, et voir nos ancêtre qui marchent vers les collines pour arriver au lieu de leur pèlerinage. Dans le monde les etres humains ont créé des lieux sacrés où les communautés pouvaient se rencontrer pour honorer les symboles et les valeurs partagés; pour s’approcher aux Dieux et pour s’approcher entre eux.l’un des aspects les plus important du Paganisme contemporain a été celui de recréer ces reunions; se réunir pour les festivités de la communauté qui célèbrent notre style de vie et nos valeurs, et rencontrer d’autres personnes lointaines qui les partagent avec nous.

Newgrange 2016 3

Newgrange, Irlande

Communitas

Se connecter avec les autres sur notre chemin spirituel peut être difficile, mais construire un sens de communitas, communauté avec les autres, est aussi important que de se connecter avec la nature. Beaucoup de païens pratiques principalement en solitaire, mais l’interconnexion sociale est l’une des forces motrices du comportement humain. En Irlande, à Loughcrew, Newgrange et Knowth, on voit une hérédité de 5000 ans faite par un ensemble d’efforts collectifs humains extraordinaires qui impliquèrent le déplacement de milliers de tonne de terre et pierres, qui a exigé beaucoup de siècles pour être érigé. Autrefois, les pyramides égyptiennes étaient considérées comme les constructions humaines les plus anciennes, mais chaque décennie apporte des nouvelles découvertes archéologiques. On sait que les structures mégalithiques européennes sont plus anciennes. Où je vis en Bretagne, au nord-ouest de la France, il y a une chambre sépulcrale de 7000 ans. Dans la Turquie orientale il y a des sites sacrés qui dates 12000 ans ou plus. Chaque découverte archéologique déplace la ligne du temps en arrière. Et ces structures sophistiquées, faites seulement en utilisant des objets en pierre ou bois, répondent au besoin humain contemporain de retrouver nos origines les plus anciennes.
Quand on se trouve dans un site ancien, on ressent une partie du mystère et de la merveille qui ont poussé les anciens peuples à le créer. Même s’ils ne sont pas nos ancêtres de sang, on se sent en continuité spirituelle avec eux. On est en empathie avec ce qu’ils cherchaient à obtenir et on les remercie pour nous avoir laissé en hérédité ces symboles de foi et révérence. Ils sont un rappel très puissant, quand la construction d’un Paganisme post-chrétien semble difficile, quand on vacille face à la vastité du Grand Oeuvre. La vision de nos ancêtres était projetée vers les siècles futures, en travaillant pour quelques chose dont ils n’auraient pas pu jouir. Chaque contribution que l’on donne c’est comme poser une autre pierre sur le cairn, un autre seau de terre sur le tumulus, on construit lentement mais, pas à pas, on le construit.

High altar Clonegal Castle 2016

Autel principal au Clonegal Castle, Irlande

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‘Et au delà de la mort je donne la paix et la liberté…’

de Vivianne Crowley 
Traduction de V.F. Voxifera

On est en train d’entrer dans le signe astrologique du Scorpion, quand notre esprit tourne naturellement vers la mort. Reconnaître la réalité de la mort c’est quelques chose que l’on fait – et que l’on ne fait pas. La plupart de nous hésite entre l’acceptation théorique et l’indifférence. Quelqu’un de nous a perdu des parents ou amis pendant l’adolescence ou à vingt ans et on a du faire face à la mort et à la douleur très tôt . On peut perdre les parents et les elders spirituels, et on trouve que les gens de notre génération tombent malades et meurent, parfois bien plus tôt que prévu.
Quand il atteignit sa quarantaine, le célèbre psychologue Carl Gustav Jung (1875-1961) écrivit dans son journal personnel Le Livre Rouge:

On a besoin de la froideur de la mort pour voir plus clairement. …Si j’accepte la mort, alors mon arbre devient vert, puisque la mort accroit la vie. Si je plonge dans la mort qui englobe le monde, alors mes bourgeons s’ouvrent. Que notre vie a besoin de la mort!
La joie pour les petits riens arrive à toi seulement quand tu as accepté la mort … Si tu accepte la mort, c’est à la fois comme une nuit glaciale et un pressentiment angoissant, mais c’est une nuit glaciale dans une vignoble pleine de doux raisins. Tu prendra bientôt plaisir de ta richesse. La mort fait mûrir. On a besoin de la mort pour pouvoir récolter les fruits. Sans la mort, la vie n’a pas de sens, puisque ce qui dure longtemps se lève encore et nie sa signification. Pour être, et réjouir de ton existence, tu as besoin de la mort, et cette limitation te permet d’accomplir ton existence.

Carl Gustav Jung, Liber Novus/Le Livre Rouge, 2009 ed., 274-275.

Il croyait qu’en affrontant la réalité des limites de la vie humaine cela faisait du bien. L mort peut nous aider à apprécier la vie.

Conscience au delà du corps

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Beaucoup de païens croient que la mort n’est pas la fin de l’existence. Etant païens, on est les héritiers des anciennes traditions à mystères. L’une des finalités du processus initiatique était celle d’apprendre aux initiés la réalité de la vie après la mort. L’initié était exposé à des rituels et symboles qui causaient en lui un changement intérieur qui faisait passer un message à propos de son endurance. Ce n’est pas le « moi » constitué par l’ensemble des expériences d’une seule incarnation, mais c’est quelques chose de plus profond, et sans limites.

Qu’est-ce que c’est ce genre de conscience? Parfois on l’aperçoit, on la goute, et on en fait l’expérience. Pendant nos méditations les plus profondes, quand on est seul dans la Nature, et parfois pendant des moment intenses d’amour, sexe, douleur, initiation. Si l’on a de la chance, on a eu des expériences spirituelles qui nous ont appris que le corps n’est pas le borne de notre existence; que la façon par laquelle nos sens perçoivent le temps et l’espace n’est qu’un élément momentané, une représentation de la réalité transmise dans les limites des nos sens et leurs capacités. Les expériences de synchronicité, télépathie, rêves prémonitoires, rencontres surnaturelles, et les expériences hors du corps, comme les rêves lucides nous permettent de comprendre que notre conscience et l’image que l’on a de soi peuvent être séparés du véhicule physique du corps.

Les expériences de mort-retour, pour ceux qui l’ont testé, peuvent nous transmettre ce que les anciens mystères ont appris – que la conscience existe au delà du corps. Ce genre d’expérience est éxperienciel et individuel. Il ne peut pas convaincre ceux qui ne l’ont pas testé. Ce n’est pas quelques chose que l’on peut expliquer avec des mots et des argumentations rationnelles; ni émotionnelles. Ce n’est point question de satisfaire un désir ni de se défendre contre la réalité de notre mortalité. Ce sont des expériences qui sont réelles, ineffables, profondes et qui changent la vie.

L’expérience de mort-retour de Carl Jung

Dr Carl Gustav Jung (1875 - 1961) (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Dr Carl Gustav Jung (1875 – 1961)
(Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Carl Gustav Jung eut ce genre d’expérience en 1944 quand il avait 68 ans. Il souffrit à cause d’une fatalité commune dans la vieillesse – une chute sur le verglas. Il glissa et il se cassa le péroné. Puis, après dix jours, il eut une crise cardiaque et commença à mourir. Tout à coup, il se retrouva à flotter 1000 miles au dessus de la Terre. Les mers et les continents brillaient au dessous de lui et il put distinguer le désert arabe et les sommet enneigés des montagnes de l’Himalaya au nord des Indes, des images qui devaient être encore immortalisés à travers les voyages dans l’espace. Puis une grande structure monolithique noire se dressa devant lui. Il comprit que c’était un temple, et à l’entrée il vit un gourou hindou assis dans la position du lotus. Il ressentit que son existence terrestre avait été dépouillée, et rien ne restait sauf son essence, le coeur de son existence. Il était en train d’avancer et entrer dans le temple, quand son médecin apparut dans la vision et lui dit que son départ était prématuré; et beaucoup de personnes priaient pour son retour. Jung fut vraiment déçu quand la vision se termina tout à coup.

L’expérience eut un impacte profond sur sa vie. La dépression et le pessimisme qu’il avait ressenti pendant la Seconde Guerre Mondiale disparurent. Il décida d’abandonner son emploi dans l’université et de se dédier à son dernier travail important – ses recherches sur l’alchimie, la religion et le Gnosticisme. Il était détermine à utiliser le temps qui lui avait été donné et les dernières dix-sept années de sa vie de 68 à 85 ans furent les plus productives.

Le ‘moi’ et le corps ne coïncident pas

Tout le monde n’a pas eu des expériences traumatiques comme celles de mort-retour qui peuvent aider à se focaliser sur ce qui est vraiment important, mais les expériences spirituelles de transcendance, que beaucoup d’entre nous ont trouvé dans les rituels et dans les méditations, jouent presque le même rôle en nous apprenant que le « moi » et le corps ne coïncident pas. À travers notre pratique païenne, on a le privilège de pouvoir tester ce genre d’expérience qui nous aide à accepter l’inéluctable réalité: on est des êtres conscients dans un corps physique. Quand Samahin approche, on reconnaît que le corps grandit et déchoit. Comme on dit dans la Wicca, ce sont « …l’age et le destin contre lesquels on est impuissants » mais on se rappelle encore de la promesse de la Déesse:
‘Mienne est l’extase de l’esprit … et au delà de la mort je donne la paix, la liberté et la réunion avec ceux qui nous ont précédé.’
Donc en s’approchant à Samahin on honore le cycle de la mort, de la renaissance et de la nouvelle vie; et on honore la mémoire de ceux qui sont passés au delà du voile. On honore le don de la vie, le don le plus précieux, et on essaye de vider la coupe du vin de la vie jusqu’à la dernière goutte pour qu’aucune goutte ne soit gaspillée.

Honorer la Terre

de Vivianne Crowley (Traduction de V.F. Voxifera)   Autumn

Je suis la fraiche terre de Printemps lavée par la pluie,
un nectar pour les narines, dans lequel toutes les graines fleurissent;
Je suis les champs ensoleillés de l’Eté,
chaud au contact, le lit des amants;
Je suis le sol de la foret en Automne,
couvert de feuilles, je protège ce qu’il y a en dessous;
Je suis la terre glacée en Hiver,
je semble aride, mais je suis vivante.

Vivianne Crowley, Earth Charge

Selon moi l’automne est l’une des saisons les plus liées à l’élément Terre . Autour de notre maison dans la campagne française, les champs ont été dépouillés du blé doré de l’été. La terre est labourée et riche de fumier pour les cultures hivernales. Le mais est sec et bruni, prêt à être moissonné. Les feuilles sous les pieds dans les bois sont elles aussi sèches et brunies, et jonché de marrons. La senteur de la terre est intense dans les matins brumeux pleins de rosée.

L’automne est le temps d’honorer la Terre

On a célébré le moisson du blé, maintenant c’est le temps de célébrer le moisson des fruits de la Terre. On honore la terre qui nous donne richesse et abondance. La Terre est encore en train de fournir la nourriture dont on a besoin, mais tandis que notre population augmente, notre appétit pour la nourriture augmente comme les protéines animales qui consomment la plupart des ressources de la Terre et créent les gaz de serre. On devient de plus en plus conscient de la fragilité de l’économie agricole globale qui nous tient en vie. On s’inquiète pour la biodiversité des graines et la diminution de la population d’abeilles et papillons qui fécondent nos cultures nécessaires à la vie. On découvre que les grandes corporations détiennent les ressources des grains et essayent de les contrôler. À cause de l’interconnexion de l’économie globale il peut sembler difficile de comprendre ce que l’on peut faire en tant qu’ individus païens ou en tant que communauté. C’est facile de se sentir si impuissant que l’on croit que rien ne peut être fait pour changer la situation.

On est les Enfants de la Terre

Pas tous les païens sont éco-païens. Il y a des païens du Temple et des païens de la nature sauvage. Il y a ceux qui trouvent leur expression spirituelle la plus haute en étant seuls sous les étoiles, la lune, ou le soleil; et il y a ceux qui trouve l’intensité du Divin dans un rituel dans un temple sacré. Pas tout le monde veux occuper Wall Street, mais on est tous des enfants de la Terre, les enfants de Gaia. Un fil qui unit le tapis multicolore qui est le paganisme contemporaine, est l’amour pour la nature et pour la Terre. C’est banale, mais c’est vrai: si l’on est adorateurs de la nature il faut qu’il y ait une nature à adorer. Le succès de notre espèce est merveilleux sur différents niveaux, mais il y a un prix pour tout ça. La Terre et les autres êtres qui partage la planète sont en train de payer ce prix. La perte de notre monde naturel est un désastre pour toutes les espèces de la Terre, mais pour les païens cette douleur contient une autre dimension douloureuse de plus; pour nous la Terre est un être sentent qui a une conscience et une volonté. Réparer l’Éthéré Une bonne nouvelle qui nous fait espérer a été donnée il y a quelques jours: une bonne partie de l’élément éthéré a été reconstituée après le dégât que nous avons provoqué. Le World Meteorological Organization et le United Nations Environment Programme disent que la mise en pratique du protocole de Montreal du 1987 pour l’arrêt de la production des gaz CFC de réfrigération et des spray aérosol, a commencé à reconstituer le trou dans la couche d’ozone. La mauvaise nouvelle est que les gaz atmosphériques de serre ont atteint un niveau record. Il y a encore beaucoup à faire et il faudra toute notre énergie et pression sur les gouvernements pour qu’ils fassent quelques chose. Quand les problèmes sont si grands, on peut se sentir écrasé. Si l’on cède au problème on peut réagir par un refus, ou bien per le désespoir. On peut même arriver à haïr et mépriser notre espèce, en oubliant que l’on est des créatures de beauté et naïveté, aussi bien que de destruction.

Je chanterai pour Gaia

Je chanterai pour l’ancienne Gaia,

Mère de Tout, plus ancienne que la création,

Tu nourris tous les êtres du monde,

tout ce qui demeure sur la terre,

tout ce qui nage dans les mers,

tout ce qui vole –

tout est nourri par ton abondance.

À travers toi, on est béni en enfants

et moissons,

tu as le pouvoir de donner la vie – et de la prendre.

Depuis l’Hymne homérique à Gaia, 7ème siècle AEC

Pour honorer la Terre on peut faire des rituels pour elle, on peut offrir des libations pour elle, on peut laisser des cadeaux ou des offres dans ses espaces sacrés. Tous ses actes de dévotion nous rappellent ce qui est important et sacré et ce que l’on apprécie. Et tout comme nos ancêtres païens, on peut chanter pour elle. Mais on peut bien transformer cette dévotion en action. On peut honorer Gaia par les choix énergétiques que l’on fait, la nourriture que l’on mange, les biens que l’on achète, et les organisations que l’on supporte. En rendant verte la planète, on rendra verte notre âme aussi. En faisant les bons choix cela nous donne de l’énergie et de la puissance. Quand on se sent puissant on a le courage d’agir et faire. On crée une spirale dans laquelle une action en inspire une autre.

Trouver refuge dans le petit

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Quand je pense à ces choses, ce qui m’arrive à l’esprit est l’ancienne philosophie et système de divination chinois: l’I Ching, le Livre des Changements. L’exagramme n°9 de l’I Ching c’est Hsiao Ch’u. Les vieux textes anglais le traduisaient par « Le Pouvoir Apprivoisant du Petit ». Les nouveaux textes parlent de « Attention au détail » ou « Petit moisson ». Il apparaît souvent quand on est dans une condition de faiblesse et l’on a besoin de se focaliser sur des petits changements cumulatifs pour atteindre le but. Quand il faut rendre soutenable notre planète, si l’on faisait de petits changements on atteindrait un objectif bien plus grand. Des petites actions deviennent des grandes actions quand beaucoup agissent. Il faut aussi dire que quand le voyage est long, il est difficile de commencer, donc commencez par des petits pas – et continuez dans cette direction.

Action collective

À l’occasion de l’Equinoxe beaucoup d’entre nous dans le monde se retrouveront ensemble à New York, Rio, Bogota, Santiago, Amsterdam, Paris, Londres, Madrid, Rome, Milan, Berlin, Varsovie, Dehli, Melbourne, et en d’autres grandes villes et petits centres dans le monde pour le People’s March Against Climate Change pour démontrer que les gens ordinaires veulent agir contre le changement climatique. Ceux qui entre nous vivent dans un pays démocratique où les manifestions publiques sont permises, sont dans une position enviable. Beaucoup d’autres ne peuvent pas protester, ne peuvent pas se regrouper, donc on doit parler aussi pour les autres. Mais marcher pour Gaia n’est pas suffisant. On peut faire des changements dans notre style de vie, mais on peut aussi persuader les autres. Les mots sont puissants mais les actions symboliques comme les rituels d’une communauté peuvent être des moyens puissants pour inspirer les autres. En tant que païens, on doit utiliser ce que l’on fait mieux, donc que l’automne soit la saison de la Terre et que par les mots, les actes, les chansons et les rituels on bouge avec les autres quelques petit pas en avant.

La Haste au Chaudron, la Lance au Graal

de Vivianne Crowley

Traduction de Valentina Voxifera

Edwin Austin Abbey, The Quest for the Holy Grail - Golden Tree and The Achievement of the Grail, Boston Public Library, (1895-1901)

Edwin Austin Abbey, The Quest for the Holy Grail – Golden Tree and The Achievement of the Grail, Boston Public Library, (1895-1901)

Le soleil est invisible dans les gens, mais visible dans le monde; et les deux sont un seul et même soleil.

Gerhard Dorn, Theatrum Chemicum, Tome 1, Speculativa Philosophia

Chacun de nous a son unique chemin dans le Paganisme. Certains d’entre nous trouvent que c’est quand on est dans la nature que l’on ressent le sacré – on se sent plus proche au Divin sous le ciel que dans les bâtiments. Pour certains, c’est le Divin Féminin, la Déesse, qui nous appelle. D’autres s’approchent à une divinité ancienne ou un panthéon en particulier. On peut ressentir l’esprit Divin de l’univers comme une énergie abstraite plutôt qu’une divinité personnelle. On peut chercher à ne pas adorer une divinité, mais plutôt à parvenir à un état de conscience dans lequel on se sent en union et en communion avec la nature, la vaste univers, et toute l’humanité.

La Quête Sacrée

Notre chemin païen peut, ou peut-être pas, inclure un rituel formel d’initiation, mais beaucoup d’entre nous partagent le sentiment d’être dans un voyage initiatique, une quête sacrée. Ce voyage peut commencer pour des raisons qui sont profondément personnelles. On peut être à la recherche de guérison, confort, amour ,connaissance, ou d’un sens. On peut ne pas savoir pourquoi ou ce que l’on cherche; seulement que l’on a un sentiment profond que l’être humain a un but et qu’il y a bien plus dans la vie que la récompense matérielle et le succès.
Au-dessus de certains temples des traditions mystériques anciennes on trouve les mots, « Connais-toi toi-même ». Cela implique que si on veut se rapprocher aux Dieux, on doit connaître ce que l’on est. Mais cela n’est pas fixé, et il continue à évoluer. Quand on pratique notre paganisme, quand on rencontre d’autres personnes qui partages nos valeurs et qui ont une vision compatible, quand on commence à pratiquer des rituels avec les autres, dans de travaux d’environnement, ou lors des événements de la communauté, le voyage commence à nous changer. On commence à comprendre nos points de force et nos limites. Et si on travaille avec les autres, on commence à voir comment on peut contribuer au grand effort que l’on a entrepris ensemble. Cet effort est souvent appelé « Le Grand Oeuvre ». Les gens ont des différentes interprétations du sens de cet expression, mais en général le Grand Oeuvre concerne la transformation de l’humanité. Cet oeuvre doit commencer par ce qui est plus proche de nous – nous-mêmes.

Symboles et non pas mots

Le paganisme contemporain n’est pas une « religion du livre ». Les objets symboliques sont plus importants que les mots écrits. La plupart de l’enseignement est transmise subtilement, à travers le rituel et les actions symboliques. Ces anciennes manières de communication pré-verbales parlent au cerveau droit plutôt qu’au cerveau gauche. En engageant le corps et en participant physiquement dans nos rites, on ouvre l’oeil intérieur pour voir. On permet aux images et aux symboles de parler à notre inconscient pour réveiller en nous les visions et les sens qui peuvent nous guider sur notre chemin.

Le Mariage du Solstice d’Eté

Summer Solstice at Stonehenge

Summer Solstice at Stonehenge

Certaines actions rituelles de notre tradition sont devenues si familières que l’on y prete à peine attention, mais notre exposition répétée à ces actions est une sorte d’enculturation que dans le temps commence à former notre vision du monde. Pour beaucoup d’entre nous, le Calice ou la Coupe est toujours présent; il est si présent que l’on peut arrêter de faire attention au geste symbolique que l’on répète à chaque rituel – l’union de la coupe avec le couteau ou la baguette.

Ce geste est central au Solstice d’Eté, quand beaucoup d’entre nous célèbrent le mariage entre le Feu et l’Eau, l’union de la Lance de Lugh et le Chaudron, le ventre aquatique de la Déesse, le Chaudron, la Coupe, le Graal, et le récipient alchimique – tous ces récipients sacrés ont les mêmes propriétés. Ils transforment ce qu’ils contiennent en quelques chose qui est plus que la somme des parties. Le mariage sacré donne vie à l’or alchimique, l’enfant solaire de la promesse, l’élixir doré qui guérit et donne l’immortalité, et le soleil intérieur du Vrai Soi.

Indiana Jones et la Dernière Croisade

Du Vrai Soi à Steven Spielberg il peut sembler un grand bond, mais son film « Indiana Jones et la Dernière Croisade » reprend l’idée de la Quête du Graal et certaines histoires sur l’obsession des chasseurs nazis du Graal pour trouver la relique sacrée. Sean Connery joue le rôle du Professeur Henry Jones, un expert du Graal, qui à été enlevé par les nazis pour le forcer à révéler où le Graal se trouve. Son fils, l’aventurier Indiana Jones (Harrison Ford) essaie de le sauver, mais le Professeur reste gravement blessé. Pour le sauver, Indiana Jones doit prendre le Graal de la caverne où il a été caché et gardé depuis des siècles et verser l’eau du Graal dans la blessure de son père. Le Graal guérit le Professeur, tandis que la nazi Dr. Else Schneider est anéantie quand elle essaie de prendre la Graal pour elle-même et le Graal s’évanouit dans l’Autre Monde. Maintenant le vrai but de ce voyage a été revelé. Ce n’est pas la possession d’un objet magique puissant; puisque comme on sait, si on ne trouve pas ce que l’on cherche en nous, on ne pourra jamais le trouver hors de nous. Le but de la quete est celui d’être changés par le voyage.

Professor Henry Jones: Elsa n’a jamais cru en le Graal.
Elle croyait trouver une récompense.
Indiana Jones: Et qu’est-ce que tu as trouvé, papa?
Professor Henry Jones: Moi? L’illumination.
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Devenir le Graal

La quete du Graal est un voyage interieur, vers le Vrai Soi, le centre caché de notre être; mais ce n’est point la fin de l’histoire. Le mariage sacré du Chaudron et de la Lance au Solstice d’Eté c’est un mariage entre le roi et la terre aussi, symbolisant la volonté de servir les autres et le monde entier. Le Solstice d’Eté est une periode pour confirmer notre dedication à la quete spirituelle, pas pour obtenir quelques chose mais pour devenir quelques chose. Le secret n’est pas trouver le Graal, mais devenir le graal – une source d’amour, compassion et vision spirituelle, à laquelle les autres peuvent boire.

Je suis un puits dans le désert,

Je contiens la lumière et l’eau à la fois,

ils peuvent tirer tout ce qu’ils veulent de moi.

La lumière du Soleil et de la Lune me remplissent,

Je suis le Graal.

À partir de dimanche 7 octobre 2014, Vivianne Crowley tiendra un cours Insights en ligne de quatre semaines pour Cherry Hil Seminary sur « Le Graal et la Quete Spirituelle ». Vous trouvez les infos sur ce lien.
http://cherryhillseminary.org/students/fall-2014-courses/the-grail-and-the-spiritual-quest/

Ouvre la porte qui n’a pas de clé

de Vivianne Crowley

Traduction de Valentina Voxifera

Une des sensations les plus communes quand on trouve notre chemin dans le Paganisme est celle d’être « rentré chez soi ». On n’a peut-être jamais participé à un rituel païen avant, mais la première fois qu’on le fait ça a l’air familier. C’est comme si l’on se rappelait quelques chose que l’on a oublié, une redécouverte plutôt qu’une nouvelle expérience. Pourquoi ressent-on ce sens de connexion? Il peut être que l’on porte avec nous des souvenirs d’une vie précédente, ou bien on est en train de faire appel à la mémoire collective. Il peut être que l’on a déjà vu des rituels semblables, mais dans les film ou à la télé. C’est peut-être aussi parce que le Paganisme contemporain utilise des anciens archétypes que les humaines trouvent spirituellement et affectivement satisfaisants. Il s’agit de symboles que les humains ont utilisé pendant des millénaires pour donner un sens à nous-mêmes et à l’univers autour de nous et notre place. Le mot « archétype » est dérive du grec arch, qui signifie origine, et tupos, qui signifie empreinte. Les archétypes apparaissent dans des symboles et des modèles semblables à travers le temps, les lieux et les cultures. Ils sont le fondement de l’expression culturelle, artistique et spirituelle et ils viennent de nos premiers ancêtres quand la spiritualité, l’art et la culture étaient intégrés et intégrants dans tous les aspects de la vie quotidienne plutôt que des activités spécialisées réservées à quelques élus.

Le Cercle et les Quatre Quarts

John William Waterhouse, Magic Circle, 1886

John William Waterhouse, Magic Circle, 1886

Beaucoup d’entre nous utilisent le symbole archétypique du cercle et des quatre directions comme espace sacré. Pourquoi un cercle? Le cercle est le symbole d’unité qui a été utilisé pendant des millénaires comme espace pour des rites sacrés. Quand on travaille avec des archetypes et des symboles particuliers ils ont un effet puissant. Quand on intègre les symboles dans nos vies, ils commencent à nous modeler et changer.
Le voyage spirituel qui est au coeur du Paganisme contemporain est un voyage dans l’unité, un voyage pour intégrer les parties les plus diverses de nous et pour parvenir à un point au centre. Quand on invoque les quatre quarts, on appelle les énergies des éléments associées à eux dans notre espace sacré. On est en train d’appeler les éléments en nature et on est aussi en train d’appeler leurs qualités en nous. Les quatre directions et les éléments associés peuvent symboliser quatre aspects en nous – corps, émotion, tête et esprit. Tous sont nécessaires pour la vie et dans le cercle on leur donne le même poids et le même respect. Le message est simple mais profond. Le but du voyage est celui de trouver le point de balance où tous les aspects de notre être puissent vivre en harmonie avec les autres et remplir sa fonction. Pour joindre l’unité, on invite les diverses parties de nous dans le cercle sacré, l’unité qui contient la multiplicité, un lieu où ce qui est à l’intérieur peut s’unir avec ce qui est à l’extérieur.

Entre les mondes

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Dans un rituel, on dit que le cercle est un espace « intermédiaire ». C’est « entre les mondes ». Il se trouve entre « le monde des hommes et les domaines des Puissants », entre l’humanité et les Dieux, entre le spirituel et le physique. C’est un lieu où, étant des incarnations physiques, on peut rencontrer les êtres non-physiques comme les Dieux en sureté et harmonie. Le cercle est un lieu de paix où notre conscience rationnelle et les rêves et les visions qui viennent de notre inconscient peuvent se rencontrer et fertiliser et s’énergiser l’un l’autre. C’est un point de calme intérieure et réceptivité, mais c’est aussi le point d’action où on peut exercer le pouvoir intérieur. Les symboles qui nous apparaissent dans les rêves et dans les visions sont des messages de l’inconscient à propos de ce qui est en train de se passer à l’intérieur. Pour avoir des rêves et des visions on doit être en mode réceptif et on doit être préparé à voir et écouter l’inconscient. Dans un rituel, même le contraire peut se passer. On est en mode actif et réceptif à la fois. On est des magiciens et des médiums à la fois. En tant que magiciens, on devient émetteur des symboles qui communiquent à un niveau profond de notre être ce que l’on veux d’eux.

Les Mystères

Les Paganismes des derniers millénaires avaient des formes exotériques et ésotériques. Il y avait la religion exotérique qui se focalisait sur la cohésion sociale, et la religion ésotérique qui était pour la formation d’un rapport personnel de transformation avec les Dieux. Beaucoup d’entre nous, étant païens contemporains, pratiquent les deux. On a les célébration saisonnières familières qui nous rappellent l’importance de notre connexion avec la nature et entre nous, et de comment on devrait se comporter dans le monde extérieur. On peut pratiquer la méditation, les veilles, et les rites transformateurs qui vont changer le monde intérieur, notre moi. Le mot mystère vient du mot grec musterion, qui implique quelques chose sur laquelle il faut se taire. Un mystère est révélé par le symbole ou chuchoté dans les coins obscurs. On doit bien écouter pas seulement parce que les mot sont chuchotés, mais aussi parce que les mots expriment bien plus que leur signifié littéraire. Le signifié est une allusion plutôt qu’une révélation. C’est le sable qui crée la perle.

Modeler la psyché

Créer l’espace sacré par le cercle et les quatre directions c’est d’envoyer un message à la psyché plus profonde sur comment on essaie de la modeler. Chaque fois que l’on effectue un rite, on renforce ce message, qui exprime la façon par laquelle on voit notre monde intérieur, mais aussi la façon par laquelle on voit le vaste univers – qui est un équilibre d’énergies opposées, de glace et feu, de vent et mer, d’obscurité et lumière. La réalisation et l’illumination arrivent au point au centre où les énergies opposées se rencontrent.
Quel est donc le mystère du cercle? Le cercle est un espace dans lequel tous le monde voit les autres. Il n’y a pas de place où l’on peut se cacher. Le secret est que ce n’est pas un lieu de secrets, mais c’est un lieu de transparence et révélation. Les mystères sont très simples. Ils sont tout autour de nous – si on a les yeux pour voir et les oreilles pour écouter. Chaque fois que l’on crée un cercle, on recommence le procès de communication et révélation. Dans notre espace sacré, on trouve et on ouvre la porte qui n’a pas de clé.

Vingt-cinquième anniversaire – Wicca: The Old Religion in the New Age

de Vivianne Crowley
Wicca, a comprehensive guide to the old
Voilà vingt-cinq ans ce mois-ci, que mon livre Wicca – the old religion in the new age sortait. Depuis ce moment, Wicca a été encore publié avec deux sous-titres différents et traduit en allemand, espagnol, hollandais, norvégien et italien, avec beaucoup d’autres traductions en cours. Maintenant, un quart de siècle après, on peut réfléchir sur comment un chemin spirituel comme la Wicca est en train d’évoluer.

Un « livre de troisième génération »

La première génération de livres sur la religion de la sorcellerie a inspiré la Wicca contemporaine, aujourd’hui pratiquée par beaucoup de gens. Les textes de Charles Leland, Margaret Murray et Gerald Gardner indiquent un désir du retour des anciens Dieux. Sans ces pionniers, la Wicca n’aurait pas existé dans sa forme moderne.
Dans les années 1970 et 1980 la deuxième génération d’auteurs, comme Doreen Valiente, Stewart et Janet Farrar, a développé les rituels de la Wicca et ses pratiques, et a donné aux gens la connaissance qui permet de pratiquer l’Art en solitaire.
Depuis 1979 – et pendant les vingt années qui ont suivi – beaucoup de livres ont été écrits par une troisième génération qui a porté l’Art sur de nouveaux chemins. La vision féministe et centrée sur la terre de Starhawk dans The Spiral Dance: A Rebirth of the Ancient Religion of the Great Goddess a inspiré les activistes écologiques et les sorcières féministes. La Wicca de Scott Cunningham a été d’inspiration pour ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas appartenir à un groupe. Mon livre Wicca se base sur mon expérience dans la psychologie jungienne pour montrer comment la Wicca initiatique peut être un chemin de croissance spirituelle et de transformation personnelle.

Wicca et transformation spirituelle

Quand j’ai écrit Wicca, j’était déjà sur le chemin depuis 15 ans. Pendant ce temps j’ai vu comment la Wicca peut transformer les gens. Bien de nombreuses évolutions – que j’ai pu observer quand les gens parcouraient le chemin initiatique – étaient celles qui se manifestaient à travers le voyage intérieur que Carl Gustav Jung appelait « individuation ». En exposant notre monde intérieur aux Dieux et à ceux qui partagent le chemin spirituel avec nous, on en sort transformé. Ce n’est pas une question de quelques années, mais un processus d’une vie entière, que la Wicca initiatique peut – dans le meilleur des cas – encourager, soutenir et favoriser. Le but de ce voyage est celui de la Grande Œuvre – la transformation du « moi » comme point de départ pour la transformation de l’humanité; si les individus ne changent pas, alors la société ne peut pas évoluer. Notre but est de grandir plus près des Dieux, de se déplacer d’un engagement égocentrique avec le monde pour nos seuls buts, à un recentrement qui nous détache de nos préoccupations personnelles et qui nous permet de voir le monde d’une perspective plus large, profonde et à long terme.

La Wicca n’est pas parfaite

La Wicca est pratiquée par des êtres humains imparfaits et on est donc susceptibles des mêmes défauts des autres traditions spirituelles. La Wicca est quand même différente des autres. Elle est pratiquée par des femmes et des hommes sur le même niveau. Il ne s’agit pas de rechercher le bien-être économique, le pouvoir absolu,ou de créer une structure d’une leadership rémunérée avec ses adeptes. Elle est pratiquée avant tout dans les maisons et dans les cours, dans les forêts et les parcs. Au cœur de sa structure il y a de petits groupes, avec tous les défis et besoins que l’adhésion apporte à une petite communauté. Malgré la fragilité de sa structure et l’évolution des formes de la Wicca – déplacée à l’étranger et plus ouverte – la tradition initiatique, comme elle a été révélée par Gerald Gardner, a survécu et prospéré. Elle a évolué sur son chemin. J’aime souvent comparer la Wicca à une vigne. Dans chaque pays dans lequel on plante une vigne, le vin qu’elle produit prend l’arôme du sol de la région. Cependant, dans tous les pays où elle s’est développée – Royaume-Uni, Amérique, Canada, Pays-Bas, Allemagne, Scandinavie, Belgique, Italie, Pologne, Australie, et beaucoup d’autres encore – la Wicca initiatique est restée manifestement la même. Les liens entre les wiccans dans les différents pays se sont renforcés au fil des années. Internet et les voyages économiques ont élargi et renforcé ce qui était déjà une communauté internationale. Aux réunions de la communauté en Europe, nous ne recevons pas que des salutations en anglais, mais aussi en hollandais, norvégien, allemand, polonais, tchèque, irlandais, espagnol, italien et russe… Chaque année la liste des langues s’allonge.
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Est-ce que la Wicca survivra et croîtra?

La Wicca est-elle le dernier épanouissement de l’Âge des Poissons, un désir romantique d’un passé mystérieux et qui est en train disparaître? Ou bien est-elle une religion naturelle pour un âge postmoderne dans laquelle le féminin, l’individualité, la différence, l’autonomie personnelle, l’acceptation du corps et de ses nécessités, et un empressement à accepter de différentes interprétations du Divin, se trouvent côte à côte?
C’est ce que j’ai écrit à la fin de Wicca et que je trouve encore vrai:

Au fond des recoins de l’être humain, Notre Seigneur le Cornu a attendu à travers les siècles jusqu’au moment où il fallait qu’il revienne. Alors il démonta du chêne au centre de la forêt son cor de chasse qui n’a pas été joué depuis des milliers d’années, et il en joua trois fois. Il réveilla la Déesse de son sommeil rêveur et elle prononça d’une voix d’harpe d’argent « La Charge d’Arianrhod » en disant:
Je suis Arianrhod du château en spiral près de la mer argentée,
Je suis la dernière de ma race,
sans début et sans fin,
car avant que tout temps et changement commença,
ma mère la Déesse des Etoiles coucha avec le Seigneur de l’Obscurité
et je fus conçue.
Je suis au-delà du son et de la vue,
Je ne peut pas être touchée,
Je suis Celle qui demeure derrière le voile de la matière.
On me demande si j’existe,
et moi je répond que j’existe et que je n’existe pas;
mais à la fin des cycles et des saisons,
que certains nomment Mort,
mais que ceux qui ont soulevé mon voile nomment Vie,
aux rives de la Mer du Temps vous me trouverez,
ma tête tournée vers le vent,
en me promenant près des ondes des éons et en attendant,
votre arrivée et votre départ.
En réalité j’étais, je suis et je serai,
quand tout le reste s’efface de votre mémoire,
je suis quelques chose que vous possédez,
et quelques chose que vous cherchez,
e suis la question et la réponse;
je suis celle qui lie et celle qui libère;
je suis le début des choses; je suis la fin;
cherchez-moi et connaissez-moi, car je suis Elle.
La Déesse et le Dieu Cornu se sont réveillés de leur sommeil et appellent leur adorateurs, de l’Est au Sud, de l’Ouest au Nord, en chuchotant dans les rêves de ceux qui les aiment: «Cherche-nous, trouve-nous, connaisse-nous; parcoure le chemin qui se trouve entre les mondes»
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Wicca est disponible dans les librairies ésotériques et chez les distributeurs en ligne:
Amazon France: Wicca by Vivianne Crowley
(Traduction de V.F. Voxifera)

« Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune »

de Vivianne Crowley
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Parfois je me sens comme étendu sur le paysage et à l’intérieur des choses, et je vis dans tous les arbres, dans l’éclaboussement des ondes, dans les nuages et les animaux qui vont et qui viennent, dans le cycle des saisons.
trad. tirée de Carl Gustav Jung, Memories, Dreams, Reflections. London : Fontana Press, 1995 ed., p.252-253
En tant que païens, on est des gens de la campagne – pagus en latin. Nos divinités viennent du monde naturel. Ils sont les dieux des éléments – dieux et déesses de la terre, de la mer, du ciel, du soleil, de la lune et des étoiles. Ils sont les dieux de la végétations et de la renaissance des terres au printemps des sociétés agricoles – le Seigneur et la Dame du grain. Certains dieux sont en forme d’animal – avec des cornes comme Herne et Pan, en guise de chat comme la déesse égyptienne Bast. L’imagerie du paganisme est celle du monde naturel, mais la réalité de notre vie quotidienne est souvent bien loin de la nature. La majorité des païens vivent dans un milieu urbain entourés par le béton, le macadam, et les lumières de la ville qui font pâlir les étoiles.

« Les forêts sont parties…nous sommes seuls à la lumière de la lune”

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On peut observer les racines du revival païen dans les réactions des poètes, des artistes, des écrivains et des naturalistes du dix-neuvième siècle envers l’industrialisation du monde occidental. Il y a presque un siècle, pour le baron irlandais, poète et écrivain du fantastique Lord Dunsany, la destruction de l’environnement était un appel au réveil qui portait la nostalgie des anciens dieux de la nature.
C’était la voix des fleurs dans le vent de l’Ouest, l’aimable, l’ancien, le paresseux vent de l’Ouest, soufflant sans cesse, soufflant d’un air endormi, retournant à la Grèce.
Les forêts sont parties, elles sont tombées et nous ont laissés; les hommes ne nous aimes plus, nous sommes seuls à la lumière de la lune. De grandes machines prennent d’assaut les beaux champs, leur chemin s’allonge rudement et terriblement en haut et en bas des terres.
Les villes cancéreuses se propagent sur l’herbe, elles font sans cesse du bruit dans leurs tanières, elles scintillent contre nous brisant la nuit.
Les forêts sont parties, Ô Pan, les forêts, les forêts. Et tu es loin, Ô Pan, très loin.
trad. tirée de Lord Dunsany [Edward J. M. D. Plunkett]. “The Prayer of the Flowers” dans Fifty-One Tales. London: Elkin Matthews, 1915.

On a soif de verdure

Le monde naturel est essentiel pour le bien-être humain – physique, psychologique et spirituel. Les sciences nouvelles comme l’écopsychologie reconnaissent ce que le paganisme a déjà accepté depuis longtemps – nos psychés sont profondément connectées et affectées par la nature. Cela est vrai pour des raisons bien évidentes. Nos humeurs sont affectés par la quantité de lumière. Pendant l’hiver, on peut succomber au trouble affectif saisonnier (TAS). Quand il fait beau et nos muscles sont chauds et relaxés, on se sent heureux. Mais l’impact psychologique de l’environnement est important dans d’autres façons aussi. Nos esprits et cœurs désirent la beauté de la nature. On a soif de cela et on se sent consciemment ou inconsciemment privé quand on en est séparé. Quand on se sent écrasé par le béton et les bâtiments, on réagit en se sentant aliéné, déprimé, malheureux. L’aliénation humaine est plus forte quand on est plus loin du monde naturel dans lequel notre espèce s’est développée.

Comment pouvons-nous maintenir en vie notre connexion avec la nature?

Le désir humain de se reconnecter avec la nature est fort, mais quand nos vies sont sujettes à trop d’exigences opposées il est facile de le supprimer, ou simplement de ne pas le remarquer. Même pour les païens il est facile de l’oublier. On peut se retrouver dans nos maisons avec un chauffage central, monter sur nos voitures climatisées pour se rendre au Sabbat dans une maison de banlieue pour célébrer les Dieux de la nature, sans jamais avoir un contact avec le monde naturel.
Le travail physique peut être un moyen efficace pour se connecter avec notre nature; en particulier quand cela implique le travail avec ce que la nature offre – la terre, et les matériaux naturels comme le bois, la laine et la pierre. Beaucoup d’entre nous vivent collés à l’écran de l’ordinateur dans des bureaux et des centres d’appels qui offrent une atmosphère plus agréable que celle des usines, mais cela peut être également démoralisant. Le corps humain n’a pas été fait pour rester assis immobile pendant des heures. Quand cela devient notre style de vie, les maladies de la civilisation suivent – obésité, hypertension artérielle, diabète, troubles musculosquelettiques, mal au dos. Quand nos corps sont obligés et forcés à vivre en mauvaise santé, notre niveau d’énergie est réduit et on est privé physiquement ainsi que spirituellement.

Écologiser la ville, écologiser l’esprit

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Peu d’entre nous peuvent tourner le dos à la vie urbaine pour vivre à l’extérieur mais on peut tous trouver des moyens pour prendre part au monde naturel, à travers le jardinage, les travaux de préservation, ou en faisant des randonnées. Beaucoup de villes ont des projets et des groupes qui travaillent pour écologiser la ville, planter des arbres, créer des jardins et des parcs, et nettoyer les rivières. Les arbres et la verdure ont un impact énorme sur la psychologie humaine; il produisent aussi de l’air propre qui nous aide à mieux respirer, à avoir une plus grande énergie et à améliorer notre pensée. Planter un arbre et les travaux écologiques nous permettent d’écologiser la ville et d’écologiser nos esprits à la fois. Tout le monde peut s’engager avec la terre, même si on reste renfermé chez soi et ne pouvant pas se déplacer. Les abeilles peuvent être élevées dans un cadre urbain et la nourriture peut être cultivée à l’intérieur – les plantes de tomate, par exemple peuvent pousser sur le rebord d’une fenêtre. Faire pousser quelque chose à manger pour le sabbat est un moyen très simple pour s’engager avec la nature.

« Parfois je me sens comme si j’étais … moi-même vivant dans tous les arbres”

Quand j’étais petite je croyais mourir si je n’arrivais pas à grimper sur un arbre. En tant qu’adolescente j’ai dû abandonner cette activité, mais la connexion avec les arbres est restée. Les arbres font partie de notre mémoire archétypique, le lieu où notre espèce a évolué de notre condition de singes à celle de conscience. On sent que la connexion avec les arbres est important et cela est vrai pour adultes et enfants. La citation ci-dessus tirée de la biographie de Carl Gustav Jung Memories, Dreams, Reflections (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées NdT) exprime ses sentiments pendant la vieillesse, passée en simplicité dans une tour en pierre qu’il avait construit sur les rives du lac de Zurich.

Se connecter avec un arbre

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Un exercice simple que nous demandons aux gens qui commencent leur entraînement dans la Wicca est de trouver un arbre personnel et de se connecter avec lui pendant une période. Cela ne doit pas forcément être une ancienne forêt de chênes. Cela peut être un arbre dans un parc public que vous pouvez visiter à l’heure du déjeuner. Comment trouver le bon arbre? Avant tout, vous vous promenez près de chez vous pour voir quel genre d’arbres poussent. Savez-vous combien d’espèces différentes poussent près de chez vous? Connaissez-vous leurs noms? Si ce n’est pas le cas prenez des photos ou simplement une feuille, et utilisez-la pour identifier l’espèce.
Quand vous aurez trouvé celui qui vous plaît, restez près de lui et observez le mouvement de ses feuilles dans le vent, le son du vent à travers ses branches, le chant des oiseaux. Si vous vous sentez attirés, approchez-vous. Puis touchez le tronc de l’arbre. Mettez les paumes des vos mains contre lui. Comment vous sentez-vous? Fermez les yeux et sentez l’énergie dans l’arbre. Est-elle endormie, ou bien sa sève pulse avec la vie du printemps? Observez ce que votre corps sent. Permettez à votre psyché de se fondre un peu avec l’arbre. Comment c’est d’être enraciné dans la terre et de tirer la nourriture depuis le soleil et la pluie? Si vous vous sentez bien, prenez de l’énergie de l’arbre. Sentez sa puissante énergie couler en vous. Son temps est plus long que le votre, son pas est plus lent. Il a beaucoup vu, beaucoup absorbé, beaucoup enduré. Il y a beaucoup de choses que l’on peut apprendre grâce aux arbres. Si on le visite pendant un cycle saisonnier, on verra les messages des sabbats dans ses changements saisonniers et cela peut être aussi puissant qu’un rituel.

Traduction de V.F. Voxifera

Inanna ou l’art d’aimer et de « se faire la guerre »

De Voxifera

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O Reine des Sept Dieux, O rayonnante splendeur de lumière, chère du Ciel et de la Terre,

prêtre, fille et serviteur du Ciel!

Ornée de joyaux et couronnée par la vie, née pour être Seigneur, dans tes mains sont les esprits gardiens des Sept Dieux,

et toi, toi meme tu gardes et protèges les esprits gardiens, tu les a attrapés et tu les a liés à tes mains,

tu les a enveloppés et serrés contre ta poitrine.

Tu abreuves la terre de ton poison comme un serpent, les plantes s’évanouissent de la Terre quand tu tonnes comme Anu,

à ton ordre les inondations descendent de la montagne.

Suprême en pouvoir, Inanna du Ciel et de la Terre, dont la bouche pleut des scintilles de lumière sur la terre,

maitresse du bétail, douée de l’esprit divin par An, par An douée du don du Mot indéfectible pour parler à son ordre fatal: qui peut comprendre ta gloire?

O sauvage et rampante, fille ainée de la Lune, Reine plus grande que An, qui peut vous rendre suffisamment hommage?

Reine des Reines, qui en accord avec les esprits étaient plus grands que ta mère quand tu es née,

sage et Reine savante de tous les pays, mère des hommes et des animaux, je chante ma prière…

Je suis entrée avant toi en mes vêtements sacrés, moi la princesse impériale, Enheduanna,

en chantant et en portant tes paniers rituels,

Grande Prêtresse de la Lune. […]

(Hymne à Inanna de Enheduanna, Princesse fille de Sargon II et Prêtresse d’Inanna, 2300 a.J.C.)

« Reine du Ciel et de la Terre », « Suprême en pouvoir » ainsi les Sumériens s’adressaient à leur déesse Inanna. L’importance de cette déesse est documentée pendant toute l’histoire de Sumer et son culte se diffusa dans toute la Méditerranée en portant son influence même dans le christianisme. Même la Wicca reprend l’archétype d’Inanna: le mythe wiccan de la Déesse qui descend aux Enfers n’est qu’un écho très évident du mythe de la descente d’Inanna.

La descente d’Inanna aux enfers est surement le mythe le plus connu, mais cette déesse a d’autres aspects très intéressants qui parfois sont négligés. Donc dans cet article on va prendre en considération son rôle de déesse de la sexualité, de la guerre et son rôle de guide de l’humanité.

 

Inanna, la déesse rugissante du Moyen-Orient

 Inanna est sans doute l’une des plus importantes déesses de l’Antiquité. Son culte eut origine en la Mésopotamie, même si probablement il s’agissait d’une divinité proto-euphratique assimilable à la déesse mère hourrite Hannahannah. Les premières notices historiques arrivent cependant depuis la période dite d’Uruk (4000-3100 a.J.C.), avec des vases représentant des prêtres et des prêtresses d’Inanna occupés à faire des offres à la déesse. Le nom Inanna dérive du titre de « Reine du Ciel » Nin-anna en sumérien, c’est une déesse liée à l’amour, à la beauté, à l’amour sexuel, à la guerre et à la fertilité; son culte eut son centre principale dans la ville d’Uruk où il fut construit un des temples les plus grands dédiés à elle: l’E-anna ou La Maison du Ciel.

Inanna fait partie des Sept Dieux Suprêmes de l’Announaki (l’assemblée des dieux) avec An, Enki, Enlil, Nanna, Utu et Ninhursag; l’iconographie représente la déesse nue avec de joyaux importants et de chevelures élaborées qui se dresse sur le dos de deux lionnes, le lion était souvent associé à la déesse dans son aspect « lumineux », tandis que dans son aspect « sombre » elle était associé au scorpion.

Le symbole d’Inanna est l’étoile à huit branches, qui représente la planète Venus comme étoile du matin et du soir (les sumériens furent les premier à reconnaître qu’il s’agissait de la même étoile), associé à la déesse parce que dans les mythes d’Inanna ses mouvements rappellent ceux de Venus dans le ciel.

 

Inanna aujourd’hui : une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir

« Je fais en sorte que l’homme s’embellisse pour la femme…

et que la femme s’embellisse pour l’homme…

 

(Chant d’Inanna, Textes sumériens et akkadiens)

 

Entrer en contact avec Inanna et accepter sa présence dans notre vie est comme accepter une invitation à la Beauté, à l’Amour et au Plaisir: elle est patronne de l’Amour en toutes ses formes et cela nous pousse à accepter et apprécier notre corps et notre sensualité, qu’elle soit utilisé pour séduire plusieurs partenaires ou pour renforcer une relation stable, le mot clé est Aimer. Le contact avec Inanna nous met en la condition de voir et reconnaître la Beauté du monde et de la nature et d’en tirer du plaisir, vu comme la forme la plus haute de perception humaine, une perception qui peut nous mettre en contact avec les sphères divines. Le culte d’Inanna envisageait la hiérogamie, pendant laquelle la Grande Pretresse choisissait un jeune représentant le dieu Dumuzi, dieu de la fertilité, de l’agriculture et de l’elevage, avec lequel elle avait un rapport sexuel qui symbolisait l’union des deux principes divins sur la terre et qui rendait favorable le moisson; et dans une époque plus tarde de l’histoire des sumériens les rois légitimaient leur rôle en passant une nuit dans le temple avec une des prêtresses d’Inanna pendant les célébrations pour la Nouvelle Année à l’occasion de l’Equinoxe du Printemps. La hiérogamie est un aspect que l’on trouve dans la Wicca même si , en général, sous la forme seulement symbolique des Noces Sacrées représentées par l’union de l’Athame et de la Coupe pendant la libation et le Grand Rite, ça n’empêche pas que cela puisse être célébré de manière effective.

En la Kabbale Inanna est associée aux énergies de Netzah, la septième sphère de l’Arbre de la Vie, dont la représentation s’accorde parfaitement avec celle d’Inanna: une très belle femme nue. L’expérience avec Netzah est comme l’attente avant de rencontrer son/sa propre copain/copine ou amant/e, la trépidation, le bonheur qui nous remplit quand on regard l’amour qui se reflet dans les yeux de la personne aimée ou le parfum enivrant que son corps dégage.

 

La Politique et la Guerre : des questions pas complètement masculines

 « Quand je suis au plus fort de la mêlée,

moi je suis le « coeur » de la bataille, je suis le « bras » […] »

 

(Ishtar se presente, Textes sumériens et akkadiens)

 

Reine incontestée qui aime son peuple mais qui est prête à verser le sang pour le protéger, l’archétype d’Inanna comprend même un aspect martial, c’est-à-dire la guerre et la politique. Depuis toujours reléguées à l’univers masculin, la politique et la guerre en la figure d’Inanna se révèlent être des arts suprêmes, des armes puissantes qui affinent le volonté et la capacité de résoudre les problèmes. Dans l’histoire on retrouve beaucoup d’exemples de femmes engagées en politique, de reines puissantes et indépendantes, parfois de guerrières, qui ont été capables de guider leur peuples en se débrouillant dans un monde où la femme n’avait droit qu’au rôle de mère et épouse. Accepter cet aspect d’Inanna signifie reconnaître sa propre force intérieure indépendamment du sexe, une force qui nous aide à atteindre notre buts et qui nourrit notre ambitions, au niveau kabbalistique ce sont des energies associées à Gevurah, la cinquième sphère de l’Arbre de la Vie, liée à l’aspect martial et fougueux de l’esprit humain, qui nous permet de continuer et de ne pas démordre en les situations les plus critiques et désespérées, et qui nous permet d’exercer notre libre choix et autodétermination.

 

Une ancienne Prométhée

 Inanna est identifiée par les sumériens comme celle qui a apporté la civilité, un mythe raconte comment la déesse escamota les Me (les tables du destin) au dieu des abysses Enki. Les Mes étaient des tables qui recelaient une loi divine et immuable, les limites des hommes et des dieux et un série de concepts comme « l’autorité sur la terre, l’autorité divine, la couronne éternelle, le trône du roi, le sceptre exalté, le sanctuaire, […], le royaume, la prêtrise et les rites religieux, la vérité, la descente aux enfers et la remontée, […], l’inondation, les rapports sexuels et la prostitution, la bonne langue et la calomnie, l’art, les chambres sacrées, les « hiérodules* du ciel », la musique, l’autorité des adultes, l’autorité des héros et le pouvoir, l’inimitié, la clarté, la destruction des villes et les lamentations, la joie au coeur, la fausseté, la terre rebelle, la bonté et la justice, le travail des charpentiers, […], les scribes, les forgerons, les tanneurs, les maçons, et le tresseurs de paniers, la sagesse et la compréhension, la purification, la peur et la protestation, la flamme gentille et la flamme qui consume, la fatigue, le cri de victoire, le conseil, le coeur troublé, le jugement et la décision, l’exubérance, les instruments musicals. » (S.N.Kramer, The Sumerian Mythology, 1944).

Inanna veut offrir en cadeau tout cela au peuple d’Erech pour obtenir le royaume et pour que son nom soit exalté, donc elle se rend à Eridu, où Enki, dieu de la sagesse, vit. En le séduisant et en l’enivrant avec du vin Inanna arrive à obtenir les tables du destin, retournant à son royaume avec un bateau escamoté à Enki. Quand le dieu cuve son vin il est déjà trop tard et même ses sept pièges tendus à la déesse pendant le retour n’arrivent pas à empêcher la distribution des Mes.

 

 

*la hiérodulie était la pratique de la prostitution sacrée.

 

Mon petit autel dédié à Inanna

Mon petit autel dédié à Inanna

Sources:

Samuel N. Kramer – The Sumerians: Their History, Culture and Character 

                                       (1963, University of Chicago Press)

                                      -Sumerian Mythology: Study of Spiritual and Literary Achievement in                                          

                                       the Third Millennium B.C. (1961, University of Pennsylvania Press) 

Verderame – La vestizione di Inanna

Janet et Stewart Farrar – The Witches’ Goddess: The Feminine Principles of Divinity

                                                (1987, Phoenix Publishing Inc)

Vivianne Crowley – A Woman’s Kabbalah: Kabbalah for the 21st century, (2000, Thorsons)

 

 

 

Home Sweet Home ou les Dieux de chez nous

De Voxifera

Depuis que je fréquente un groupe j’ai compris l’importance de contacter et célébrer les divinités du lieu, et l’inspiration pour cet article vient d’une réflexion que j’ai fait hier lorsque j’étais avec le groupe et on célébrait Lammas à la montagne.

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 La Wicca est un parcoure multiculturel, quand on commence à pratiquer et à entrer en contact avec le divin et ses aspects on a presque l’embarras du choix: grec, roman, celtique, égyptien, sémitique, sumérien, nordique etc etc…d’habitude on est poussé vers certaines divinités ou panthéon selon notre nature, inclination ou bien grâce à des manifestations, et cela nous donne même la possibilité d’explorer de cultures qui sont très distantes de la nôtre. Il est facile d’oublier pour un instant ce qui nous entoure, ce qui nous appartient culturellement et traditionnellement surtout quand on est au début. J’en ai compris l’importance pendant ces deux années, lorsque je faisait des sorties dans le nord de l’Italie avec le groupe, on a toujours invoqué les divinités qui appartenaient à ces lieux et on a toujours eu des réponses plus ou moins directes. Cela est du au fait que ces dieux ont longtemps été honorés en ce lieu, et donc ils sont vivants et actifs, et le contact n’est pas si difficile à créer.

Il est donc important de connaître le territoire où l’on va célébrer et les divinités qu’y sont liées. Parfois la présence de ces entités n’est pas si évidente, donc il faut « réveiller » et réactiver les énergies du lieu avec, par exemple, un rituel dédié à ce but.

 L’histoire du territoire où l’on vit nous parle de différents peuples et différentes cultures. Ce que les français et les italiens (ceux du nord de l’Italie) ont en commun, domination romane à part, est certainement la présence des Celtes ou, pour utiliser le terme roman, les Gaulois de la Gaule Cisalpine et Transalpine. On a invoqué souvent divinités comme par exemple Belenos, Belisama, Verkos, qui ont été vénérées en France aussi; bien que le peuple celtique était constitué par plusieurs ethnies, le panthéon était presque le même et on retrouve la présence de certaines divinité dans la toponymique soit italienne que française.

 Par exemple le village où je vis (près de Milan) se trouve dans une région où le culte de la Vierge Marie est très fort, presque toutes les églises sont dédiées à la Vierge et cela n’est pas un hasard: quand j’ai étudié l’histoire de ma région j’ai découvert que près de mon village le culte des Matrones était très diffusé. Il s’agissait d’un groupe de divinités celtiques féminines de la fécondité et de la fertilité, romanisées par le contacte avec l’Empire.

témoignage du culte des matrones

témoignage du culte des matrones

 Donc la Wicca nous pousse à connaître d’autres cultures mais au même temps elle nous encourage à connaître la terre où l’on vit, ses traditions, son histoire, sa culture qui nous appelle depuis l’antiquité. Un appel auquel il faut répondre pour ne pas oublier une partie des notre racines.