Le Solstice d’Été – Le Phœnix qui se lève

de Vivianne Crowley 

Trad. Valentina Ferracioli 

Le Paganisme contemporain est décrit parfois comme une orthopraxie plutôt qu’une orthodoxie. Il s’agit d’une pratique commune plutôt que d’une croyance commune. En cela on n’est pas très différents par rapport à nos ancêtres païens.

Les paiens faisaient des rituels mais ils n’avaient aucun credo ni doctrine. …ils n’étaient pas liés à des croyances révélées dans le sens chrétien du terme. Ils n’étaient pas poussés vers une foi: aucun group s’est jamais appelé « les fidèles »: le terme reste l’une des manières pour distinguer les épitaphes chrétiens et hébreux des épitaphes païens.

Robin Lane Fox, Pagans and Christians, 1986, 31.

En tant que païens, on travaille sur des symboles et mythes partegés. Chacun de nous interprète ses symboles et mythes d’une manière profondément personnelle et individuelle, mais on partage un même ‘langage’ non-verbale. Il y a des symboles qui viennent du grand rhizome des Traditions à Mystères et Magiques Occidentales et qui ont un signifié pour nous que l’on se définit païen, hethène, chrétien, juif, musulmans, hindou, bouddhistes, ou appartenant à d’autres traditions. Il s’agit d’images archétypiques qui résonnent dans toutes les cultures. Ce sont des images qui inspirent l’imagination, touchent le cœur, et stimulent la psyché creative. Souvent ce sont les symboles très simples – le cercle divisé en quarts, le ankh, le Cercle – à communiquer à travers une seule image, beaucoup d’idées complexes qui sont une source infinie de signifiés et visions.

On comprend seulement le type de pensée qui est équation … Mais au delà de ça il y a une pensée en images primordiales, en symboles qui sont plus anciens que l’humanité historique, qui sont déjà en nous depuis le début, qui vivent éternellement et survivent aux générations , en constituant encore une base de travail pour la psyché humaine. On peut vivre profondément notre vie seulement quand on est en harmonie avec ces symboles; la sagesse est un retour à eux. Ce n’est pas question de croire ni de savoir, mais d’accorder notre pensée avec les images primordiales de l’inconscient…

Carl G. Jung, The Stages of Life, 1930/1, para. 794.

Le Soleil à son zénith

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Pendant nos rituels du Solstice d’Été, avec le soleil à son maximum, on travail avec les symboles qui évoquent le soleil et son rôle dominant dans le ciel. On utilise des symboles comme le roi et la reine solaires qui, pour nous individus, représentent le moment de notre vie pendant lequel on se trouve à notre zénith – de succès, puissance et réalisation. Mais bien que les rituels du Solstice célèbrent le zénith, ils font aussi allusion au déclin qui suivra. Parfois cela est représenté par le combat entre le roi solaire et son rivale, le roi de l’obscurité. La Lumière triomphe sur l’Obscurité – mais seulement pour un moment. Pendant cette bataille la Lumière est fatalement blessé et dans le temps cette blessure conduira la Lumière vers le déclin.

Si on médite sur ces symboles, qu’est-ce qu’on trouve? On peut découvrir que, même si l’on est puissant, dans le temps on affrontera le déclin et la fatalité de la mort. On apprend qu’il n’y a pas un pouvoir qui peut continuer incontrôlé, que la volonté de puissance est limitée, que la position et la richesse matérielle sont transitoires . Dans le temps toutes les choses passent; toutes les choses changent.

Le mythe du Phoenix

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Les symboles fonctionnent parce qu’ils stimulent la psyché. Ce sont mystérieux et ils ont beaucoup de niveaux de lecture. On essaye de les comprendre. L’esprit humain nous a communiqué nos désirs les plus profonds et nos aspirations spirituelles de manière visuelle bien avant le développement des langages complexes.

Le phœnix est une image archétypique associée au soleil. Il apparaît dans beaucoup de cultures. Ces mythes sont différents, mais tous disent qu’il s’agit d’un oiseau très rare, magnifique, magique, et qui représente un grand changement. De la Grèce ancienne le mythe dit que le Phoenix est un oiseau légendaire au magnifique plumage de la couleur du feu. Il vie en Arabie près d’un puits d’eau fraiche. Chaque matin quand le soleil se lève et l’aube arrive, le phœnix se baigne dans les eaux fraîches et claires du puits et chante une chanson si douce et merveilleuse que même le Dieu Soleil dans son char s’arrête pour l’écouter. Le phœnix se renouvèle éternellement, existant depuis des éons. Chaque 500 années, il construit un nid avec des branches de cannelle qui brûle et consume le phœnix en cendre. Depuis les cendres, une nouvelle phœnix se lève. La nouvelle incarnation met les cendres de son vieux corps dans un oeuf de myrrhe et vole jusqu’à la ville égyptienne du Soleil, Héliopolis ou On, où il laisse l’oeuf sur l’autel comme offre au dieu soleil Ra.

Quel signifié peut-on trouver dans ce mythe?

Le roi solaire au Solstice d’Été peut être vu comme le représentant de l’ego dans sa position dominante dans la personnalité. Pendant la première moitié de notre vie on a besoin d’établir un sens très fort d’identité, pour qu’on puisse vivre dans le monde et affronter les défis de la vie adulte, comme gagner sa vie et créer des relations. Pendant la deuxième moitié de notre vie on a besoin de laisser aller et avancer. On ne peut pas posséder ce qu’on a gagné pour toujours. Au lieu de faire toujours les choses de la même manière, on peut croître et se développer de manière différente. On ne peut pas abandonner totalement le matériel pour le spirituel, mais on peut engager plus d’énergies dans le monde intérieur et dans renforcement et développement d’un rapport plus fort avec le domaine transcendant – les valeurs et expériences qui sont éternelles. On peut essayer de vivre nos vie en accord avec les valeurs qui sont proches du coeur de l’expérience humaine – notre effort de nous unir avec la conscience qui se trouve au delà de nous, la conscience qui est le Divin. Pendant la deuxième moitié de notre vie, notre force physique décline, mais notre force spirituelle augmente. Pendant qu’une moitié de la clepsydre se vide, l’autre se remplit. Pour faire cela, on a besoin de sacrifier nos ambitions matérielles pour des buts spirituels qui peuvent étendre notre soi intérieur et nous aider à continuer à sonner aux autres et à la réalisation de notre potentiel humain. Ce sacrifice est mentionné dans le mythe du Solstice d’Été – le roi solaire est blessé et ses énergies et forces se tournent vers sa guérison avant de pouvoir guérir le monde.

Le phœnix est un symbole du pouvoir créatif. Il se recréé depuis le feu; depuis le feu de son énergie il se lève encore. Au Solstice d’Été le message est de puissance, notre habilité de nous transformer. C’est un message de maturité spirituelle – aucun maître, gourou, prêtresse ou prêtre, peut opérer cette transformation pour nous. C’est une transformation qui ne se réalise sans laisser aller notre vieux soi; laisser le passé pour créer un chemin vers le futur. Le phœnix s’offre à lui-même et renaît; depuis les cendres du feu le nouveau phoenix se lève, l’Etoile du Matin de Ra.

Ateliers « Le Phoenix qui se lève »

Vivianne Crowley est auteur de Phoenix from the Flame: Living as a Pagan in the 21st century. Elle et Chris Crowley tiennent des ateliers sur le Phœnix qui se lève pour se connecter et travailler avec les énergies du phœnix. Les prochaines dates de cet atelier sont: samedi 2 juillet 2016 à Helsinki, Finlande, contact: tiedotus@lehto-ry.org; et dimanche 2 avril 2017 à Rome, Italie, contact: info@circolodeitrivi.com

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Références

Crowley, Vivianne. 2000. Carl Jung: Journey of transformation – an illustrated biography. Wheaton, Illinois: Quest.

—. 1994. Phoenix from the flame: Living as a Pagan in the 21st century. London: Thorsons/HarperCollins.

Jung, Carl G. 1930/1. The Stages of Life. Vol. 8, in The Collected Works of C.G. Jung, Vol. 8, The Structure and Dynamics of the Psyche., by Carl G. Jung. 1969 ed. First published 1960. London: Routledge & Kegan Paul.

Lane Fox, Robin. 1986. Pagans and Christians: In the Mediterranean World from the Second Century AD to the Conversion of Constantine. London: Penguin.

Le vert Printemps

de Vivianne Crowley
Trad. Valentina Ferracioli

Cette année j’ai célébré le printemps dans quatre pays proches. Le printemps a commencé pour moi avec un rituel wiccan en Angleterre. Le deuxième rituel a été au Clonegal Castle en Irlande, la maison-mère de la Fellowship of Isis, et puis au sites néolithiques de Loughcrew, Newgrange et Knowth. Depuis l’Irlande en bateau je suis arrivée au nord du pays de Galles et près des merveilleuses montagnes de Snowdonia pour une autre célébration. Et maintenant je suis rentrée chez moi en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, et je me reconnecte avec la terre en tondant la pelouse qui pousse rapidement, et en dégageant les branches tombées sur notre labyrinthe et notre cercle de pierres, suite aux tempêtes d’hiver. Chaque lieux à ses énergies et traditions uniques, mais en chaque lieux les signes du printemps portent le même message d’espoir, renouvellement, énergie et guérison.

Mon sang est vert

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Vivianne Crowley au Clonegal Castle, Irlande

Quand j’étais petite, mon affinité avec les arbres était tellement forte que souvent je disait que mon sang était vert. Quand la sève montait dans l’arbre, mon énergie montait aussi. Je crois que cela est encore vrai pour tous – si on se prenait du temps pour observer. Pour ceux qui entre nous enseignent, aller dans la nature c’est comme boire au puits de la vision. Cela apporte renouvellement, créativité et une nouvelle énergie à transmettre aux autres.
Dans la Wicca on dit que « Si ce que tu cherches tu ne le trouves pas en toi, tu ne le trouveras jamais hors de toi ». Et à chaque année cela semble devenir de plus en plus vrai. Beaucoup de ce qu’on fait en tant que païens c’est de se rappeler, de réunir les fragments du passé pour recréer le tout. Réveiller et rappeler une connaissance qui est déjà en nous. Apprendre à écouter, et à être conscient de ce qui se trouve en nous et autour de nous dans le monde naturel.
Ce qu’il y a de bien dans le cycle des saisons du Paganisme, c’est qu’à chaque festivité on a la chance de se rappeler des origines des aspirations et désirs spirituels de l’humanité, notre émerveillement, révérence et désir de se connecter avec les forces mystérieuses de notre planète et du cosmos au delà. En faisant cela, on dépasse les soucis du présent pour se rappeler qu’ils ne sont que des moments du temps cosmique. Tout passera, tout changera.

Reverdir l’Esprit

Ce printemps marque le troisième anniversaire de mon blog Patheos. Quand, en 2013, je cherchais un titre pour le blog, la phrase « Greening the Spirit » (Reverdir l’Esprit NdT) est arrivée. C’était le printemps, donc il y avait une connexion logique avec ce qui se passait autour de moi dans la nature. Le vert est aussi une phase du processus alchimique et j’avait conduit un atelier sur l’alchimie spirituel l’année précédente. Si vous êtes familier avec la Qabbalah des mystères occidentaux, vous pouvez associer le vert à Netzach dans sa transition vers l’or de Tiferet. Les émotions personnelles et l’amour commencent un voyage de transformation en un amour plus vaste et profond qui connecte l’humanité entière et l’univers au delà. Dans un autre sens ésotérique, le vert est associé au renouvellement et à la renaissance, ce pour cela que les Egyptiens représentaient Osiris ressuscité avec le visage vert.

Viriditas

Le vert apparaît aussi dans l’ouvre de l’une des femmes mystiques que je prefère, Hildegard von Bingen (1098-1179). Elle utilisait le mot latin viriditas pour exprimer les qualités essentielles du Divin selon elle – vitalité, fécondité, fraicheur, abondance et croissance. Écrivaine, artiste, prophète, enseignante, docteur et visionnaire, Hildegard aurait été une guide spirituelle formidable en toute tradition ou époque. Sa musique monte dans les cieux et perce le coeur par sa beauté et son sens d’émerveillement extatique face au Divin Féminin. En tant que femme qui vécut en Allemagne au Moyen-Age, Hildegard trouva sa dimension spirituelle dans le Christianisme, mais dans une autre époque elle fut peut-être une prêtresse de la Déesse qui exprimait son amour pour le Divin qui se manifeste dans le monde naturel.

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Loughcrew, contée de Meath, Irlande

Entrer en communion sur les tumulus des fées

Le mot viriditas m’est arrivé quand je me trouvais ce printemps sur les vertes collines de Loughcrew, contée de Meath, Irlande, un site néolithique qui fait partie de l’ensemble de Newgrange et Knowth, un lieu crée par la nature et modelé par la main de l’homme il y a plus de 5000 ans. La « soeur » la plus celebre de Loughcrew, Newgrange, est alignée au Solstice d’Hiver, mais à Loughcrew c’est l’aube de l’Equinoxe de Printemps qui pénètre dans la cavité de la colline en illuminant la chambre sépulcrale pour symboliser le renouvellement. Loughcrew est l’un des lieux dans lesquels le monde des hommes et celui des fées s’approchent. C’est comme si des présences invisibles se trouvent derrière la ligne des arbres qui suivent le chemin vers le haut des tumulus. L’air est pleine d’un son intense, le son des oiseaux qui chantent. Et pendant que l’on écoute le chant des oiseaux c’est facile de retourner dans le passé, et voir nos ancêtre qui marchent vers les collines pour arriver au lieu de leur pèlerinage. Dans le monde les etres humains ont créé des lieux sacrés où les communautés pouvaient se rencontrer pour honorer les symboles et les valeurs partagés; pour s’approcher aux Dieux et pour s’approcher entre eux.l’un des aspects les plus important du Paganisme contemporain a été celui de recréer ces reunions; se réunir pour les festivités de la communauté qui célèbrent notre style de vie et nos valeurs, et rencontrer d’autres personnes lointaines qui les partagent avec nous.

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Newgrange, Irlande

Communitas

Se connecter avec les autres sur notre chemin spirituel peut être difficile, mais construire un sens de communitas, communauté avec les autres, est aussi important que de se connecter avec la nature. Beaucoup de païens pratiques principalement en solitaire, mais l’interconnexion sociale est l’une des forces motrices du comportement humain. En Irlande, à Loughcrew, Newgrange et Knowth, on voit une hérédité de 5000 ans faite par un ensemble d’efforts collectifs humains extraordinaires qui impliquèrent le déplacement de milliers de tonne de terre et pierres, qui a exigé beaucoup de siècles pour être érigé. Autrefois, les pyramides égyptiennes étaient considérées comme les constructions humaines les plus anciennes, mais chaque décennie apporte des nouvelles découvertes archéologiques. On sait que les structures mégalithiques européennes sont plus anciennes. Où je vis en Bretagne, au nord-ouest de la France, il y a une chambre sépulcrale de 7000 ans. Dans la Turquie orientale il y a des sites sacrés qui dates 12000 ans ou plus. Chaque découverte archéologique déplace la ligne du temps en arrière. Et ces structures sophistiquées, faites seulement en utilisant des objets en pierre ou bois, répondent au besoin humain contemporain de retrouver nos origines les plus anciennes.
Quand on se trouve dans un site ancien, on ressent une partie du mystère et de la merveille qui ont poussé les anciens peuples à le créer. Même s’ils ne sont pas nos ancêtres de sang, on se sent en continuité spirituelle avec eux. On est en empathie avec ce qu’ils cherchaient à obtenir et on les remercie pour nous avoir laissé en hérédité ces symboles de foi et révérence. Ils sont un rappel très puissant, quand la construction d’un Paganisme post-chrétien semble difficile, quand on vacille face à la vastité du Grand Oeuvre. La vision de nos ancêtres était projetée vers les siècles futures, en travaillant pour quelques chose dont ils n’auraient pas pu jouir. Chaque contribution que l’on donne c’est comme poser une autre pierre sur le cairn, un autre seau de terre sur le tumulus, on construit lentement mais, pas à pas, on le construit.

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Autel principal au Clonegal Castle, Irlande

Nager dans le signe des Poissons

de Vivianne Crowley

(Trad. Valentina Ferracioli)

Mes pensées sont comme des poissons –
grands, petits,
un poisson solitaire ou en banc,
gentils et menaçants:
Je suis l’océan.

En bas dans les profondeurs de l’inconscient
ce sont les plus cachés qui nagent –
ceux qui ne connaissent pas l’humanité.
Certains sont aveugles –
mais ils voient ce que je ne vois pas.
Eux aussi n’ont pas besoin de moi pour exister.

De temps en temps une anguille électrique –
belle, inattendue, surprenante – me réveille,
et puis les grandes baleines dans leur groupes
des pensées sages, déterminées et intelligentes.
Elles aussi n’ont pas besoin de moi.

Vivianne Crowley

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Alors qu’on passe de février à mars, on entre dans le signe astrologique des Poissons, le douzième signe du zodiaque. Dans un thème astral, les Poissons sont associés à la douzième maison du thème, la maison liée aux idées et aux visions qui émergent de l’inconscient.
Beaucoup de traditions spirituelles enseignent que pour évoluer spirituellement il faut connaître qui et ce qu’on est. Beaucoup de cela se trouve caché sous la surface des eaux de l’inconscient. On trouve des traces et des suggestions dans nos rêves et pendant nos méditations ou rêveries. Des fois cela arrive tout simplement – soudain on a des visions à travers nos rêves, ou à travers l’art ou l’écriture creative, et on découvre des choses qu’on connaissait mais qu’on ne savait pas de connaître. Mais des fois on doit consciemment s’arrêter, distinguer et attendre. Pour faire cela on doit prendre du temps dans ce monde frénétique et chargé , et s’arrêter pour « être » tout simplement.

Chercher du temps pour « être »

Ce n’est pas du tout facile. Nous êtres humains sommes des créatures très complexes avec beaucoup de besoins qui nous mènent dans différentes directions et la société nous encourage vers certaines directions plutôt qu’autres. Au cours des ces derniers siècles, dans la culture occidentale, l’idée de prendre du temps pour « être » n’a pas eu de valeur. Même dans les pays les plus catholiques, l’éthique protestante du travail a été tellement adoptée que l’on a été encouragé à passer les heures du jour en travaillant et en gagnant de l’argent pour pouvoir consommer, et puis à travailler pour pouvoir gagner encore et consommer encore plus. Cette folle et insoutenable spirale est en train de pousser le sociétés à la limite et nous, qu’on est piégé dans ce cycle, on est aussi poussé à la limite. Cela ne signifie pas qu’on doit faire semblant d’être des hippies des années 1960 en s’éloignant pour se syntoniser. Le monde a besoin de notre engagement et non de notre désengagement, d’affronter les problèmes plutôt que de les éviter. Mais on pourrait mieux fonctionner et faire des choix plus saines dans un monde plus sain si seulement on se prenait du temps pour s’arrêter, pour assimiler notre expérience, pour réfléchir et nous rappeler ce qui est vraiment important et ce qui nous rend heureux. Cela signifie de prendre du temps pour se concentrer sur le spirituel et sur le matériel, sur « être » et faire.

Intensifier le moment

Paradoxalement, prendre du temps pour « être » ne signifie pas perdre du temps, ou gâcher du temps qu’on pourrait utiliser de manière plus productive. Cela nous donne plus de temps. Rempli, en ayant bu de la source de l’être, on peut faire beaucoup plus par rapport à quand on est stressé, épuisé et fatigué. Prendre quelques minute de concentration peut élargir nos horizons et nous rendre plus ouvert aux nouvelles possibilités. Souvent si on participe à des activités rituelles, il nous semble que des heures entières soient passées, mais en réalité on est resté dans cet espace sacré à peine une heure. C’est parce que pour une fois on était concentré entièrement sur ce qui se passait autour de nous dans le moment présent. Pendant cet états de concentration , notre conscience ne passe pas continuellement d’une chose à l’autre, en se focalisant sur ce qui se trouve autour de nous, puis sur ce qui nous inquiétait hier, puis sur ce qu’on doit faire demain, et puis se demander ce que les autres personnes sont en train de faire.

Entrainer la concentration

On peut beaucoup obtenir quand nos cerveaux ne sont pas engagés en ce que d’habitude on appelle « multi-tasking » qui n’est pas ce qu’on pense. Quand on pense être multi-tasking en réalité notre attention passe continument d’une activité à l’autre. Cela rend vraiment difficile de développer un entrainement créatif de notre pensée. On est constamment en train d’interrompre le flux e le reflux des idées bien avant qu’on puisse les développer. Avez-vous jamais essayé de faire de l’écriture creative pendant que Facebook, Instagram ou votre mail restent ouverts en arrière-plan? C’est bien si on doit faire du travail mondain, mais si on doit penser profondément il nous faut de la concentration.

Flotter sur la mer de l’esprit

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Souvent l’image associée au concept d’ « esprit » est celle du ciel ou des domaines de l’air. On à « la tête dans les nuages » et on « souffle les toiles d’araignée ». Mais l’esprit peut être aussi comme l’élément eau – un ruisseau cristallin de montagne, une source d’eau fraiche dans le désert, la grande mer qui connecte toutes les choses.
Donc avant que l’énergie de l’Equinoxe de Printemps approche, utilisons cette periode du signe d’eau des Poissons pour entrer dans les eaux, pour nager dans la mer des nos esprits, et prendre du temps pour expérimenter ce qui se trouve dedans. Cela ne signifie pas rester à l’intérieur et méditer. On peut le faire pendant un rituel ou pendant une promenade méditative – tout ce qui peut nous aider à nous reconnecter avec ce qui est important; ce qui se trouve au delà de nos préoccupations, nos anxiétés, nos espoirs et joies quotidiennes.
Quand on arrive à ces moments de calme sous le manteau changeant des saisons, alors on peut se concentrer sur qui et ce qu’on est et sur l’expérience en appréciant chaque moment, chaque respire, et chaque goutte précieuse du Graal du Vin de la Vie.

Honorer deux femmes spirituellement puissantes: Jean Williams et Olivia Robertson

de Vivianne Crowley (Trad. Valentina Ferracioli)
Janvier est le mois du dieu romain Janus, dieu des portes et des passages, des entrées et des sorties. Même si on célèbre une date différente pour le début de notre année sacrée, le 1er janvier, comme début de l’année séculaire, est un bon moment pour regarder en arrière et en avant. Janus était un dieu avec deux visages, l’un tourné vers le passé e l’autre vers l’avenir. Pendant cette période c’est normal de réfléchir sur ce qui a été et sur nos espoirs pour l’année qui vient.

Réfléchir sur le 2015

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Jean Morton-Williams (1928-2015), gauche; Olivia Durdin-Robertson (1919-2013), droite

Pour beaucoup d’entre nous le 2015 a été une année de mort; parfois des personnes près de nous, parfois des personnes tuées par la terreur et la violence. Je croyait que la période de la mort était finie pour moi en novembre en Irlande, quand j’ai visité la tombe des mes grands-parents, mes oncles et celle de Olivia Durdin-Robertson (1919-2013) de la Fellowship of Isis. Malheureusement ce n’était pas fini. À la veille de Noël la triste nouvelle d’une mort subite en famille, et le jour de Noël une autre triste nouvelle, la mort d’une amie pendant plus de quarante ans, Jean Morton-Williams (1928-2015), Grande Prêtresse du Bricket Wood coven, fondé par Gerald Gardner, magicienne rituelle, auteur et, pendant plusieurs années, Secrétaire et puis President de la Pagan Federation.

Une vie spirituellement riche

Olivia et Jean étaient plutôt âgées quand elles sont mortes. Olivia avait 96 ans et Jean 87. Avec des vies si longues on peut penser qu’elles ont vécu jusqu’au fond. Bien sûr, toutes les deux ont vécu une vie spirituellement riche, dévouée au travail pour la Déesse. Elles ont été deux prêtresses rituelles pendant plusieurs années, mais aussi des auteurs, et guides de plusieurs groupes spirituels très important. Toutes les deux avaient une forte présence rituelle. Etre avec Olivia dans ses temples chez elle au Clonegal Castle en Irlande , quand la prêtresse oracle prononçait les paroles de la Déesse, c’était très émouvant. C’était également émouvant de voir Jean dans le rôle de Prêtresse pendant l’une des Messes Gnostiques qu’elle et son mari ont célébré pendant plus de 25 ans, quatre fois par année dans leur temple à Londres. Une invitation à ces Messes était chérie par les païens et les occultistes anglais.
Ces deux femmes ont su mêler avec grâce le niveau spirituel et celui mondain qui, dans le cas de Jean, inclut aussi une carrière comme psychologue qui mena à la direction de la plus grande organisation anglaise de recherche sociale indépendante, SCPR, plus tard renommée NatCen. A travers leur travail elles ont dépassé les barrières. L’une des premières aventures magiques de Jean et Zach fut la création d’une série de conférences ‘Bridges and Boundaries’ (‘Ponts et Confins’ NdT) pour réunir les communautés païennes et ésotériques, et Jean a été l’une des forces qui ont mené à l’ouverture de la Pagan Federation, initialement à majorité wiccane, vers la communauté païenne plus vaste. La vision d’Olivia pour la Fellowship of Isis était également ouverte et inclusive. La Fellowship avec sa doctrine et structure minimale a été fondée pour réunir les gens appartenant à différents parcours spirituels pour honorer le Divin Féminin et pour trouver une place pour la Déesse dans le temple du coeur.

Vivre la vie à fond

Jean et Olivia ont vécu une vie pleine et heureuse pendant les dernières années. Dans le cas de Jean, elle a passé plus de 25 ans en travaillant pour le développement de la Pagan Federation. Ses premiers écrits académiques comme, ‘The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions’ (Sykes and Moreton-Williams 1997) ont fait place aux écrits plus ésotériques mais également profonds. Après The Gods within (Williams and Cox 2008) cet été un autre livre de rituels a été publié The Play goes on (Cox, Williams and Friends 2015). Malgré leur age, elles nous ont laissé trop tôt. Elles étaient deux femmes magiques et puissantes mais humbles, libres penseuses qui ont eu un grand impact sur leur communauté spirituelle, à travers leurs écrits, leur présence rituelle, et leur vaste réseau de contactes internationaux. Elles sont mortes mais elles avaient encore beaucoup de choses à donner.
Tout cela me mène à une dernière réflexion sur l’année 2015 en contemplant la vie des ces deux femmes extraordinaires qui ont touché ma vie. Jean Williams était bien moins publique que Olivia Durdin-Robertson et une auteur moins prolifique, mais elle était une figure centrale dans la communauté occulte et païenne anglaise. Seulement certaines rares interviews peuvent être repérée sur internet, comme celle publiée dans Wiccan Rede (Russell 2004), mais elle apparaît presque anonymement dans les recherches de certains païens académiques: ceux qui travaillent derrière la scène sont aussi important que ceux qui sont au centre de la scène. Sans surprise, Jean ne voulait pas devenir President de la Pagan Federation. Moi et autres on a longtemps discuté pour la convaincre que c’était le moment pour elle de prendre un rôle centrale. Etant née à la cuspide entre Cancer et Lion, elle préférait guider de manière discrète, mais à la fin elle le fit.

Lumière inspirante

Olivia et Jean étaient deux personnes qui ont inspiré les autres à devenir ce qu’ils étaient et à trouver leur propre place dans la vaste communauté. Elles étaient deux femmes puissantes qui donnaient le pouvoir aux autres. Elles étaient très bien conscientes de l’importance de faire beaucoup de choses et elles savaient que le temps ne s’arrête pas. En sachant cela, elles ont pu donner beaucoup.
À la fin de cette année, on peut honorer leur vie et mémoire en faisant exactement ce qu’elles ont fait – en se mettant au service des autres, en ne renvoyant pas à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui, et en sachant que, même si on vit longtemps, pour quelqu’un de nous il n’y aura jamais assez de temps pour faire tout ce que l’on peut faire.
Que ce 2016 soit une année de créativité, pour donner aux autres, en faisant un très bon usage de ce qu’on peut donner au monde. Autour de nous il y a beaucoup d’obscurité, mais les vies de ceux qui nous inspirent sont comme de la lumière dans l’obscurité; une lumière qui nous permet de voir ce que chacun de nous peut faire pour honorer la Déesse, quel que soit son nom, Elle qui est Isis aux Mille Noms.

Le seul moment qui est réel pour nous est ce du passage,
parce que seulement maintenant on a le pouvoir d’utiliser notre libre volonté.
Le passé est un monde phantasme immuable et fixe qui s’éloigne de nous,
et le futur, jusqu’à ce qu’il devient le temps pour le présent, n’existe pas.
(Olivia Robertson. Field of the Stranger, 1948, 70)

Références

Cox, Zachary, Jean Williams, and Friends. The Play goes on: Rituals of the Rainbow Bridge. London: Starfire Books, 2015.
Crowley, Vivianne. « Olivia Durdin-Robertson: Priestess of Isis. » In Female Religious Leaders in New Religious Movements, edited by Inga Bårdsen Tøllefsen and Christian Giudice. London: Palgrave-Macmillan, 2017-in preparation.
Pagan Pathfinders. « Jean Williams and Zach Cox Activities: The Gnostic Mass by Aleister Crowley. » Pagan Pathfinders. 2011. http://www.paganpathfinders.co.uk/projectss.html (accessed December 27, 2015).
Robertson, Olivia. Field of the Stranger. London: Peter Davies Limited and The Book Society, 1948.
Russell, Ash. « Pagan Pathfinder Extraordinaire: An Interview with Jean Williams. » Wiccan Rede Online: Magazine for Wicca and Modern Witchcraft. 2004. http://wiccanrede.org/2014/07/pathfinder-extraordinaire-an-interview-with-jean-williams-part-1/ (accessed December 28, 2015).
Sykes, Wendy, and Jean Moreton-Williams. « The use of interaction coding and follow-up interviews to investigate comprehension of survey questions. » International Journal of Market Research 39, no. 1 (1997).
Williams, Jean, and Zachary Cox. The Gods within: The Pagan Pathfinders Book of God and Goddess Evocations. London: Moondust Books, 2008.

Les Bénédictions du Solstice de Belisama

de Vivianne Crowley

Traduction Valentina Voxifera  

  

Au Solstice d’Eté chez nous en Bretagne, la région celtique au nord-ouest de la France, on invoque Belisama, la Brillante, la Dame de l’Eté. Certains disent qu’elle est la lumière brillante du soleil; d’autres disent qu’elle est plus fougueuse, la Dame des Batailles et des Flèches. On la retrouve en France et dans la région de Milan au nord de l’Italie, où les tribus celtiques sont venues chercher des nouvelles terres.

Retrouver la Déesse du Territoire

Le paganisme breton se trouve juste sous la surface, sa culture a été protégée pendant des siècles par la langue bretonne, que seulement les bretons connaissent. Le Christianisme et le Paganisme se fusionnèrent et les anciens chemins furent cachés sous l’apparence du nouveau. Les autels romains de Mithra furent inclus dans les églises chrétiennes. Les statues des déesses gallo-romaines rapparièrent comme Vierges.
Les anciennes divinités bretonnes vivent et on a découvert qu’en faisant des rituels à l’extérieur, les divinité qu’on invoquait d’habitude dans notre temple à Londres ne nous parlaient pas sur cette terre riche, ni dans la salinité du vent, ni à l’ombres des pierres érigées vers un ciel étoilé. Lors des nos premiers rituels dans le cercle de pierre qu’on a créé, on invoquait les quatre directions en utilisant les images de la traditions celtique – l’aigle à l’est, la jument blanche au sud, le saumon à l’ouest et le taureau noir au nord. Comme les noms des dieux qu’on utilisait en Angleterre et en Irlande ne semblaient pas corrects, on invoquait le Déesse et le Dieu comme « Dame » et « Seigneur ». Puis lors d’un rituel on était assis autour d’un feu et on a attendu. On écoutait le vent dans les arbres, les cris des hiboux, les bruissements des animaux curieux entre les buissons, venus voir notre rituel de feu. À la lumière tremblante du feu et le sifflement des arbres, on écoutait attentivement, pour découvrir le schéma divin des ces sons. Des mots arrivaient et on trouvait un signifié.
On écoutait et dans le vent un son arriva. On confronta nos notes. Oui, on avait entendu la même chose. On avait trouvé notre première divinité.L’intuition avait trouvé un nom et la pensée maintenant prenait sa place. On acheta des livres sur l’histoire celtique de Bretagne. On a découvert ainsi le travail de Christian-J. Guyonvarc’h, professeur en études celtiques à l’Université locale de Rennes, et les recherches des historiens bretons locaux, comme Gwenc’hlan Le Scouëzec. On a commencé à découvrir nos Déesses et Dieux. On a découvert Belisama et on a commencé à l’adorer.

La Déesse Dorée

La mer qui entoure la Bretagne de trois cotés porte avec elle les brumes, la pluie, le vent et le soleil. C’est une terre aux longue soirées dorées d’été, quand le coucher teint le ciel d’ambre, orange, abricot et rose. C’est cette lumière dorée qui a attiré en Bretagne au dix-neuvième siècle des peintres comme Paul Gauguin pour peindre « Le Christ Jaune » et « Meules de foin en Bretagne ». On a découvert que c’est Belisama la déesse des étés dorés qui commence à Beltane. Dans les longues soirées dorées, les rayons du soleil transforment les cristaux de quartz de notre ferme et ils brillent d’une lumière dorée. On ressent la présence de Belisama dans le cercle et tout autour quand les journées d’été commencent à s’allonger. On la ressent comme de l’énergie, dorée et lumineuse, joyeuse et créative. Il y a le rire et la force. On ne la ressent pas comme Vierge ni comme Mère; mais comme déesse amante qui prend comme amant ceux qu’elle veut et qui donne son amour à tout le monde.

Feu et eau

Au Solstice quand le soleil est au maximum de sa force, on entre dans le signe astrologique du Cancer. Le Solstice porte avec lui les énergie du feu et de l’eau à la fois, l’eau des plaisantes pluies d’été. Dans notre travail rituel avec Belisama elle vient à nous comme une déesse solaire et de l’eau. Nos étés bretons ce sont les été du soleil et des averses, donc cela a du sens chez nous. Pendant nos recherches, on a decouvert qu’il y a un lien avec l’eau. Le géographe romain Ptolémée enregistra le nom d’un fleuve au nord-ouest de l’Angleterre, appelé maintenant Ribble, Belisama. On a remarqué que notre vision de Belisama est tout à fait semblable à l’image de la carte des tarots des Etoiles. On la voit très souvent près des ruisseaux dans lesquels coule de l’eau fraiche. On la voit se promener sur les rives antre le joncs et les fleurs. On invoque Belisama quand nos initiés italiens viennent nous voir de Milan. Quand la déesse est invoquée, la pleine lune monte grande et dorée. On voit ici une autre image de Belisama. Est-elle la lune dorée d’été que l’on voit très souvent resplendir sur notre terre dorée?

S’approcher à nos Dieux

Dans beaucoup de traditions païennes à mystères, l’invocation est le sacrement, le processus  sacré à travers lequel celui qui invoque et l’invoqué créent une identification temporaire entre un être humain et le Divin. Lors de ce moment de fusion, on peut retrouver des visions, des signifiés, de l’inspiration, du pouvoir et, à travers une expérience extérieure, de la sagesse qui peut enrichir notre pratique spirituelle et nos vies quotidiennes.
La spiritualité païenne s’exprime par des symboles plutôt que par des mots pour transmettre un message spirituel. On n’est pas piégé comme certaines religions « du livre » par l’interprétation d’un groupe d’êtres humains dans un temps et un espace bien définis. À travers les symboles, les dieux nous parlent et on peut mieux les comprendre. On invoque Belisama et nos visions et notre compréhension d’elle évoluent. L’importance des symboles dans le spiritualité païenne nous démontre que les idées peuvent évoluer dans le temps – on peut faire des changements, la spontanéité et la créativité rituelles sont encouragées. Belisama est venue à nous dans notre cercle et notre temple. On sait très peu de comment les gens la concevaient et l’adoraient dans l’antiquité. Belisama est comme la lumière du soleil – elle change jour par jour. On se contente de l’adorer comme elle choisit de se manifester et en elle on voit, on connait, on se rappelle de la beauté de l’été.

Benedictions d’été

Que vos divinités viennent à vous quand vous honorez les marées des saisons. Que votre Eté soit riche en prosperité et guerison. Que vous et votre chemin soyez bénis.

‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’

de Vivianne Crowley
(Traduction de V.F. Voxifera)

Si quelqu’un vous demande, ‘Qu’est-ce que Aleister Crowley, Gerald Gardner, Dion Fortune, Doreen Valiente, Kenneth Grant et Margot Adler ont en commun?’ Vous allez peut-être répondre qu’ils sontp tous des auteurs, ou bien qu’ils ont été très importants dans la redecouverte du Paganisme et de l’occultisme. Une autre réponse peut être qu’ils ont tous cité les mots de Carl Gustav Jung dans leurs oeuvres. Pourquoi Jung et pourquoi semble-t-il si important pour eux?
Aleister Crowley (1875-1947) naquit en la même année que Jung et il vécut les mêmes Guerres Mondiales et les mêmes changements dans la culture et société occidentales. Entre Thélème et la psychologie analytique il semble y avoir une grande distance, mais Crowley fut l’un des premiers lecteurs de Jung. En 1919, deux livres l’ont aidé à écrire ‘un traité formidable de quarante cinq mille mots’. Ces oeuvres furent Le Rameau d’or de Sir James Frazer et Psychologie de l’inconscient de Carl Jung. (Crowley, 1979 ed., p. 809).
Qu’est-ce qui a attiré le grand magicien vers l’oeuvre de Jung? Crowley ne fut pas vraiment un grand supporteur de la psychanalyse, mais en la fin de 1916 il écrivait dans l’édition americaine de Vanity Fair:

On n’est pas surpris en apprenent que le docteur Jung de Zurich a refusé quelques conclusion de Freud. Au lieu lier la volonté au sexe, il lie le sexe à la volonté. Donc, inconsciemment, il a ouvert la voie pour le retour de l’ancienne idée magique qui considère la volonté comme aspect dynamique du soi. Chaque individu, selon les initiés, a un but bien définit, et il assume une forme humaine, avec ses privilèges et ses limites, pour accomplir ce but. Cette vérité est bien exprimée en langage magique par la phrase ‘Chaque homme et chaque femme est une étoile’… (Crowley, 1916)

Trouver un centre

Aleister Crowley

Aleister Crowley

Pour Crowley, le travail de Jung conduit à ses mêmes conclusions – que chacun de nous a un but dans cette incarnation. Crowley considéra cela comme trouver son Vrai Soi, ou la Vraie Volonté. Dans le langage de Jung, ce but est « l’individuation » et le résultat final c’est de trouver le « soi ».

J’ai appelé cette totalité qui transcend la conscience, « soi ». Le but de ce procès d’individuation est la synthèse du soi.

(Jung, 1940, pp. 164, para. 278)

Selon Jung le soi est le soi le plus profonde:

…une conscience qui n’est plus coincée dans le monde personnel, super-sensible et fermé de l’ego, mais elle participe librement dans le vaste monde des intérêts objectifs. …en conduisant l’individu vers une communion absolue, indissoluble et liante avec le vaste monde.

(Jung, 1916/1928/1934, pp. 178, para. 275)

Ceci n’est pas le « moi » que l’on voit dans le miroir chaque matin. Ce n’est pas le produit de cette incarnation, bien que cette incarnation puisse contribuer. C’est plutôt le « soi » que l’enseignement hindou appelle « atman », notre noyau le plus profonde et durable.
Le procès de réalisation du soi inplique un déplacement du centre de conscience, de celui de l’ego à celui du soi. Cela est possible en s’ouvrant à ces parties de la psyché qui sont cachées et inconnues. On commence à sentir cette conscience plus vaste dans le monde du sommeil et du rêve. On peut également y accéder à travers la méditation, la visualisation et le rituel. Ce sont tous des procès qui bien évidemment font partie de la pratique de la plupart des païens.

Accepter l’ « autre »

Le voyage extérieur qui nous met en contacte avec la Nature, avec les Dieux, avec la Déesse, commence inévitablement à nous ouvrir à un endroit intérieur, le monde magique dans notre inconscient. Ce procès, s’il est bien administré, ne mène pas seulement à une ouverture mais à une intégration aussi – une acceptation du fait que les aspects qu’au début on considérait comme « autre », « pas-moi », font en réalité partie de notre être. Cela inclut l’ « intériorité sombre », l’ombre qui est le côté en négatif de notre personnalité que l’on préfère rejeter. Ce procès de réveil, réalisation, acceptation et intégration de l’ « autre » crée un nouveau centre qui entre en tout notre être, ce que Jung appelait « individuation ».

Individuation signifie devenir un « in-dividu », et, vu que l’ « individualité » comprend notre plus incomparable unicité intérieure, cela implique de devenir un avec son propre soi. On peut alors traduire individuation comme « atteindre le soi » ou « auto-réalisation ».

(Jung, 1916/1928/1934, pp. 173, para. 266)

Il y a beaucoup de chemins pour arriver à ce changement intérieur. La plupart des changements spirituels et psychologiques arrivent à travers les « initiations » de la vie quotidienne, quand on devient adulte et on apprend à avoir des responsabilités vers d’autres personnes. Mais une vie spirituellement et magiquement active peut bien accélérer ce procès – si on se prend du temps pour une vie spirituelle. Cela signifie employer son temps pour entrer en communion avec son propre monde intérieur, sa propre psyché profonde, la source de la vision et de l’inspiration. Le rituel, la méditation, la création artistique, l’écriture créative – ce sont des chemins pour l’inconscient et l’inconscient est un portail pour l’inconscient collectif de toute l’humanité. Qu’est-ce que c’est l’ « inconscient collectif »? On peut le voir comme une « zone a-temporale », un état de conscience au delà du temps et de l’espace, au delà du corps et au delà de notre incarnation actuelle. C’est un état de conscience que l’on perçoit et puis qu’on perd, et que l’on perçoit encore. Certaines pratiques du Paganisme – invocation, méditation, contemplation, voyage intérieur – peuvent nous aider à l’atteindre.

On est le Paganisme

Ces pionniers qui ont développé le Paganisme comme on le pratique aujourd’hui, ne sont pas arrivés à ce niveau en publiant des commentaires sur les groupes Facebook, ou en participant à des débats sur la réalité des dieux. Ils sont arrivés à ce niveau en dialoguant avec leur psyché intérieure. Pas tout le monde est un pionnier du Paganisme, destiné à écrire des livres érudits pur les autres; mais on est tous des pionnier parce qu’on est la première génération qui a appris à vivre comme des païens et à construire un Paganisme qui répond aux besoins de générations futures. Comment le Paganisme doit être vécu? Comment notre pratique peut créer un chemin pour l’auto-réalisation qui répond aux nécessités de ceux qui sont portés au changement spirituel? Comment peut-on vivre le paganisme si l’on veux créer quelques chose de nouveau, de beau et puissant qui va améliorer le monde, ou des petites parties? Ce sont les grandes questions qu’on affronte chaque jour, en chaque choix que l’on fait, et comment on choisit et décide de diriger nos énergies et notre temps.

Créer des constellations

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Aucune tradition spirituelle peut avancer au delà des individus qui en font partie, donc notre présent est le mieux qu’on puisse obtenir. Si on veux que le Paganisme se développe et prospère, on doit créer en nous une communion avec les Dieux et avec la psyché plus profonde qui nous change et qui inspire les autres. Tout cela prend tu temps, du temps intérieur. On ne peut pas le faire simplement en écrivant, en encourageant les autres, en organisant, en enseignant – tous ces choses sont importantes, mais ce seront authentiques et durables seulement si elles sont construites sur une véritable expérience spirituelle. Cela ne peut pas être absorbé indirectement, même si les expériences des autres peuvent nous inspirer. Chacun de nous doit créer du temps et de l’espace pour transformer notre intérieur.Chaque homme et chaque femme est une etoile, et pour créer un nouveau Paganisme on a besoin des constellations – des individus en contacte avec leur veritable et authentique soi et qui travaillent en harmonie avec les autres, et on obtien cela seulement en creant l’harmonie en nous-memes. Cela est le defi que l’on doit affronter.

Références

Crowley, A. (1916, December). An improvement on psycho-analysis: The Psychology of the Unconscious – for dinner-table consumption. Vanity Fair , pp. 55, 134.

Crowley, A. (1979 ed.). The Confessions of Aleister Crowley: An Autohagiography (2nd edition. First published 1969 ed.). (J. Symonds, & K. Grant, Eds.) London, Boston and Henley: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1940). The psychology of the child archetype. In C. G. Jung (1968 ed.), The Collected Works of C. G. Jung, Vol. 9, part 1, Archetypes and the collective unconscious (pp. 151-181). London: Routledge & Kegan Paul.

Jung, C. G. (1916/1928/1934). The relations between the ego and the unconscious; part 2: Individuation. In C. G. Jung (1966 ed.), The Collected works of C. G. Jung, Vol. 7, Two essays on analytical psychology (pp. 173-241). London: Routledge & Kegan Paul.

‘Et au delà de la mort je donne la paix et la liberté…’

de Vivianne Crowley 
Traduction de V.F. Voxifera

On est en train d’entrer dans le signe astrologique du Scorpion, quand notre esprit tourne naturellement vers la mort. Reconnaître la réalité de la mort c’est quelques chose que l’on fait – et que l’on ne fait pas. La plupart de nous hésite entre l’acceptation théorique et l’indifférence. Quelqu’un de nous a perdu des parents ou amis pendant l’adolescence ou à vingt ans et on a du faire face à la mort et à la douleur très tôt . On peut perdre les parents et les elders spirituels, et on trouve que les gens de notre génération tombent malades et meurent, parfois bien plus tôt que prévu.
Quand il atteignit sa quarantaine, le célèbre psychologue Carl Gustav Jung (1875-1961) écrivit dans son journal personnel Le Livre Rouge:

On a besoin de la froideur de la mort pour voir plus clairement. …Si j’accepte la mort, alors mon arbre devient vert, puisque la mort accroit la vie. Si je plonge dans la mort qui englobe le monde, alors mes bourgeons s’ouvrent. Que notre vie a besoin de la mort!
La joie pour les petits riens arrive à toi seulement quand tu as accepté la mort … Si tu accepte la mort, c’est à la fois comme une nuit glaciale et un pressentiment angoissant, mais c’est une nuit glaciale dans une vignoble pleine de doux raisins. Tu prendra bientôt plaisir de ta richesse. La mort fait mûrir. On a besoin de la mort pour pouvoir récolter les fruits. Sans la mort, la vie n’a pas de sens, puisque ce qui dure longtemps se lève encore et nie sa signification. Pour être, et réjouir de ton existence, tu as besoin de la mort, et cette limitation te permet d’accomplir ton existence.

Carl Gustav Jung, Liber Novus/Le Livre Rouge, 2009 ed., 274-275.

Il croyait qu’en affrontant la réalité des limites de la vie humaine cela faisait du bien. L mort peut nous aider à apprécier la vie.

Conscience au delà du corps

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Beaucoup de païens croient que la mort n’est pas la fin de l’existence. Etant païens, on est les héritiers des anciennes traditions à mystères. L’une des finalités du processus initiatique était celle d’apprendre aux initiés la réalité de la vie après la mort. L’initié était exposé à des rituels et symboles qui causaient en lui un changement intérieur qui faisait passer un message à propos de son endurance. Ce n’est pas le « moi » constitué par l’ensemble des expériences d’une seule incarnation, mais c’est quelques chose de plus profond, et sans limites.

Qu’est-ce que c’est ce genre de conscience? Parfois on l’aperçoit, on la goute, et on en fait l’expérience. Pendant nos méditations les plus profondes, quand on est seul dans la Nature, et parfois pendant des moment intenses d’amour, sexe, douleur, initiation. Si l’on a de la chance, on a eu des expériences spirituelles qui nous ont appris que le corps n’est pas le borne de notre existence; que la façon par laquelle nos sens perçoivent le temps et l’espace n’est qu’un élément momentané, une représentation de la réalité transmise dans les limites des nos sens et leurs capacités. Les expériences de synchronicité, télépathie, rêves prémonitoires, rencontres surnaturelles, et les expériences hors du corps, comme les rêves lucides nous permettent de comprendre que notre conscience et l’image que l’on a de soi peuvent être séparés du véhicule physique du corps.

Les expériences de mort-retour, pour ceux qui l’ont testé, peuvent nous transmettre ce que les anciens mystères ont appris – que la conscience existe au delà du corps. Ce genre d’expérience est éxperienciel et individuel. Il ne peut pas convaincre ceux qui ne l’ont pas testé. Ce n’est pas quelques chose que l’on peut expliquer avec des mots et des argumentations rationnelles; ni émotionnelles. Ce n’est point question de satisfaire un désir ni de se défendre contre la réalité de notre mortalité. Ce sont des expériences qui sont réelles, ineffables, profondes et qui changent la vie.

L’expérience de mort-retour de Carl Jung

Dr Carl Gustav Jung (1875 - 1961) (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Dr Carl Gustav Jung (1875 – 1961)
(Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Carl Gustav Jung eut ce genre d’expérience en 1944 quand il avait 68 ans. Il souffrit à cause d’une fatalité commune dans la vieillesse – une chute sur le verglas. Il glissa et il se cassa le péroné. Puis, après dix jours, il eut une crise cardiaque et commença à mourir. Tout à coup, il se retrouva à flotter 1000 miles au dessus de la Terre. Les mers et les continents brillaient au dessous de lui et il put distinguer le désert arabe et les sommet enneigés des montagnes de l’Himalaya au nord des Indes, des images qui devaient être encore immortalisés à travers les voyages dans l’espace. Puis une grande structure monolithique noire se dressa devant lui. Il comprit que c’était un temple, et à l’entrée il vit un gourou hindou assis dans la position du lotus. Il ressentit que son existence terrestre avait été dépouillée, et rien ne restait sauf son essence, le coeur de son existence. Il était en train d’avancer et entrer dans le temple, quand son médecin apparut dans la vision et lui dit que son départ était prématuré; et beaucoup de personnes priaient pour son retour. Jung fut vraiment déçu quand la vision se termina tout à coup.

L’expérience eut un impacte profond sur sa vie. La dépression et le pessimisme qu’il avait ressenti pendant la Seconde Guerre Mondiale disparurent. Il décida d’abandonner son emploi dans l’université et de se dédier à son dernier travail important – ses recherches sur l’alchimie, la religion et le Gnosticisme. Il était détermine à utiliser le temps qui lui avait été donné et les dernières dix-sept années de sa vie de 68 à 85 ans furent les plus productives.

Le ‘moi’ et le corps ne coïncident pas

Tout le monde n’a pas eu des expériences traumatiques comme celles de mort-retour qui peuvent aider à se focaliser sur ce qui est vraiment important, mais les expériences spirituelles de transcendance, que beaucoup d’entre nous ont trouvé dans les rituels et dans les méditations, jouent presque le même rôle en nous apprenant que le « moi » et le corps ne coïncident pas. À travers notre pratique païenne, on a le privilège de pouvoir tester ce genre d’expérience qui nous aide à accepter l’inéluctable réalité: on est des êtres conscients dans un corps physique. Quand Samahin approche, on reconnaît que le corps grandit et déchoit. Comme on dit dans la Wicca, ce sont « …l’age et le destin contre lesquels on est impuissants » mais on se rappelle encore de la promesse de la Déesse:
‘Mienne est l’extase de l’esprit … et au delà de la mort je donne la paix, la liberté et la réunion avec ceux qui nous ont précédé.’
Donc en s’approchant à Samahin on honore le cycle de la mort, de la renaissance et de la nouvelle vie; et on honore la mémoire de ceux qui sont passés au delà du voile. On honore le don de la vie, le don le plus précieux, et on essaye de vider la coupe du vin de la vie jusqu’à la dernière goutte pour qu’aucune goutte ne soit gaspillée.

Honorer la Terre

de Vivianne Crowley (Traduction de V.F. Voxifera)   Autumn

Je suis la fraiche terre de Printemps lavée par la pluie,
un nectar pour les narines, dans lequel toutes les graines fleurissent;
Je suis les champs ensoleillés de l’Eté,
chaud au contact, le lit des amants;
Je suis le sol de la foret en Automne,
couvert de feuilles, je protège ce qu’il y a en dessous;
Je suis la terre glacée en Hiver,
je semble aride, mais je suis vivante.

Vivianne Crowley, Earth Charge

Selon moi l’automne est l’une des saisons les plus liées à l’élément Terre . Autour de notre maison dans la campagne française, les champs ont été dépouillés du blé doré de l’été. La terre est labourée et riche de fumier pour les cultures hivernales. Le mais est sec et bruni, prêt à être moissonné. Les feuilles sous les pieds dans les bois sont elles aussi sèches et brunies, et jonché de marrons. La senteur de la terre est intense dans les matins brumeux pleins de rosée.

L’automne est le temps d’honorer la Terre

On a célébré le moisson du blé, maintenant c’est le temps de célébrer le moisson des fruits de la Terre. On honore la terre qui nous donne richesse et abondance. La Terre est encore en train de fournir la nourriture dont on a besoin, mais tandis que notre population augmente, notre appétit pour la nourriture augmente comme les protéines animales qui consomment la plupart des ressources de la Terre et créent les gaz de serre. On devient de plus en plus conscient de la fragilité de l’économie agricole globale qui nous tient en vie. On s’inquiète pour la biodiversité des graines et la diminution de la population d’abeilles et papillons qui fécondent nos cultures nécessaires à la vie. On découvre que les grandes corporations détiennent les ressources des grains et essayent de les contrôler. À cause de l’interconnexion de l’économie globale il peut sembler difficile de comprendre ce que l’on peut faire en tant qu’ individus païens ou en tant que communauté. C’est facile de se sentir si impuissant que l’on croit que rien ne peut être fait pour changer la situation.

On est les Enfants de la Terre

Pas tous les païens sont éco-païens. Il y a des païens du Temple et des païens de la nature sauvage. Il y a ceux qui trouvent leur expression spirituelle la plus haute en étant seuls sous les étoiles, la lune, ou le soleil; et il y a ceux qui trouve l’intensité du Divin dans un rituel dans un temple sacré. Pas tout le monde veux occuper Wall Street, mais on est tous des enfants de la Terre, les enfants de Gaia. Un fil qui unit le tapis multicolore qui est le paganisme contemporaine, est l’amour pour la nature et pour la Terre. C’est banale, mais c’est vrai: si l’on est adorateurs de la nature il faut qu’il y ait une nature à adorer. Le succès de notre espèce est merveilleux sur différents niveaux, mais il y a un prix pour tout ça. La Terre et les autres êtres qui partage la planète sont en train de payer ce prix. La perte de notre monde naturel est un désastre pour toutes les espèces de la Terre, mais pour les païens cette douleur contient une autre dimension douloureuse de plus; pour nous la Terre est un être sentent qui a une conscience et une volonté. Réparer l’Éthéré Une bonne nouvelle qui nous fait espérer a été donnée il y a quelques jours: une bonne partie de l’élément éthéré a été reconstituée après le dégât que nous avons provoqué. Le World Meteorological Organization et le United Nations Environment Programme disent que la mise en pratique du protocole de Montreal du 1987 pour l’arrêt de la production des gaz CFC de réfrigération et des spray aérosol, a commencé à reconstituer le trou dans la couche d’ozone. La mauvaise nouvelle est que les gaz atmosphériques de serre ont atteint un niveau record. Il y a encore beaucoup à faire et il faudra toute notre énergie et pression sur les gouvernements pour qu’ils fassent quelques chose. Quand les problèmes sont si grands, on peut se sentir écrasé. Si l’on cède au problème on peut réagir par un refus, ou bien per le désespoir. On peut même arriver à haïr et mépriser notre espèce, en oubliant que l’on est des créatures de beauté et naïveté, aussi bien que de destruction.

Je chanterai pour Gaia

Je chanterai pour l’ancienne Gaia,

Mère de Tout, plus ancienne que la création,

Tu nourris tous les êtres du monde,

tout ce qui demeure sur la terre,

tout ce qui nage dans les mers,

tout ce qui vole –

tout est nourri par ton abondance.

À travers toi, on est béni en enfants

et moissons,

tu as le pouvoir de donner la vie – et de la prendre.

Depuis l’Hymne homérique à Gaia, 7ème siècle AEC

Pour honorer la Terre on peut faire des rituels pour elle, on peut offrir des libations pour elle, on peut laisser des cadeaux ou des offres dans ses espaces sacrés. Tous ses actes de dévotion nous rappellent ce qui est important et sacré et ce que l’on apprécie. Et tout comme nos ancêtres païens, on peut chanter pour elle. Mais on peut bien transformer cette dévotion en action. On peut honorer Gaia par les choix énergétiques que l’on fait, la nourriture que l’on mange, les biens que l’on achète, et les organisations que l’on supporte. En rendant verte la planète, on rendra verte notre âme aussi. En faisant les bons choix cela nous donne de l’énergie et de la puissance. Quand on se sent puissant on a le courage d’agir et faire. On crée une spirale dans laquelle une action en inspire une autre.

Trouver refuge dans le petit

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Quand je pense à ces choses, ce qui m’arrive à l’esprit est l’ancienne philosophie et système de divination chinois: l’I Ching, le Livre des Changements. L’exagramme n°9 de l’I Ching c’est Hsiao Ch’u. Les vieux textes anglais le traduisaient par « Le Pouvoir Apprivoisant du Petit ». Les nouveaux textes parlent de « Attention au détail » ou « Petit moisson ». Il apparaît souvent quand on est dans une condition de faiblesse et l’on a besoin de se focaliser sur des petits changements cumulatifs pour atteindre le but. Quand il faut rendre soutenable notre planète, si l’on faisait de petits changements on atteindrait un objectif bien plus grand. Des petites actions deviennent des grandes actions quand beaucoup agissent. Il faut aussi dire que quand le voyage est long, il est difficile de commencer, donc commencez par des petits pas – et continuez dans cette direction.

Action collective

À l’occasion de l’Equinoxe beaucoup d’entre nous dans le monde se retrouveront ensemble à New York, Rio, Bogota, Santiago, Amsterdam, Paris, Londres, Madrid, Rome, Milan, Berlin, Varsovie, Dehli, Melbourne, et en d’autres grandes villes et petits centres dans le monde pour le People’s March Against Climate Change pour démontrer que les gens ordinaires veulent agir contre le changement climatique. Ceux qui entre nous vivent dans un pays démocratique où les manifestions publiques sont permises, sont dans une position enviable. Beaucoup d’autres ne peuvent pas protester, ne peuvent pas se regrouper, donc on doit parler aussi pour les autres. Mais marcher pour Gaia n’est pas suffisant. On peut faire des changements dans notre style de vie, mais on peut aussi persuader les autres. Les mots sont puissants mais les actions symboliques comme les rituels d’une communauté peuvent être des moyens puissants pour inspirer les autres. En tant que païens, on doit utiliser ce que l’on fait mieux, donc que l’automne soit la saison de la Terre et que par les mots, les actes, les chansons et les rituels on bouge avec les autres quelques petit pas en avant.

Vivre dans le présent

de Vivianne Crowley
Traduction de V.F. Voxifera
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Gerald Gardner était un retraité quand il a commencé à offrir au monde sa vision d’une vieille religion pour la modernité. Né en 1884, il avait à peu près 55 ans quand il a été initié dans le coven de New Forest et 70 ans quand il a publié son célèbre texte, Witchcraft Today.

La Roue qui tourne

Donc si vous n’avez pas encore écrit votre Grand Oeuvre, ne vous découragez pas. Pour certains, la retraite est la période la plus productive. Ils se sentent complètement libres d’être ce qu’il sont et ils ne se sentent pas contraints par les normes sociales. Mais on doit aussi reconnaître que le temps passe très vite, et le rythme semble accélérer en vieillissant. Quand on a 5 ans, et un an représente le 20 pour cent de notre vie, cela semble une éternité. Quand on arrive à 50 ans et un an représente le 2 pour cent de notre vie, le temps passe très vite. Soudain la Roue de l’Année tourne de plus en plus vite, les étés passent rapidement. « Certes » on pense, « l’Eté ne peux pas être déjà passé? » Mais il est passé.

« Ce sont l’age et le destin face auxquels on est impuissants »

Gerald Gardner était bien conscient de son âge. C’était l’un des facteurs qui l’ont poussé à rendre publique sa vision de la sorcellerie le plus vite possible. Il savait que son temps et ses énergies étaient limités. Quand Gerald Gardner écrivit par rapport à l’âge et au destin dans son Livre des Ombres, il était bien conscient de la réalité de la vieillesse et de la mort.

Vie après vie

Les trois traditions spirituelles qui ont influencé beaucoup ma vie sont la Wicca, la Kabbale et le Bouddhisme. La première est une religion de la nature orienté vers la Déesse, la deuxième est une tradition mystique juive, et la troisième est une philosophie spirituelle athée. Ces trois traditions ont la réincarnation comme partie intégrante de l’enseignement. Est-ce que je crois en la réincarnation? Je n’ai pas besoin de croire ou pas croire. La réincarnation est l’une des possibilités de l’après-mort. Si l’on visite un médium qui nous parle de nos vies antérieures, on peut ressentir si ce qu’il ou elle dit sonne comme « vrai » en quelques manière. Cela va résonner avec nous et semble avoir du sens. Mais quelle est la nature de cette information – mémoires du passé, nos fantaisies conscientes ou inconscientes, ou des expériences aléatoires de l’inconscient collectif? Est-ce que les « mémoires » sont des vraies pensées, fantaisies et symboles qui représentent des parties différentes de notre psyché? Est-ce qu’elles représentent nos manques? Est-ce qu’elles sont des qualités que l’on voudrait manifester, des aspects de nous qui ont besoin d’être renforcés et exprimés?

Le Paganisme nous apprend à vivre dans le présent

Le paganisme nous apprend à vivre dans le présent. Cela ne signifie pas un hédonisme insensé; mais plutôt de voir la vie comme un cadeau précieux et limité. On a nos corps en prêt. Il arrive un moment où on doit le rendre. Même si la réincarnation existe les incarnations sont très courtes, donc il est important de les vivre bien. La source des mémoires de la réincarnation ont moins d’importance que la manière par laquelle on les utilise et si elles nous donnent des aperçus de nos vies présentes. Les mémoires lointaines peuvent être nuisibles ou bien utiles; une substitution de la réalité ou bien une manière de visualiser l’avenir. Les incarnations du passé peuvent être fascinantes, mais si on se prend trop la tête, c’est comme si l’on était insatisfaits de notre vie présente. Et si l’on est insatisfait du présent, on doit le changer. Les mémoires des incarnations sont utiles si elles nous indiquent notre potentiel caché, ou nos barrières inconscientes qui empêchent au potentiel de se réaliser. Elles sont utiles si elles nous encouragent à nous ouvrir pour devenir tout ce que l’on peut être dans cette incarnation présente.

Judy Harrow, Morning Glory Zell, Margot Adler

(à gauche) Morning Glory Zell, Margot Adler, Judy Harrow

(à gauche) Morning Glory Zell, Margot Adler, Judy Harrow

La vision de Gerald Gardner de la mort et de ce qu’il y a après est encourageante. Après la mort il y a Summerland (Terre d’Eté N.d.T.) – un lieu de repos, renouvellement et réunion avec ceux que l’on a aimé, avant de se réincarner encore avec ceux que l’on aime. Mais il y a aussi la conscience que la magie ne revient pas en arrière. On ne peut pas arrêter le vieillissement inévitable de nos cellules qui nous mène à la fin de cette phase d’existence.
La mort des autres peut nous rappeler que la vie est bien moins longue qu’on ne pense. Cette année notre communauté a perdu en rapide succession trois importantes pionnières du paganisme dont la vie et les écrits nous ont inspiré – Judy Harrow, Morning Glory Zell-Ravenheart, et Margot Adler. Aucune d’eux a atteint les 70 ans, ou ce que maintenant est considéré comme vieillesse. La mort de ces personnalités dynamiques est une perte terrible pour notre communauté. Elles rappellent également que la vie passe vite et elle ne nous attend pas. Les jours et les ans passent. S’il y a quelques chose que l’on veut faire dans la vie, on doit agir et la faire.

Le moment de manifester la Vraie Volonté

Pendant la période qui précède le changement de saison à l’Equinoxe, il est bon de faire le point et comprendre où l’on en est. Est-ce que l’on est dans une bonne position dans notre vie? Est-ce que l’on a une direction pour avancer? Est-ce que l’on est en train d’essayer de connaître et manifester notre Vraie Volonté sincèrement? Si on n’a pas des buts personnels, il est difficile de donner la priorité à notre temps et à nos énergies pour atteindre quelques chose. Chacun de nous a des priorités différentes, mais la chose qui est vraiment importante est de se rappeler que cette incarnation est limitée. Malgré la difficulté, il y a de choses que l’on peut apprendre et de choses que l’on peut obtenir et qui nous aident à développer, grandir et rendre meilleure notre vie ou nos vies futures. Il y une citation merveilleuse de W.H. Murray, chef de l’expédition pour l’escalade de l’Himalaya. Malheureusement, cette citation a été galvaudée il y a quelques années (et non, ce n’est pas de Goethe); mais en tout cas c’est vrai:

Jusqu’à ce que tu es engagé, il y a toujours de l’hésitation,
la chance recule, toujours inefficace. …
Tout ce que tu peux faire, ou rêves de faire, commence-le:
l’hardiesse a du génie, du pouvoir et de la magie; commence maintenant.

W.H. Murray (1951) The Scottish Himalayan Expedition. London: J.M. Dent & Sons Ltd.
La vie est courte – et devient toujours plus courte – rendons chaque instant important.

« Je demande sans prétendre, puisque je suis le sacrifice… » [1]- Lammas (31juillet-1 aout)

de V.F. Voxifera

« N’est pas mort ce qui semble à jamais dormir 
et en d’étranges éternités la Mort même peut mourir. »
(H.P. Lovecraft, L’Appel de Cthulhu, 1928)

La fin de juillet marque le temps pour une autre célébration: Lammas ou Lughnasadh, et avec ce Sabbat je consacre officiellement la rubrique dédiée à la Roue de l’Année.

La première fête de moisson

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Actuellement dans les champs, la plupart des céréales sont moissonnés en juin (le blé) ou en septembre (ris, maïs), mais avant l’amélioration génétique du blé au XX siècle, la période de moisson arrivait en fin de juillet/début d’aout surtout pour orge et amidonnier qui étaient très diffusés au Moyen Age. Même aujourd’hui en cette période, on retrouve un peu partout des fêtes populaires et folklorique qui célèbrent la récolte, pendant lesquelles par exemple on fait des offres de blé aux saints ou à la Vierge. À la montagne, c’est la période pendant laquelle on récolte l’herbe pour préparer le foin qui sera utile pendant l’hiver.

C’est en ce contexte que Lammas nait. Considérée comme la première fête de moisson dans le calendrier néo-païen, c’est aussi un festival solaire qui célèbre le cycle de la vie. Le nom Lammas vient de « hlaef-mass », une ancienne fête anglo-saxonne pendant laquelle on moissonnait les premiers céréales et on faisait un pain à offrir pour garantir la protection de la récolte. Cette fête est connue aussi sous le nom de Lughnasadh ou Lughnasa, c’est un nom d’origine celtique qui apparaît pour la première fois dans le Tochmarc Emire, un texte de mythologie irlandaise. C’est un mot qui contient le nom Lugh qui était le dieu celtique des arts et des talents.

« Réunissez-vous, o fils du moisson »

Le mot clé de ce sabbat est « sacrifice », et c’est assez simple à comprendre, si on pense au Dieu comme le Soleil incarné dans les ondes dorées des champs de blé ou dans les vastes étendues d’herbe, le roi moissonné qui se sacrifie pour nourrir son peuple. À Litha, en juin, le Dieu avait accepté son rôle de roi à coté de la Déesse et donc son destin, puisqu’il arrive le temps pour tous les rois de mourir et laisser la place à d’autres prétendants, pour que l’équilibre soit établi.

« Et j’ai peur d’assumer cette souveraineté,

puisque devant moi je vois

obscurité, douleur et sang sur le blé;

l’ombre de ma mort »[2]

À Lammas le temps de mourir et renaitre est arrivé, la Déesse moissonne le Dieu à l’aide d’un faux et le Dieu accomplit son destin pour que son peuple puisse se nourrir, le Soleil tombe symboliquement sur la terre et ils s’unissent. Le Dieu resurgit mais il restera dans l’au-delà en devenant le Seigneur Obscur jusqu’au Solstice d’Hiver, où il s’incarnera dans l’Enfant de la Promesse. La mort et la renaissance donc se révèlent nécessaires pour que le cycle de la vie puisse continuer.

Le sacrifice du Moi

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Astrologiquement pendant cette période la Lune est en Vierge, la Déesse a une responsabilité et doit accomplir sa tache: même si cela implique de sacrifier son époux. Le Soleil se trouve dans le signe du Lion, le domicile du Soleil qui est donc au sommet de son pouvoir. Le Dieu à Lammas est le roi puissant, il est le Soleil, le cercle avec un point au centre, le Moi.  Mais au cours de son règne il a appris la compassion, la justice, la sagesse et la guérison, il a comprit que pour que le monde soit en équilibre il doit se sacrifier, il a comprit d’être le porteur de vie et pour cela il doit connaître la mort aussi « Je suis la Vie et je donne la Vie, pourtant pour cela ma connaissance est la connaissance de la mort et pour cela je demande la sacrifice »[3], puisque le roi qui ne renonce pas à son pouvoir se transforme en tyran et la corruption l’accompagne. Ce n’est pas une histoire nouvelle, il suffit de regarder par exemple comme ce phénomène soit assez diffusé en politique: c’est difficile d’abandonner sa chaise quand on a un rôle d’importance, et tout le monde peut bien s’apercevoir des dommages que cet habitude peut provoquer.

Sur un niveau plus psychologique, la période de Lammas est parfaite pour sacrifier une partie de nous dont on a l’habitude mais qui nous empêche au même temps d’avancer dans notre vie et notre parcoure, le sacrifice volontaire est le plus difficile mais pour avancer il faut être prêts à renoncer…et souffrir je dirais; maintenant la célèbre question initiatique « Art thou willing to suffer to learn? » (Es-tu prêt à souffrir pour apprendre?) commence à avoir du sens. Quand on prend conscience de notre parcoure et on accepte toutes ses implications, on doit accepter aussi les efforts et les sacrifices que ce parcoure demande pour pouvoir avancer.

Célébrer Lammas

Mon autel de Lammas

Mon autel de Lammas

Quand on pense à Lammas, on voit l’or du blé et le rouge des coquelicots, les fleurs de champ, les épis de mais, et le temps qui semble s’allonger sous le Soleil d’été qui réchauffe l’air. On peut célébrer Lammas de manière simple: il est tradition de cuir un pain fait de céréales en forme de soleil ou d’homme qui sera offert pendant le rituel, on peut simplement cuisiner en utilisant les produits de la terre si on en cultive d’habitude. On peut préparer un autel pour l’occasion, en utilisant des couleurs jaune, or et noir, et on peut le décorer avec des fleurs de champ, comme les coquelicots ou des faisceaux de blé, ou épis de mais. L’important est de célébrer le Soleil et son sacrifice, et remercier pour les fruits de la terre. Ceux qui habitent à la campagne (comme moi) ou à la montagne ont de la chance en ce sens, mais pour ceux qui habitent en ville peut être compliqué de repérer des épis de maïs ou du blé, pour cela on peut utiliser simplement les graines et les céréales séchés que l’on peut trouver au supermarché pour décorer l’autel. On peut créer des petits sachets (voilà un petit tutoriel) remplis de céréales et les décorer avec des fleurs de champs séchés, on peut les charger avec notre intention pendant le rituel ou bien les utiliser comme jolis cadeaux en accord avec la saison.

Mon autel de Lammas

Mon autel de Lammas

Cette fête est une célébration de la générosité, de l’abondance et des mystères de la vie et de la mort.

« Je suis le vent de la mer,
je suis une onde de la mer,
je suis le son de la mer,
je suis un cerf aux sept bois,
je suis un griffon sur un rocher,
je suis une larme du Soleil,
je suis beau parmi les fleurs,
je suis un sanglier,
je suis un saumon dans l’étang,
je suis un lac dans la plaine, 
je suis une colline de poésie,
je suis une lance prête à la bataille,
je suis un dieu qui crée le feu par la tête.
Qui en plus de moi connait les secrets des dolmen de pierre sur la colline de Slieve Mis?
Qui en plus de moi sait quand le soleil se couche? »

(tirée depuis La Chanson d’Amergin dans La Déesse Blanche de Robert Graves)

[1] « La Charge du Soleil » de Cronos

[2] Vivianne Crowley, Wicca: the Old Religion in the New Age 

[3] « La Cherge du Soleil »